‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 338 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

La palais de Kimbolton.

EnireLK REINE DOUAIRIÈRE CATHERINE; elle est malade; elle s'appuie iMi- GRIFFITU et PA- TIENCE.

GRIPFITH.

Comment se trouve votre majesté?

CATBEBINE.

0 Griffitb, malade à mourir. Mes jambes, pareilles à des rameaux surchargés, pl.iioni vor.-, i:i i.îire, comme pour y déposer leur faideau. Appiuvbez

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

un siège. — Bien ; — à présent il me semble que je me sens un peu mieux. — Ne me disais-lu pas, Griffilh, en me conduisant, que cet illustre enlaiii de la grandeur, le cardinal Wolsey, était mon?

CP.IFFITH.

Oui, madame; mais je crois qu'absorbée par SCS souQrances, votre majesté ue m'êcoutait pas.

CATHERINE

Mon cher Griffith, dis-moi, je te prie, comment il est mort. S'il a fait une bonne fin, peut-être in'a-t-il précédée pour me servir d'exemple?

CRIFFITB.

Sa fin a été bonne, madame; tout le monde s'accorde à le dire. — Le puissant comte de Noithumberland l'ayant arrêté à York pour le traduire en jugement, comme un homme poursuivi par les accusations les plus graves, il tomba toutà-coup malade, et le mal fit tant de progrès, qu'il ne put se tenir en selle sur sa mule.

CATHERINE

nélast le pauvre homme!

GRIFFITH

Voyageant à petites journées, il arriva enfin à Leicester, et alla loger dans l'abbaye. Le vénérable abbé, avec tout son couvent, étant venu a sa rencontre, pour lui faire un accueil honorable, il leur adressa ces paroles : « Mon père, un vieillard qu'ont brisé les tempêtes politiques viei}i déposer parmi vous ses os fatigués : donnez-lui par charité un peu de terre! » Il se mit au iil, où son mal ne fit qu'empirer; la troisième nuit, vers la huitième heure, qu'il avait lui-même désignée comme devant être sa dernière, plein di; repentance, dans un recueillement absolu, au milieu des larmes et des soupirs, il a rendu ses ilignités au monde, son ame au ciel, et il s'est eudoimi en paix.

CATHERINE

Puisse-t-il reposer de même! que ses fautes lui soient légères 1 Touielois, Griffilh, permets que, sans blesser la charité, je dise de lui ce que j'en pense. C'était un homme d'un orgueil sans limiie, voulant toujours marcher l'égal des princes; ui. homme qui par ses conseils tenait le royaume entier sous le joug. Il se faisait un jeu delà simonie, son opinion était sa loi : devant le roi, il dê;;uisait la vérité; ses paroles et sa pensée avaient toujours un double objet. 11 ne tcmoignaitde l'intéréi qu'à ceux dont il mêdilait la ruine : ses promesses étaient ce qu'il était alors, magnifiques et brillantes; mais l'exécution était ce qu'il est aujourd'hui, néant; sa personne était atteinte des infirmités du vice ; et il donnait au clergé un mauvais exemple.

CRIFFlin.

Madame, les torts des hommes vivent sur le bronze ; leurs vertus sont écrites dans l'onde. Voire majcslé veut-elle maintenant me permettre de dire le bien qu'il avait on lui?

CATHERINE

Oui, mon cher Giiflîih; autrement, il y aurait ào ma pan de la malveillance.

CRIFFITB.

Ce cardinal, bien que sa naissance fût humble, élait iuconlestablement fait pour briller au premier rang. Dès son jeune âge, il était savant, d'un esprit mûr et capable; il était éclairé, éloquent, persuasif; hautain et dur avec ceux qui ne l'aimaient pas, mais doux comme l'été à ceux qui recherchaient son amitié; et bien que d'une avidité insatiable pour acquérir des richesses, ce qui était un péché, il était dans ses dons grand et généreux: j'en atteste ces deux sanctuaires de la science, élevés par lui à Ipswich et à Oxford, dont l'un est mort avec lui, ne voulant pas survivre à son fondateur, et dont l'autre, bien qu'imparfait encore, a déjà tant de célébrité, de supériorité scientifique, et fait des progrès si rapides, que sa renommée vivra éternellement dans la chrétienté. Quant à lui, sa félicité a daté de sa chute; car c'est alors seulement qu'il s'est connu lui-même, et qu'il a senti le bonheur de vivre obscur; et pour couronner sa vieillesse de plus de gloireque les hommes n'en peuvent donner, il est mort dans la crainte de Dieu.

Après ma mort, je ne veux d'autre historien, d'auire panégyriste de ma vie, pour protéger ma mémoire contre la calomnie, qu'un chroniqueur aussi honnête homme que Griffith. Celui que je haïssais vivant, ta pieuse et modeste sincérité me l'aithonorersa cendre. Que la paix soit avec lui 1 — Patience, demeure auprès de moi. Place-moi plus bas, je n'ai plus long-temps à t'imporluner. — Mon clier Griffilh, dis aux musiciens de jouer cet air mélancolique que, l'autre jour, je nommais mon glas funéraire pendant que je resterai ici absorbée dans la contemplation de la céleste harmonie dont je jouirai bientôt.

On entend les sons d'une musique lugubre et soleoDellc; Catherine s'eodoit.

GRIFFITH

Elle dort. Asseyons-nous, et ne bougeons pas, Je peur de la réveiller. — Doucement, ma bonne Patience.

Citherine a une vision. On voit entrer l'un après l'autre six personnages . vêtus de roLcs Iilanches, portant sur la tête des guirlandes Je laurier, des masques d'or sur le visage, et tenant à la main des brandies de laurier ou des palmes. Ils commencent par saluer la reine, puis ils dansent; à certains momens , les deux premiers tieoncnt une guirlande suspendue sur sa tête, et les quatre autres lui font de respectueux saluts ; ensuite les deux qui tenaient la guirlande la remettent aux deux suivans qui observent le même ordre dans les évolutions, et tiennent à leur tour la guirlande suspendue sur sa It'le; cela fait, ils la cèdent aux deux derniers qui exécutent les mêmes mouvemens. Alors on voit la la reine, comme par inspiration, donner dans son sommeil des signes de joie, et lever ses mains vers le ciel. Puis les esprits s'évanouissent en djns.int, eroporl.uil la guirlande avec eux. Pendant tout ce temps, la musique continue à se faire entendre.

CATHERINE, s'éveillanl. Esprits do paix,où étes-vousî m'avcii-vousdpnc

HENRI VIII

tons quittée CD m'abandonnant ici à ma misiieT

GRIFFITB.

Jladamc, nous sommes ici.

CAinERlNE.

Ce n'est pas vous que j'appelle. Depuis que je suis endormie, n'avez-vous vu entrer pergr-me?

ORIFFITH.

rcrsonne, madame.

CATHEBINB.

ISon? N'avcz-vous pas vu à l'instant même une troupe d'esprits bienheureux m'inviter à un banquet? leurs faces brillantes comme le soleil dardaient sur moi mille rayons ; ils m'ont promis une félicité clernelle, Griffith, et m'ont apporté des guirlandes que je ne suis pas encore digne de porter; mais je le serai, j'en suis sûre.

GRIFFITH

Je me réjouis, madame, que d'aussi doux songes bercent votre imagination.

CATBERIKE.

F.iis cesser la musique ; elle me blesse et m'importune.

La musique cesse.

PATIENCE, à Griffith.

Eemarquez-vous le changement subit qui s'est opéré dans sa majesté? Comme sa figure est allongée! comme elle est froide et pâlel voyez ses yeux.

GRIFFITQ.

Elle va passer : prions.

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