‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 340 sur 633 · PATIENCE · texte numérisé non relu

PATIENCE

Non, madame.

Elle remet une lettre à CatlicriD .

CATHERINE, la ■présentant à Capucius.

Seigneur, je vous prie humblement de vouloir bien remettre cette lettre à mon seigneur le roi.

CAPUCIUS

Très-volontiers, madame.

CATHERINE

J'y recommande à sa bienveillance le fruit do nos chastes amours, sa jeune fille*. — Veuille lo ciel verser sur elle en abondance la rosée de se.1 bénédictions I — Elle est jeune et d'un naturel noble et modeste; j'espère qu'elle justifiera ses soins; qu'il lui donne une éducation vertueuse, et qu'il l'aime un peu en mémoire de celle qui l'aima, lui, le ciel sait avec quelle tendresse. Ce que je demande pnsiiite à sa mriji'str:, c'est rin vouloir bien prendre quelquepilié Je mes malheureuses femmes qui ont si long-temps et si fidèlc-

* Depuis rciuc sous le nom de Marie I". (Noie du tr-ïr: . ductcur.)

ment suivi ma fortune. Je le déclare, et, dans un pareil moment je ne voudrais pas mentir, il n'est pas une d'entre elles qui, pour la vertu, la beauté de l'ame, la seule véritable, pour l'honnêteté et la modestie de laconduite, n'ait mérité un mari estimable, fût-il même gentilhomme; et certes, ceux qui les auront pour épouses seront heureux. Ma dernière demande a pour objet mes serviteurs; — ils sont bien pauvres, mais la pauvreté n'a jamais pu les séparer de moi. Je prie que leurs gages leur soient exactement payés, et qu'on y ajoute quelque chose pour qu'ils se ressouviennent de moi. S'il avait plu au ciel de m'accorder une vie plus longue et des moyens suffisans, nous ne nous serions pas séparés ainsi. Voilà tout le contenu de ma lettre. Seigneur, par tout ce que vous avez de plus cher au moude, par cette paix chrétienne que vous souhaitez aux âmes des morts, soyez l'avocat de ces pauvres gens, et pressez le roi d'accomplir pour moi ce dernier acte de justice.

CAPUCIDS.

Par le ciel, je le ferai, ou puissé-je perdre à jamais mes droits au titre d'hommel

CtTBERinE.

Je vous remercie, seigneur. Rappelez-moi en toute humilité au souvenir de sa majesté : diteslui que l'auteur de ses longs troubles est sur le point de quitter ce monde ; dites-lui que sur mon lit de mort je l'ai béui, comme en effet je le bénirai.— Un nuage s'étend sur ma vue. — Adieu, seigneur. — Grilfith, adieu. — Patience, ne me quitte pas encore; il faut que tu me conduises à mon lit : appelle quelques-unes de mes lemmes. Quand je serai morte, ma fille, que je sois traitée avec honneur; semez sur moi des fleurs virginales, afin que le moude entier sache que j'ai été jusqu'à ma mort épouse chaste : embaumez-moi, et qu'on m'expose ensuite aux regards du public; quoique dépouillée de mon titre, je veux être enterrée en reine et en fille de roi. Je n'en puis dire davantage. —

lis sortent, emmenant Catherine.

FIN DU QUiTBIEME ACTE,

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