‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 341 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Une "aie

; le pol

GARDINER, évCqiie de Winchester, entre précdde d'eti Page qui porie un [Jiimbeuu, Il csl abordé par SIR THOMAS LOVELL.

GARDINEK.

Page, il est une heure, n'est-ce pas?

LE PAGE

Une heure vient de sonner.

GAitDiNen.

Ces heures devraient être consacrées à des devoirs indispensables, et non aux plaisirs; c'est un temps pendant lequel la nature doit réparer ses forées par un repos salutaire, et nous ne devons pas le perdre en frivolités. — Bonne nuit, sir Thomas; où allez-vous si tard?

LOVELL

"Venez-vous de chez le roi, mylord?

GARDINER

J'en viens, sir Thomas; et je l'ai laissé jouant i la prime* avec le duc de Sufl'ulk.

LOVELL

Il faut que je le voie avant son coucher. Je vais prendre congé de vous.

J Jeu do tailtsiiti ce tenn'S U. {Nule Uu traductcitr,')

GARDINER

Pas encore, sir Thomas. De quoi s'agit-il? vons semblez pressé : si vous le pouvez sans crime, dites à votre ami quelques mots de l'affaire qui vous oblige à être sur pied si tard. Les affaires qui rôdent dans les ténèbres de la nuit, comme on dit que font les esprits, sont d'une nature tout autrement redoutable que celles qui se traitent au grand jour.

LOVELL

Mylord, je vous aime, et j'ose vous confier à l'oreille un secret des plus imporlans. La reine est en travail; elle court, dit-on, les plus grands dangers, et on craint qu'elle ne survive pas à l'accouchement.

GAROINER.

Je prie de tout cœur pour le fruit qu'elle porte; quant à l'arbre, sir Thomas, je ne souhaite rien tant que de le voir déraciné.

LOVELL

Je serais tenté de joindre mes vœux aux vôtres; et pourtant ma conscience me dit que c'est une bonne créature, et une femme cbarmaute qui mérite de nous des vœux plus bieaveillans.

GAnoiKER.

Mais, sir Thomas, sir Thomas, — écoutez-moi. Je sais que vons iicnscz comme moi ; je' vous connais pour un homme moral et religieux; ch bien, c'est moi qui vous le dis, les choses n'iront ja-

HEiNRi VllI.

mais bien, jamais, sir Thomas; retenez-le, tant que cette femme et ses deux bras, Oranmer et Cromwell, ne dormiront pas dans leurs tombeaux.

LOVELL

Vous me parlez là, mylord, des deux personnages qui 6xent le plus l'attention publique. Quant A Cromwell, en addition à la charge de grand-maitre des Joyaux de la couronne, il vient d'être créé directeur des archives de la chancellerie et secrétaire du roi; d'autres dignitie l'attendent encore, et le temps se chargera de les accumuler sur sa tête. L'archevêque est la main et la langue du roi; et qui oserait articuler une syllabe contre lui?

GAKDINER.

Oui, oui, sir Thomas, il en est qui ont cette audace; et moi-même je me suis hasardé à déclarer ma pensée sur son compte. Aujourd'hui même, je puis vous le dire, je pense avoir convaincu les membres du conseil que cet homme est, — et je sais qu'il l'est, et ils le savent aussi, — un archi — hérétique, uue peste qui inTecte le pays. Dans cette persuasion, ils en ont parlé au roi; dans sa royale sollicitude, comprenant la gravité des dangers que nous lui dénoncions, il a prêté l'oreille à nos plaintes, et a ordonné qu'il fut sommé de comparaître demain matin devant le conseil assemblé. Sir Thomas, c'est une herbe malfaisante que cet homme , et il nous faut l'arracher. Mais je vous retiens trop long-temps : bonne nuit, sir Thomas.

LOVELL

Mille fois bonne nuit, mylord : je reste votre serviteur.

Gardiner ei LE Page sorient.

Au moment où Lovell va sortir, entrent LE ROI et LE DUG DE SUFFOLK.

LE ROI HENRI

Charles, je ne joue plus cette nuit; mon esprit est préoccupé; vous êtes trop fort pour moi.

SBFFOLK.

Sire, c'est la première fois que je vous gagne.

LE ROI HENRI

Yons m'avez rarement gagné; et cela ne vous

arrivera pas quand mon attention sera au jeu.

Eh bien, Lovell, quelles nouvelles de la reine ?

LOVELL

le n'ai pu lui délivrer en personne le message dont vous m'aviez chargé pour elle; mais je le lui ai transmis par une de ses femmes, qui m'a rapporté la réponse de la reine: elle vous envoie ses très-humbles remerciemens, et désire que votre majesté veuille bien prier avec ferveur pour elle.

LE ROI HENRI

Que dis-tu? ah! prier pour elle? Eh quoll elle est dans les douleurs}

LOVELL

Ses femmes le disent; ses souffrances sont si aiguës, que chaque accès de douleur équivaut presque à une mort.

LE ROI HENRI

Hélas I pauvre femme t

SUFFOLK

Dieu veuille la délivrer heureusement et sans douleur, et puisse-t-elle gratifier votre majesté d'un héritier 1

LE ROI HENRI

Il est plus de minuit, Charles ; allez vous mettre au lit, et n'oubliez pas de prier pour ma pauvre femme. Laissez-moi seul, car les pensées qui m'occupent ont besoin de solitude.

SOFFOLK.

Je souhaite à votre majesté une nuit paisible, et je n'oublierai pas ma bonne maîtresse dans mes prières.

Adieu, Charles.

SoFFOLK sort.

Entre SIR ANTONNÏ DENNY.

LE ROI , continuant.

Eh bien! qu'y a-l-il?

DENNT,

Sire, je vous ai amené mylord l'archevêque, comme vous me l'avez commandé.

LE ROI HENRI

Ahl Canterbury?

OENNT.

Oui, sire.

LE ROI HENRI

C'est vrai. Où est-il, Denny 7

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