SCENE IV
La cour du palais.
Bruit et tumulte à l'extérieur. Arrivent LE CON* CIERGE et son VALET.
LE CONCIERGE
Je vais vous faire cesser ce vacarme, coquins! Prenez-vous la cour pour le Jardin de Paris '? vile canaille, finissez vos hurlemens.
OKE VOIX, dudehors.
Monsieur le concierge, j'appartiens à l'office.
LE CONCIERGE
Appartiens au gibet, et va te faire pendre, coquini Est-ce ici un lieu pour un tel tintamarre? Aile/, me chercher une douzaine de gourdins, et qu'ils soient forts; ceux-ci ne sont que des houssines. Je vais vous chatouiller la tête. Ahl vous voulez voir des baptêmes; vous attendez-vous à ce qu'on vous donne ici de l'aie et des gâteaux, grossiers manans ?
LE VALET
Un peu de patience, monsieur, je vous prie ; à moins que nous ne balayions ces gens-li à coups de canon, il est aussi impossible de les écarter de la porte, que de les faire dormir le matin du premier mai ce qu'on ne verra jamais. On ne peutles faire bouger; autant vaudrait entreprendre de faire reculer Saint-Paul.
LE CONCIERGE
Comment sont-ils entrés, coquin?
LE VALET
Ilélasljen'en sais rien. Comment la marée cntre-t-elle? Autant qu'un robuste gourdin de quatre pieds, — vous en voyez les restes, — a pu distribuer de coups, je ne les ai pas épargnés, monsieur.
LE cour. BRCB.
Tu n'as rien fait.
* C'était le nom d'une place de Londres, ainsi nommée Je Robert de l'aris, qui, sou I.- régne de Richard 11, y posscdnit UD« miisop c( ui> jarii in. (Note du lradiict(iir.\
UEMM VIII.
LOVBLI..
Je ne suispa un Samson, un sir Guy, ou un Colbrand ', pour les abattre devant moi comme une lierbe fauchée; mais si j'ai fait giàce à quiconque avait une caboche â frapper, jeune ou vieux, homme ou femme, coculié ou cocufjcur, puissé-je ne voir de ma vie une tranche de bœuf, i;t c'est ce que je ne voudrais pas quand on me donnerait une vache, avec tout le respect que je 'ut dois.
tiNE voix, du dehors.
Sites donc, monsieur le concierge I
LE CONCIERGE
Je vais venir à toi dans l'instant, monsieur le drôle I — (4 son valet. ) Tiens la porte fermée.
LE VALET
Que voulez-vous que je fasse?
LE COMCIEKCE.
Ce que je veux que tu fasses? que tu les renverses par douzaines. Sommes-nous ici à Moor- Gcldspour y venir parader''?ou vient-il d'arriver ici, â la cour, quelque Indien bien étrange, pour que les femmes nous assiègent ainsi? Dieu me bénisse, quel amas de fornications se passe à la porte? Sur ma conscience de chrétien, ce baptême en occasionnera mille : et l'on trouvera ici père, parrain, et tout ensemble,
LE VALET
Il n'y en aura que plus de cuillers, monsieur. 11 y a tout près de la porte, un certain drôle, qui doit eue un forgeron '"* à en juger par la mine; car il porte sur sa trogne tous les feux de la canicule; tous ceux qui se trouvent dans son voisinage sont sous la ligne, et n'ont pas besoin d'autre Vénitence'""*. J'ai trois fois frappé sur la tête de celte salamandre, et trois fois sa trogne a jeté fCBi et flammes contre moi. 11 se tenait l.î comme UD mortier prêt à nous bombarder. Il y avait auprès de lui la femme d'un mercier, assez mal partagée du côté de l'intellect; elle m'a débité des injures, jusqu'à ce qu'enfin son bonnet est tombé (le sa tète, en punition du tintamarre qu'elle faisait. Il m'est arrive une fois de manquer mon mé- Icorc'"**, ctde frapper la commère qui s'estmise i crier: « Au secours I» J'ai vu alors accourir â son aide une quarantaine de gourdins, la fleur du Slrand •"***, où elle est domiciliée ; ils se sont avan ces, j'ai tenu bon ; enfin ils se sont mis à jouer avec uoi du bâton : je continuais à leur tenir tète,
Guj deWarwick etCalbranJ leDanois.sont les noms Je héros fabuleux, céletre's dans les romans de chevalerie du inojeD âge. (Noie du traducteur.)
C'cUit sur la place de lioorGels que s'cicrçait la milice bourgeoise de la cité. (ISaie du traducteur.)
' Ily a dans le teste hrasicr, qui signifie tout a la fois Iraisière cl ouvrier sur métaux; Shaltspeare a voulu jouer sur ce mol. (Note du tt.niuclcur.)
"" Peul-itre l'auteur fait-il ici allusion au baptême de la ligne. (Noie du traducteur.)
Le Forgeron ; c'est encore un jeu de mots. (Note
du traducteur.)
L'une des principales rues de la cité. (Note du
^niucleur,)
lorsque derrière eux, une troupe d'cnfans, lâches en tirailleurs, ont fait voler contre moi une telle grêle de cailloux, que force m'a été d'abriter ma vaillance et d'abandonner la position. Je crois, ma foi, que le diable était de leur bande.
LE CONCIECGE.
Ce sont ces jeunes vauriens qui font tapage au théâtre, et se battent pour attraper une pomme mordue; si bien qu'aucun auditoire, s'il n'appartient à la canaille du quartier de la Tour, ou à la clique deLimehùuse *, sa digne rivale, ne peut les tolérer. J'en ai fait loger quelques-uns dans les limbes des patriarches", et ils y danseront sans doute ces trois jours de fêtes, sans compter le dessert que le fouet leur prépare.
Entre LE LORD CHAMBELLAN.
LE LORD CHAUCEILAN.
Merci de moi, quelle foule ! Elle grossit encore t Us accourent de toutes parts, comme si l'on tenait ici une foire! Où sont donc les portiers, ces lâches coquins? — Vous avez fait là quelque chose de beau, drôles que vous êtes! Vous avez laissé entrer une jolie canaille ! Tous ces gens-la sontils vos fidèles amis des faubourgs 7 Assurément, il nous restera grand'place pour les dames lorsqu'elles vont passer à leur retour du baptême.
LE CONCIERGE
Sous le bon plaisir de votre seigneurie, nous ne sommes que des hommes, et tout ce que nous pouvions faireànous tous, sans être mis en pièces, nous l'avons fait. Une armée ne pourrait pas les contenir.
LE LOBD CHAMBELLAN.
Sur ma vie, si le roi m'en fait des reproches, je vous fais tous mettre aux ceps, immédiatement, et vous ferai payer de grosses amendes pour vous punir de votre négligence. Vous êtes de paresseux drt'les; et vous êtes là occupés à vider les barils de bière, quand vous devriez faire voire service. Écoulez; les trompettes sonnent; voilà déjà qu'on revient du baptême. Pénétrez à travers la foule, et frayez un chemin pour laisser passer librement le cortège, où je vous lerai mettre en prison pour deux mois.
LE CONCIERGE, fendant la foule,
Taites place pour la princesse.
LE VALET, à un spectateur.
Grand drôle, range-toi, ou je vais te caresser la tête.
LE CONCIERGE, à nn antre.
Toi, l'habit de camelot, à bas des barrières, ou je t'empale sur l'un des pieux.
Ils s'éloignent.
• Le quartier de la Tour cl Limehousc sont à Londres ce qu'est à Paris le faubourg Saint-Marceau, l'anlipodo des «luarliers fashionnablcs. (Note du traducteur.)
•• En prison. Les limbes des patriarcbes sontrcndioit où les palriarclics sont supposés attendre le iQW <!« '» Ï'I
I surrcctioD, (Ddile (lu fraUucteiir.)
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