‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 35 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Même ville. .— Un appartement du palais. £n(r«n( LA REINE, BUSHY et BAGOT.

BDSHT.

Madame, votre majesté s'abandonne trop à la tristesse. Vous avez promis, en quittant le roi, d'écarter une homicide mélancolie et d'entretenir dans votre ame le calme et la sérénité.

Ik BEIHE.

Je l'ai promis pour plaire au roi; mais, à moins de me faire violence, je ne puis tenir ma promesse ; et pourlant je ne sache pas que j'aie d'autre motif d'accueillir un hâte tel que la douleur, que ma séparation d'une société aussi chère que l'est pour moi celle de mon cher Richard. Toaiefois, je ne sais , mais il me semble que la fortune me tient en réserve quelque mallieur inconnu. Toute mon ame frissonne a l'idée d'une calamité qui n'est point encore; et je sens que ce qui m'attriste est quelque chose de plus que la douleur d'être séparée du roi mon époux.

BDSBT.

Chaque parcelle de la douleur a vingt fantômes qu'on prendrait pour la douleur elle-même, mais qui ne la sont pas; car l'œil de la douleur, à travers le voile des larmes , décompose les objets, et dans un seul en voit mille; comme ces cristaux à

confus, et qui, regardés ubliqm meut, présentent de» formes régulières et disiim :es. C'est ainsi que Considère d un point de vue oblique, le départ du lui, indépendamment de I altliction qu'il vous cause, offre aux regards de votre majesté des sujets de douleur qui, en réalité, ne sont que de vains fantômes. Trés-gracieuse reine, ne pleurez donc que le depait de votre époux; vous n'avez point d'autre sujet de larmes ; ou si vous en voyez d'au'.res, c'est avec les jeux troubles de la douleur, qui pleure comme véritables des maux imaginaires.

LA P.El.NE.

C'est possible; mais quilque chose me dit intérieurement qu'il en est auiiement Quoi qu'il en soit, je ne puis m'empécher d'être irisie; tellement triste que, — bien que ma pensée ne s'arrête sur aucun objet détermine , — je ne sais quel poids accablant m'alfaiblii et m'oppresse.

BUSUY.

C'est Uniquement, ma. lame, l'œuvre de votre imagination.

LA BEINE.

Pas autre chose. Et tout, fuis, ces illusions sont le résultat de quelque cl.agriii antérieur. Il n'en est pas ainsi de moi ; car je nu connais point de cause a la douleur va^ue .|ue j'éprouve, à ce rien qui m'afflige C est d'un mal n venir que je souf- Ire ; ce qu'il est , |e ue le saur.iis dire; je ne puia le nommer; c'est un mal ludeGnissable.

Entre GREEN.

Dieu garde votre majesté; —Je suis charmé de vous voir, messieurs. J'espère que le roi n'est pas encore embarqué pour l'Irlande.

LA REINE

Pourquoi l'espérez-vous? il vaut bien mieux espérer qu'il l'est; car ses desseins exigent de la célérité; c'est sur cette célérité que se fonde notre espérance. Pourquoi donc espérez-vous qu'il n'est point embarijué 7

CBEEN.

C'est que, dans ce cas, il aurait fait rebrousser chemin â son armée, et anéanti l'espoir d'un ennemi qui, avec des forcesconsidérables, a mis le pied sur ce territoire. Le banni Bolingbroke a, de sa piopre autorité, révoqué son exil, m il est arrivé à Kavenspuig sain et sauf et les armes à la main.

LA REIME.

Le Dieu du ciel nous en préserve!

CREEM.

Il n'est que trop vrai, madame, et ce qu'il y a de plus fâcheux encore, le loid Nortbumbcriand, son jeune lils Henri Percy, les lurds Ross, Beaumont et Willoughby, avec cuut ce qu'ils ont d'amis puissans, sont allés se réunir à lui.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

BUSHT.

Pourquoi n'avez-ïous pas fait proclamer traîtres iSo; tliuuiberland el tous les révoUés, ses complices?

CnEEN.

Pous l'avons fait; sur quoi le comte de Worcestera brisé son bàion, a résigné ses fonctions, et tous les ofticiers de la maison du roi ont fui »vec lui vers Bolingbroke.

LÀ REINE

Green, vous venez d'aider à l'accoucberBCUt de ma douleur, el Bolingbroke est le fils fatal qu'elle vient de mettre au monde. Mun arae «s; délivrée du fruit monstrueux dont elle éiait grosse , et moi, mère agonisante, à peine écbappee aux souffrances maternelles, j'ai ajouté calamité à calamité, douleur à douleur.

GREEN

Ne désespérez pas, madame.

LA REINE

Qui m'en empêchera V Je veux désespérer et rompre à jamais avec l'espoir décevant. C'est un flatteur, un parasite; il relient la main de la mort prête à dénouer doucement les liens de la vie, dont l'espoir imposleur prolonge l'agonie.

CREEN.

Voici venir le duc d'York.

LA KEINB.

Une armure recouvre son corps affaibli par l'âge Oh I quelle préoccupation est peinte dans ses traits 1 — Mon oncle, au nom du ciel , ditesnous des paroles consolantes.

YORK

Si j'en disais, je mentirais à ma pensée. Les consolations sont dan^ le ciul , et nous sommes sur la lene, où l'on ne Uouve qne contrariétés, soucis et chagiins. Voire (poux est allé au loin conquérir, pendant qne d autres viennent le dépouiller jusque dans ses lu\crs. Il m'a laissé ici pour soutenir son royaume clKiuci-laiit , moi qui, affaibli par l'à^e, puis à peine me soutenir moimême. — .Maintenant est venue la crise que ses excès ont lait naiire; c'er.1 inainlenant qu'il va nieltie à l'épreuve le^ ain.s qui le llattaient.

Entre VS l)().'\lESngl.'E,

mille livres sterling. —Tiens, prends mon anneau. ^

LE DOUESTIQtlB. I

Mylord, j'avais oublié de le dire à votre sei- ' gneurie. J'y ai passé aujourd'hui en me rendant ici ; — mais je crains de vous affliger , si je vous dis le reste.

Qu'y a-t-il? parle.

LE DOMESTIQUE

Une heure avant mon arrivée, la duchesse était J morte.

YORK

Que Dieu ait pitié de nous I un déluge de maux vient fondre à la fois sur ce malheureux paysl Je ne sais quel parti prendre. Plùi à Dieu — sans qu'un acte de déloyauté m'eiit attiré ce traitement,— que le roi eût pris ma tète en même tempi que celle de mes frères ' ! — A-t-on expédié des dépêches pour llrlande? — Où trouverou»-nous les fonds nécessaires à cette guerre?— Venez, ma sœur, — ma cousine", veux-je dire. Excuseïmoi, je vous prie. — [Au domestique. ) Va chez moi; procure-toi des voilures, et transporte ici toutes les armes que tu y trouveras. ( Le domestique sort. ) Messieurs, voulez-vous aller rassembler des troupes? Si je sais comment diriger les affaires embrouillées qui me tombent à présenV sur les bras, je veux qu'on ne me croie jamais. Tous deux sont mes parens ; — l'un est mon souverain; mes seruieus et mon devoir m'ordonnent de le défendre; 1 autre est mon neveu, que le roi a traité injustement; ma conscience et les liens du sang m'ordonnent de lui faire rendre justice. Il faut pourtant prendre un parti. — [A la reine.) Venez, ma cousine ; je vais vous placer en un lieu de sûreté. — ( Aux lordx. ) Allez réunir vos hommes, el venez me retrouver aussitôt au château de lierkley. Je dc\rais aussi me rendre à Plasby ; — mais jc n un ai pas le temps. — Tout est en désordre, tout est abandonné au hasard.

York et la Reine sorienl.

Le vent est favofable pour porter des nouvelles en Irlande. .Mais il n'en revient aui:uue. Lever des tioupes eu état de lairc face 4 celle» de l'ennemi, c'est pour nous chose impossible.

Mylord vasse.

Il élait parti? — Allons, bien. — Que les choses suivent leur cours. — Les nobles se sont enfuis; le peuple est plein de fioideur, et je cr.iins qu'il ne se révolte en faveur d'IIereford — ( Au domeiiique. ) Rends-toi a Plashy ; va trouver ma iœur Gloster; dis-lui de m'envoyer sur-le-champ

• Il y

LE noMESTHJIiE. , „„; f,

voire fils était parti avant que j'arri- frères

impropriété d'exprt'SsioQ, fort e\cllSj- Lle. du rote, dans hi cunfusion .le senlinieus el d'idée» qui, CD ce moment, assiège le iluc d'York. Aucun de sei lail mort décapite ; la le'ie est mise ici pour la uc de Gloster, à la mort duquel il fait ici allu- Ipéri à Calais élouH'e entre deul matelas, par 1 il l'instisalioD de Richard. (,Nale du Iraduc-

l'ordr tettr)

York parle de la nouve

cousiae ; mais il est encore préocu'il vient de recevoir de la mort de Mils d'un admirable naturel qu'où 1 grand maître. (JVo(« du traduc

RICHARI) II.

D'ailleurs, notre intimiié avec le roi nous désigne à la haine de ceux qui n'aiment pas le roi. bagot.

C'est-à-dire du peuple inconstant; car son amour, à lui, réside dans sa bourse; et quiconque la vide , par cela même lui remplit le cœur d'une haine acharnée.

SUSBT.

Sous ce rapport, le roi est universellement condamné.

BAGOT

Au jugement de la muliilude, nous le sommes pareillement, i cause de nos rapports intimes avec le roi.

GREEN

Je vais sur-le-champ me réfugier dans le château de Bristol : le comte de Wiltshire y est déjà.

GREEN

Je vais m'y rendre avec vous; car nous n'avons pas grand'chose à attendre du peuple, si ce n'est d'élre mis en pièces par lui , comme un cerf , par des chiens afifamés. — ( ^ Bagot. ) Voulez-vous Tenir avec nous?

BAGOT

Son; je vais en Irlande rejoindre sa majesté. Adieu ; si les présages du cœur ne sont pas vains, nous nous séparons ici tous trois pour ne jamais nous revoir.

BDSBT.

Cela dépendra des succès qu'obtiendra York dans ses efforts pour repousser Bolingbroke.

GREEU.

Hélaslle pauvreduc ! il entreprend là unerude tâche! c'est comme s'il essayait de compter les •ables du désert ou de boire l'Océan ; pour un qui combattra pour lui, mille déserteront.

BCSBT.

Adieu, pour la dernière fois, et pour toujours.

CBEEN.

Nous nous reverrons peut-être.

BAGOT

Jamais, je le crains.

lu sortent.

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