‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 36 sur 633 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les montagnes du Glostershire.

Arrivent BOLINGBROKE et NORTHUMBERLAND, accompagnés de leurs troupes.

BOLINCBROKE.

Mylord. à quelle distance maintenant sommesnous de Berkicyî

ItOKTBUMBERtAND.

Crovei-moi, noble lord, je suis étranger ici, dans le Glostershire. Ces hautes et sauvages montagnes, ces chemins rudes et inégaux, allongent notre marche et doublent la fatigue. Il est vrai

que votre agréable conversation a été comme un baume qui, ôlaut !i la routcce qu'elle avait de pénible, l'a rendue douce et délectable. Mais combien de Ravcnspurg à Colswold ce chemin devra paraître ennuyeux à Ross et à Willoughbv, privés de votre compagnie, qui, je le déclare, a beaucoup allégé pour moi l'ennui du voyage. Il est vrai que pour charmer le leur , ils ont l'espoir de jouir du bienfait que je possède actuellement, et l'espoir du bonheur est presque aussi doux que le bonheur lui-même. Cet espoir, abrégeant leur route, fera pour eux ce qu'a fait pour moi votre noble compagnie.

BOLIKGBItOEE.

Ma compagnie a beaucoup moins de prix que vos obligeantes paroles. Mais qui vient à nous?

Arrive HENRI PERCY.

KORTBOHBERLANS.

C'est mon fils, le jeune Henri Percy, qui probablement vient de la part de mon frère Worcester. — Henri, comment se porte votre oncle?

PERCY

Je comptais, mylord, avoir de tous des nouvelles de sa santé.

MORTBtJUBERLAND.

Quoi donc7n'est-il pas avec la reine?

PERCY

Non, mylord ; il a quitté la cour, brisé le bâton insigne de ses fonctions, et licencié la maison du roi.

NORTBUMBERLAND.

Quels ont été ses motifs? 11 n'était pas dans ces dispositions-là lors du dernier entretien que nous avons eu ensemble.

PERCT.

C'est parce que Totre seigneurie a été proclamée traître. Il est allé à Ravenspurg offrir ses services au duc d'Hereford, et m'a envoyé dans la direction de Berkiey, afin de m'assurer de la quantité des forces que le duc d'York a rassemblées sur ce point; après quoi j'ai ordre de me rendre à Ravenspurg.

NORTBUMBERLANO.

Avez-Tous oublié le duc d'Hereford, mon enfant?

PERCT.

Non, mylord; car je ne puis avoir oublié ce que je n'ai jamais connu. Je ne me rappelle pas de l'avoir jamais vu.

NORTBOHBERLAND.

Apprenez donc maintenant aie connaître: voici le duc.

PERCT.

Mon gracieux lord, je vous offre mes services, tels que peut vous les offrir un jeune homme neuf et sans expérience, que le temps miirira, et qui sera un jour à même de vous servir avec plus d'efficacité.

BOLIHGBROIE.

Je vous rends grâces, aimable Percy ; croyez-

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

moi, je m'estime heureux de posséder un cœur qui se souvient de ses amis : c'est le don le plus précieux que m'ait fait le ciel. Ma fortune, mûrissant avec votre aCTection, sera votre récompense. Mon cœur fait ce pacte avec vous; permettez à ma main de le sceller.

Il lui tead la main.

KORTHCHSERIAND,

Combien y a-l-il d'ici à Berkiey, et quels soins y retiennent le vieux York avec ses hommes de guerre?

PBIICT.

Là-bas, près de ce bouquet d'arbres, est le château, défendu par trois cents hommes, à ce que j'ai ouï dire. Là sont renfermés les lords York, Berkiey et Seyniour; ce sont les seuls personnages importans qu'on y compte.

Arrivent ROSS et WILLOUGHBY.

MORTBDUBERLAIID.

Voici les lords Ross et Willougbby qui arritent tout en nage et à franc étrier.

BOLINGBKOKE.

Soyez les bien venus, mylords; je sais que votre affection s'attache aux pas d'un traître, d'un proscrit. Je n'ai à vous offrir que de stériles remercimens ; mais le moment viendra où, devenu plus riche, je pourrai plus dignement récompenser votre zèle et vos efforts.

KOSS.

Votre présence, mylord, est pour nous une récompense assez magnifique.

WILLOCGHBT.

Et qui nous paie avec usure de toutes nos fatigues.

BOLINGBROKE

Recevez encore mes remercimens, cette monnaie du pauvre; jusqu'à ce que ma jeune fortune ait grandi, c'est à cela que je dois borner mes largesses. Hais qui vient à nousT

arrive BERKLEY.

HORTHDUBERLAND.

C'est mylord de Berkiey, si je ne me trompe.

BEKKLSY.

Mylord d'Hereford, c'est à vous que s'adresse mon message.

BOLIHGBROKE.

Mylord, je ne réponds qu'au nom de Lancastre. Je suis venu chercher ce nom en Angleterre, et il faut que je le trouve dans votre bouche, si vous voulez que je réponde à ce que vous pourrez me dire.

BERKLET.

Ne vous méprenez pas sur mon compte, mylord; je n'ai l'intenlion de vous refu&er au- 1 cun des titres qui vous sont dus. Je viens, mylord

de quelque nom qu'il vous plaise d'être quollné, je viens de la part du très-glurieux régent de ce royaume, le duc d'York, vous demander par quels moiifs, profilant de l'absence du roi, vous venez troubler par la guerre civile la paix de votre patrie.

Arrive YORK et sa Suite.

BOLINGBROKE

Il est inutile que vous vous chargiez de ma réponse : voici son altesse en personne. — ( Au duc d'York.) Mon noble onclel...

11 met un genou en terre.

YORK

C'est ton cœur, et non ton genou, qui doit fléchir. Je ne vois là qu'un respect hypocrite et trompeur.

BOllNGBROEE.

Mou gracieux oncle! —

YORK

Bahl bah 1 il n'y a pas de grâce ni d'oncle qui tienne. Je ne suis pas l'oncle d'un traître; et Ih mot grâce dans une bouche sacrilège est un mot profané. Comment, malgré l'arrêt qui te bannit, ton pied a-t-il osé toucher la poussière du sol d'Angleterre? Comment, foulant le sein paisible de la patlie, as-tu osé venir si loin, effrayant nos villages consternés par l'appareil de la guerre et des démonstrations hostiles que je méprise? Est-ce l'absence du souverain légitime qui t'a enhardi à venir? Jeune insensé, le roi est présent, et dans mon cœur loyal son autorité réside. Si j'avais en ce moment la vigueur de la jeunesse, comme le jour où le brave De Gand, ton père, et moi, nous dégageâmes le prince Noir, ce jeune Mars terrestre, des rangs de plusieurs milliers de Français, oh! comme ce bras, aujourd'hui paralysé par l'âge, aurait bientôt puui ton audace et châtié ton offense I

BOLINCBROEE.

Mon gracieux oncle, laites-moi coanaitte ma faute. Quelle est sa nature et en quoi cousislet-elle?

YORK

Elle est de la nature la plus grave : c'est une rébellion au premier chef, une trahison dttestable. Tu es banni, et voilà que tu viens, avant que le temps de ton exil soit expiré, porter les armes contre ton souverain t

BULINGBROEE.

Ce futnereford qui fut banni eu ma personne; c'est Lancastre qui revient maintenant. Mon noble oncle, je supplie votre altesse d'examiner mes torts duu œil impartial. Vous êtes mon père: car il me semble voir revivre en vous le vénérable De Gand. Eh bien donc, â mon père, souffrireivous qu'injustement condamne, je ne ne sois qu'un malheureux errant et vagabond? qu'on m'arrache violemment mes droits et mes titres touverains

RICHARD II

pour les donner i des parvenus indigens? Pourquoi suis-je né? Si mon cousin est roi d'Angleterre, en venu du même tilre je suis duo de Lanrasire. Vous avez un fils, Auœale, mon noble parent Si vous étiez mort le premier, ei qu'il eût été opprimé comme moi, dans son oncle De Gand il eût trouvé un père qui eut épousé sa 4'ierelle, et l'eût souienue jusqu'au bout. On me | défend de revendiquer ici mon patrimoine; et pourtant j'y suis autorisé par mes lettres-patentes. Les biens de mon père ont été saisis et vendus, et le prix en est employé en dépenses sans utilité. Que Touliez-Tous que je fisse? Je suis un sujet, et je réclame le bénéfice de la loi. On me refuse des procureurs; je suis donc obligé de venir en personne décliner mes titres à l'héritage qui m'est dévolu par ma naissance.

nOIVTHUUBERLAND.

Le noble duc a été trop indignement traité.

ROSS

11 est de l'intérêt de votre altesse que justice lui soit r«ndue.

VflLLOUGHEY.

Des hommes de rien sont enrichis de ses dépouilles.

YORK

Lords d'Angleterre, écoutez-moi : — J'ai ressenti les injures de mon neveu, et j'ai employé tous mes elTorts pour lui faire fondre justice; m.nis venir ainsi, les armes à la main, se faire à lui-même justice et poursuivre un but légitime par des moyens coupables, — cela ne se doit pas; et vous ciui le soutenez en ceci, vous faites de la révolte, et vous êtes tous des rebelles.

NORTHUMBERLIND.

Le noble duc a juré qu'il vient seulement réclamer ce qui lui appartient; c'est son droit, et ce droit, nous avons solennellement juré de l'appuyer; et qu'il dise à jamais adieu au bonheur, celui qui enfreindra ce serment!

YORK

Allons, je vois quelle sera l'issue de cette prise d'armes, .le ne puis y remédier, je l'avoue; car les moyens qui m'ont été laissés sont trop faibles; mais si j'en avais le pouvoir, j'en jure par celui qui m'a donné la vie, je vous ferais tous arrêter, et vous obligerais d'implorer la clémence du roi ; mais puisq'ie je n'en ai pas la force, sachez que mon intention est de rester neutre. Sur ce, adieu, — À moins pourtant qu'il ne vous plaise d'entrer dans le château, et de vous y reposer cette nuit.

BOLINGDROKE.

Mon oncle, nous acceptons votre offre; mais il faut que votre altesse consente .'i nous accompagner au ihùtpau de Bri^tol, occupé, dit-on, parBushy, liagot et leurs comjdices, ces che-

nilles de l'état, dont je veux purger le pays, et que j'ai juré de détruire.

YORK

Il est possible que j'aille avec vous. — Toutefois, je veux y réfléchir; car j'hésite à enfreindre les lois de mon pavs. Vous n'êtes pour moi ni des amis ni des ennemi.s; toutefois, soyez les bien venus. Le mal est sans remède ; je n'y veu\ plus songer.

IIss'cloisn,Mil.

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