‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 355 sur 633 · VENTIDIUS · texte numérisé non relu

VENTIDIUS

Quel noble cœur!

Tous les convives, par déférence, rcslent debout les yeuj Ësés sur Timon.

Seigneur, les cérémonies ont été inventées poui colorer l'insuffisance des actes, pour déguiser ui froid accueil, une générosité honteuse, qui se rc peut avant d'avoir agi. Mais là oii se trouve l'a mitié véritable, les cérémonies sont inutiles Veuillez, je vous prie, vous asseoir. Toute ma fui tune est à vous plus encore qu'à moL

Ils s'asseyent.

PREMIER SEIGNEUR

Seigneur, nous eu avons toujours été couvaib eus.

APËMANTLS.

Oh! oui, convaincus; vraiment?

TIHON.

0 Apemantus! tu es le bienvenu.

APEMANTUS.

Non, je ne veux pas être le bienvenu ici; viens pour que tu me mettes à la porte.

TIMO:»

Fi donc! tu es fort iucivil, tu as uoc humeur^

MON d'athf.;es.

ne &ic(l pas 3 un liomtnc; tu as le plus grand ton. — On dit, seigneurs, ira furor brevis est' ; mai» cet liommc est toujours en colère. Qu'on lui donne une table à part; car il n'aime pas la comp.i^u:C, el il n'est pas fait pour elle.

ÀPEUUNTtlS.

Je resterai donc à tes ri>ques et périls, Timon. Je viens pour observer, je t'en avertis.

TljION.

Je ne fais aucune attention à loi; tu es Atiiénicn; cela me suffit pour que tu sois le bienvenu. Je veux ne conserver ici aucune autorité : je t'en conjure, que mon diner me procme ton silence.

APEMASTDS.

Je ne veux pas de ton diner: je ne pourrais pns le payer par de l'adulation, et il me resterait dai.s la gor^e. 0 dieux ! Quelle foule de parasites dévorent Timon, et il ne le voit pasi Je souûie de voir tant de limiers à la curée d'un seul iionime;et, pour comble de folie, c'est cet homme lui-même qui les y excile. Je m'étonne que les bnninies puissent se fier aux hommes : il me semble qu'ils devraient les inviter à venir sans couteaux". Il y aurait des viandes d'épargnées, et la sécurité serait plus grande ; l'expérience en fait loi. L'homme qui en ce moment est assis à côté d» maiire de la maison , qui rompt le pain avec lui et boit à sa santé , serait le premier à l'assassiner; cela s'est vu. Si j'étais un bomme puissant, je n'oserais boire à table, de peur de laisser voir à ceux qui voudraient me couper la gorge l'endroit le plus favorable pour me porter le coup mortel. Les grands ne devraient jamais I ui: e sans avoir le cou protégé par un gorgerin. TIMON, à l'un des convives.

Seigneur, je bois à vous; — que les santés circulent a ia ronde.

DECXIÈME SEIGNEUR.

Qu'elles circulent de mon côté, seigneur.

APEBANTBS.

De son côté! voilà un déterminé gaillard! — il sait prendre son tenip». — Timon, ces santés-là te rendront malade toi ec ta fortune. ( Versant de l'eau dans une coupe. ) Voilà un breuvage innocent, l'eau, ce vertueux liquide, qui n'a jamais mis l'bomme dans l'embarras. Cette boisson convient à la nature de mes alimens. L'orgueil préside aux grands festins ; je ne m'étonne pas qu'on oublie d'y rendre grâces aux dieux.

PRIÈRE D'APEMANTUS AVAHT LE REPAS.

Dieur immorlels, je ne demande riec i J'ai la liberté pour tout Lien ; Ce n'est que pour moi que je prie.

Faites que point je ne me 6e A qui jure ou qui signe en blanc ;

* La colère est une folie furieuse, passagère. {Note du tradiulfur.')

** 11 paraît que, du temps de notre auteur, cliaquc con- Tjye apportait jjop cgw^eau. {Note du tradueteur-'

A fcm

me qui g(?tnit et pU-iire ;

Acliie

n qu;<lort, ou lait sembj

anl;

A la p

ison, pour ma demeure

mes an

aïs, quand j'aurai ticsoin

d'eux

Ainsi s

oit-il. Laissons le riche

Faire

son repas somptueux ;

Mangeons notre plat de pois cb

che.

tl hoil

^t mange.

Grand bien te fasse, Apemantus.

TIMON

Général Alcibiade, votre pensée est sur le champ de bataille, maintenant?

AI.CIDIADE.

Ma pensée et ma personne sont à vos ordres,

seigneur.

TIHON.

Vous préférez un déjeuner d'ennemis à un dîner d'amis?

ALCIBIADE

Quand ils sont fraîchement tués, il n'est pas de mets que je préfère à celui-là ; c'est un régal que je souhaite â mon meilleur ami.

APEMANTUS.

Plût à Dieu que tous ces flatteurs fussent tes ennemis, afin que tu pusses les tuer et m'inviter au festin ?

PREMIER SEIGNEUR

Si nous étions assez heureux, seigneur, pour vous voir mettre notre affection à l'épreuve , et vous donner l'occasion de vous manifester une portion de notre dévouement, nous nous croirio'"' au comble de la félicité.

TIMON

Oh! ne doutez pas , mes bons amis , que les dieux ne tiennent en réserve un jour où j'aurai besoin de votre assistance : sans cela, pourquoi seriez-vous mes amis? Pourquoi vous aurais- je choisi entre mille, pour vous donner ce doux nom, si vous ne m'étiez pas plus attachés que d'autres? J'ai de vous, à part moi , une opinion plus avantageuse que vous ne pouvez modestement l'avoir de vous-mêmes, et à cet égard, je suis d'accord avec vous.O dieux! ai-je souvent pensé, quel besoin avons-nous d'amis, si leur secours ne doit jamais nous être nécessaire? Ce seraient les êtres les plus inutiles qu'il y eût au monde, si nous ne devions jamais avoir l'occasion de nous en servir. Ils ressembleraient à ces instrumens mélodieux renfermés dans leur étui , et qui gardent leurs sons pour eux seuls. Vous le dirai-je? j'ai souvent souhaité d'être moins riche, afin de me rapprocher davantage de vous. Nous sommes nés pour faire du bien. S'il est une chose que nous pouvons raisonnablement appeler nôtre, c'est la fortune de nos amis. Et quel bonheur c'est pour nous de pouvoir disposer en frères de nos richesses mutuelles!... O volupté qui meurt avant de naître ! ô joie qui expire dans les pleurs! Mes yeux ne peuvent retenir leurs larmes; pour expier leur faute, je bois à votre santé.

APEMANTUS.

Timon , tu pleures pour les faire boire.

MAGASIN THEATRAL ÉTRANGER

DEUXIÈME SEICNEDB.

la joie a produit en nous le niùme effet, et la voilà qui pleure comme uu enfant.

APEMANTCS.

Ab ! ah! c'est un enfant bâtard que celte joielâ, et je ne puis m'empécber d'en rire.

TROISIÈME SElGNECli.

Je vous proteste, seigneur, que vous m'avez beaucoup ému.

APEMiNTDS.

Beaucoup!

On entend le son d'un cor.

TIMON

Que nous annonce ce corT Qu'y a-t-ilî Entre UN SERVITEUR.

Il SERVITEÏtV.

Sous votre bon plaisir, seigneur, il y a là-bas des dames qui demandent à entrer.

TIMO;*

Des dames! Que veulent-elles t

LC SERVITECK.

Seigneur, elles ont avec elles un courrier eu est chargé de vous faire connaître leur voluclc.

TIUON.

Qu'on les fasse entrer, je vous prie.

Entre CUPIDON.

CDPIDON.

Salut, à toi, illustre Timon, et i tous ceux qui participent ici à tes libéralités. Les Cinq Sens te proclament leur patron , et rendent spontanément hommage à ton cœur plein de munificence; l'Ouïe, le Gofit,le Toucher, l'Odorat, se lèvent de ta table rejouis et charmés : maintenant mes compagnes ue viennent que récréer tes jeux.

TIUON.

Elles sont toutes les bienvenues ; qu'on les accueille avec empressement. Que la musique salue leur entrée.

CupiDON son.

PREUICR SElONEt-'R.

Vous voyez, seigneur, à quel point on vous

Lu musique se fait entendre. CVPWOÎirenire suivi tic plusieurs femmes vêtues en Auazones; elles tiennent à la main un lutli dont elles s'accompagnenl en dansant,

APEMANTUS.

Dieux! quel essaim de frivoles créatures! Elles dansent ; ce sont des femmes iolles. Toute la gloire de celte vie n'est que folie, de même que ce vain luxe, cumparé & un peu d'Iiuile et de ra-

cines. Nous nous faisons insensés pour nous divertir; nous prodiguons la flatlerie , pour dévorer la substance dun homme.Quand il est devenu vieux et indigent , nous prenons sur lui notre revanche, en lui prodiguant le mépris et la haine. Quel est l'homme ici-bas qui ne soit pas corrupteur ou corrompu î Qui meurt sans emporter au tombeau un outrage de ses amis? Je craindrais que ceux qui dansent maintenant devant moi ne fussent un jour les premiers à mefoulersouslcurs pieds. Cela s'est vu : les hommes tournent le dos au soleil couchant.

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lèvent de

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en faisant "a T

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figures, a

ux soDS du hautbois ;

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quoi, la musique et la danse cessent.

TIMON, aux amazones.

Belles dames , vous avez embelli notre fête et ajouté un nouvel attrait à nos plaisir qui auraient perdu sans vous la moitié de leur agrément; vous avez relevé l'éclat de cette fête ; l'idée est de moi, mais vous m'avez charmé par son exécution. Je vous en remercie.

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