‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 356 sur 633 · PREMIÈRE AMAZONE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE AMAZONE

Seigneur , vous nous accordez plus de mériti que nous n'en avons.

APESlANTOS.

Sans nul doute; car s'il vous voyait telles qui vous êtes', il détournerait la vue avec dégoût.

TiaON.

Celles dames, une légère collation vous attend: veuillez en prendre votre part.

Cdpidon et les Auazomes sortent.

TlUON.

Seigneur t

TlUOS.

Apporte-moi la petite c;' <ettc.

FLAVILS.

Oui, seigneur. —(Apart.) Encore des bijouil Il ne faut pas contredire ses fantaisies ; sans quoi, je lui dirais, — fort bien; — par ma foi, je le devrais. Quand tout sera dépensé, il me reprochera de l'avoir laissé faire; mais il ne sera plus temps. Quel dommage que la libéralité n'ait pas des yeux par derrière, pour voir les fatales conséqucncei de ses actes.

Il son et revient avec la cassctl

PREMIER SEIGNEUR

Où sont nos gens T

lîN SERVITEUR.

Ils sont ici, seigneur, à vos ordres.

DEUXIÈME SEIGNEUR

Nos chevaux T

TIMON

Mes amis, j'ai encore un mot A vous dire." Seigneur, faites-moi l'bouucui' d'acopicr ce bi*

TIMON D'ATHKNES.

Jn;i; ilnigncz, scigiKur, iloubicr son prix en le pur tant.

PUEMIf.r. SEIGNEUn.

Je suis <I(-ji lelleiiicnl votre ubligé, en tail de ca.lcaux , —

TOUS

KoMS le sommes lciu>.

Enire CN Si'JWITEUU.

UN SF.RVlTEUn.

Seigneur , plusieurs membres du sénat ont mis pied à terre , et viennent vous visiter,

TIMON

Ils sont les bienvenus.

FLAVIUS

Veuillez, seigneur , me permettre de vous dire ua mot : il est de la plus haute importance que je vous parle.

TIMO!«

De la plus haute importance? Eh bien, je t'entendrai dans un autre moment ; va tout préparer pour faire aux nouveaux venus un digne accueil.

FLAVIUS, à part.

Je oc sais avec quelles ressources.

Entre UN SECOND SERVITEUR.

LE SECOND SEP.VITEHr..

Seigneur , sous votre bon plaisir , le seigneur Lucius vous envoie, en témoignage d'affection , quatre chevaux blancs comme le lait, avec leurs harnais d'argent.

TISION.

Je ks accepte bien vol'^-nliers : que ceux qui les arûèneut soient dignement récompensés.

Entre UN TROISIÈME SERVITEUR.

TIMON, contitiuam.

Eh bien, qu'y a-t-il î

TROISIÈME SEnVlTF.lin.

Seigneur, le noble Lurullus vous invite à chasser avec lui demain ; et il vuus envoie une couple de lévriers.

TlMON.

Je chasserai avec lui ; qu'on accepte le cadeau, et que ceux qui ont été chargés de l'offrir soient Isrgement récompensés.

FLAVIUS, à pari.

Comment tout cela va-t-il finir 7 11 nous ordonnf de faire d'amples provisions, et de donner de riches cadeaux ; et tout cela il faut le puiser dans nn colTre vide : il ne veut pas connaître l'étal do K.i hiuirse; il ne vent pas me permetlro di^ lui faire voir son indigence, 1 1 l'impuissance uû il cat

de réaliser ses désirs. Ses promesses dépassent h tel point les limites de sa fortune, que chacune de ses génémsités est une dette nouicHe q l'il contracte : chacune de ses paroles est un créancier de plus : il paye les intérêts de sa libéraliio: ses terres sont chargées d'hypothèques. Ah ! jo voudrais être tout doucement évincé de ma place, avant d'être forcé de la quitter brusquement. Heureux qui n'a pas à nourrir des amis plus funestes que des ennemis! Lo cœur me saigne pour mou maitre.

lisort.

TIMON, continuant la distribution de ses cudcaux. Vous vous laites injure; vous ravalez tnip bas votre mérite. — Acceptez, seigneur, ce léger témoignage de mon amitié.

DEUXIÈME SEIGNEUR

Je le reçois avec la plus vive reconnaissance.

TROISIÈME SEIGNEUR

Oh ! c'est le type de la générosité.

TIMON

A propos, seigneur, je me rappelle que vous avez beaucoup vanté, l'autre jour, le cheval bai que je montais : il est à vous, puisqu'il vous i plu.

DEUXIÈME SEIGNEUR

A cet égard, seigneur, je vous prie de vouloir bien m'excuser.

TIMON

Vous pouvez m'en croire, seigneur; je sais qu'un homme ne peut louer sincèrement que ce qui lui plaît. Les prédilections de mes amis me sont aussi chères que les miennes propres : ce que je vous dis est vrai. — Je compte vous faire à tous ma visite.

TOUS

Nul ne recevra un plus cordial accueil.

TIMON

Je mets un tel prix à vos visites obligeantes, que c'est trop peu que des cadeaux pour vous eu témoigner ma reconnaissance; je voudrais avoir des royaumes à distribuer à mes amis; je ne me lasserais pas de leur en donner. Alcibiade, vous éles militaire, partant loin d'être t'iche (lui prCsenianl un bijou ), ce diamant pour vous n'est donc pas de refus; car vous n'avez pour tout profit que dos cadavres, et toutes vos terres sont des champs do bataille.

ALCIBIADE

Ce sont des terres improductives, seigneur

PREMIER SEIGNEUR

Nous sommes si sincèrement vos obligés, —

TlUON.

Et moi, je suis le vôtre.

DEUXIÈME SEICSEUR.

Notre alîeclion sans bornes vuus est acquise i tel point, —

TIMON

Tous mes vœux sont pour v..us. — Dos ll.uubeaux, d'autres flambeaux encore.

MAGASIN THEATKAL ETRANGER:

PKGStteR SEICNEUE.

Que le bonheur, la gloire et la fortune, vous restent à jamais Bdèles, seigneur Timon I

tIMON.

Timon sera toujours au service de ses amis.

Tons sortent, à l'exception de Timon et d'APEhântds.

apemantcs.

Quel tumulte ici I quelle prodigieuse dépense de salutations et de courbettes! Je doute que ces jambes vaillent les sommes dont on paie leur flexibilité servile. Il y a bien de la lie au fond de la coupe de l'amitié. (1 me semble que des jambes saines ne devraient point accompagner un cœur faux. Ainsi d'honnêtes imbéciles prodiguent leur richesses pour des révérences.

TIHON.

Apemantus, si tu n'étais si morose, j'aurais des boutés pour toi.

APEUANTtS.

Non, je ne veux rien ; car si tu me gagnais aussi * par tes largesses, il ne resterait plus personne pour se moquer de toi, et tu n'en pécherais qu plus vite. II y a si long-temps que tu donnes, ïimon, que bientôt tu liniras, je le crains, par li donner loi-même, avec ta signature. A quoi bo ces banquets, ce luxe, et ces vaines magnili cencesî

TIUON.

Allons, si tu commences tes diatribes contre société, je suis résolu à ne pas t'écouter. Adieu reviens avec de la musique plus agréable.

Il sort. APEMANTUS, seul.

Allons ; tu ne veux pas m'écouter maintenant! 1 tu ne m'entendras jamais; je te sèvrerai (!e mes j avis salutaires, Ob! faut-il que les oreilles dey hommes soient sourdcsaux bous conseils, mais noq à la natieriel

U sort.

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