‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 363 sur 633 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Mcmc ville. — Un appartement dans la maison de Sem-

Eittrent SEMPRONIUS el UN SERVITEUR DE TIMON.

SEMPP.ONIBS.

Pourquoi ni'imporiuner, moi, de préférence à tous les autres ? 11 pouvait s'adresser à Lucius ci à Lucullus; il y a encore Ventidius qui est riche el qu'il a fait sortir de prison. Tous ces hommes lui doivent leur fortune.

LE SERVITEUR

Seigneur, tous ont été soumis à l'épreuve, et trouvés de mauvais aloi; car tous ont répondu par un refus.

SEHFROMUS.

Eh quoi! ils ont refusé! Ventidius et Lucullus ont refusé, et c'est à moi qu'il s'adresse! Tous trois? diantre! — Voilà qui annonce de sa part bien peu d'amitié ou de jugement. Suis-je donc sa dernière ressource? Ses amis, comme autant de médecins, après s'être enrichis à ses dépens, l'ont condamné : est-ce moi qui dois entreprendre sa guérisoa? C'est en user avec moi d'une manière peu délicate; j'en suis indigné; il aurait dû me rendre plus de justice: je ne vois pas pourquoi, dans ses besoins, il ne s'est pas d'abord adressé à moi; car, en conscience, je suis le premier qui ait reçu de lui des présens ; et a-t-il donc si mauvaise opinion de mes seniimens au point de ne compter qu'en dernière ligne sur ma reconnaissance? Non, je ne veux pas m'exposer à la ribce de tous, et passer aux jeux du monde pour un imbécile. J'aurais voulu, ne fùt.ce que pour uia satisfattion personnelle, et quand il audù m'en coûter une soniUie trois fuis plus loric, qu'il se lut d'abord adressé à moi, tant j'avais le cœur disposé à lui rendre service. Mais, a présent, retourne vers lui, et à la froide

épouse de ses amis ajoute celle-ci : «Qui ravale mou honneur ne verra jamais mon argent.»

Il sort.

sERviLics, seul.

A merveille! voila un scélérat plein do vertu. A quoi donc songeait le diable quand il fit l'homme cguiste et bypocrite? c'était marclicr sur ses

propres brisées : et je ne puis m'cmppchcr de croire qu'un jour viendra où l'iniquité des hoiiimes le feront paraître pur et sans reproche. Oc quels beaux sentimens cet homme colore sa bassesse! De quel semblant de vertu il assaisonne sa perversité ! pareil à ceux qui, sous le masque d'un ardent patriotisme, sont prêts à mctirc tout un royaume en feu. Son politique attachement est de la même nature. C'est sur lui que mon m^Ure fondait son principal espoir : le voilà maintcutiiit abandonné de tous, hormis des dieux. Main'tn, nt ses amis sont morts; ses portes qui, dans des temps plus heureux, ue connurent jamais les verroux, doivent aujourd'hui protéger la liberté de leur maître. Voilà le résultat de ses largesses. Qui ne sait pa.s garder son argent doit garder !a maison.

Il sort.

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