‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 376 sur 633 · TROISIÈME V01.K0R · texte numérisé non relu

TROISIÈME V01.K0R

Peu s'en faut qu'en voulant me faire aimer mon métier, il ne me l'ait fait haïr.

PUF.MIER VOLEUR

Ce n'estpas Icdesir de nous voir prospérer dans notre profession, c'est sa haine pour le genre humain qui lui a dicté ces conseils.

DEUXIÈME VOLEUR

Je le crois comme je croirais uu tuucmi, et je quitte le métier.

PREMIER VOLEUR

Commençons par retourner en paix à Athènes. Il n'est pas de temps si malheureux où l'hug^iue ne puisse être hounéte.

Les Voleurs n'éloignent.

Arrive FLAVIUS.

FLAVIUS

0 dieux I est-ce bien mon maître que Je Vois dans cet (latde misère et d'opprobre, plongé dans l'indigence et la ruine! O monument merveilleui de bienfaits mal appliqués! Quel changeméèta produit le passage de l'opulence à la misère '.Quoi de plus vil sur la terre que des amis qui ontpii amener l'ame la plus noble à cet état d'aba^iae' ment! Quel temps, que celui oii l'homme en est réduit à aimer ses ennemis! Puissê-je m'attacher à ceux qni me veulent ouvertement du mal, plutôt qu'à ceux qui m'en font sous le masque de l'amitié ! Son œil m'a aperçu. Je vais lui présenter le tribut de ma loyale douleur, le servir coÉnit mon maître, et lui consacrer ma vie. — MoniiitB aimé maitre I

TIMON sort de sa caverne.

TIMON

Arrière! Qui es-tu?

FLAVIUS

M'avez-vous oublié, seigneur?

TIMON

Pourquoi cette question? J'ai oublié tons la hommes ; si donc, de ton aveu, tu es un hoaine, je t'ai oublié.

Je suis l'un de vos humbles et honnêtes serviteurs.

TIMON

En ce cas, je ne te connais pas : je n'ai jt;Hii eu un seul honnête homme auprès de moi; jeii'avais que des fripons pour servir à manger à des scélêr.its.

FLAVIUS

Je prends les dieux à témoin que jamais ùtfp dant ne versa sur l'infortune de son maitrèjei larmes plus sincères que celles que j'ai v^ pour vous.

TIMON

Quoi donc, est-ce que tu pleures? — Appr<|{|e; oh! en ce cas, je t'aime; je vois que tu es J|W femme : lu n'as rien de commun avec les bOHUPl au cœur de rocher, qui ne pleurent quedojb' luplé ou de rire. La pitié est assoupie dans 101 les cœurs: siècle étrange, où l'un a desl^V pour la joie,ct point pour la pitié! ^

FLAVIUS

Mon cbcr maitre, veuille» me recennaiire ; tptti

TIMON D'ATHENES

la sincère (loulftur; et tant que durera ce peu dur qui rae reste, {it lui présente quelques pièces

or) regardez-moi toujours comme voue iulcndant.

TIUON.

Se peu(-il que j'aie eu an intendant si fidèle ,

hoonéle bomme, et dont maijitenant la symiihie me console? Voilû qui est fait pour changer ma misanthropie en folie. Que je contem- Jc les traits. (// s'approche de lui et le regarde iiteriiivemeiu.) Sans nul doute, cet homme est né Je la femme. Pardonnez-moi, dieux justes et lou- |oiirs calmes, l'anaihème téméraire dans lequel j'ai ioveloppé tous les hommes I Je le proclame devant DUS, il existe an monde un honnête homme, — enlendoni-nous bien, — j'"n reconnais un , — un seul,

pas davantage, — et cet homme est un inlen- Iml. J'aurais voulu haïr le genre humain tout oiicr, mais je fais une exception en ta faveur ; (leur donne à tous, hormis à toi, ma malédiction. Je aesais, mais il me semble qu'il y a dans ton Dit plus d'hnnnëieté que de prudence; car en idievant de m'accabler et en me trahissant, tu "3li chance d'obtenir une nouvelle place. Comifn arrivent au service d'un second m.illre en uarcbtnl sur le corps du premier 1 Mais parlemu franchement, car, en dépit de tous les motifs le certitude, je ne puis m'empécher de douter iit:«re; la sympathie n'est-eile pas une ruse, un Jicul, une spécalatioti habile? Ne ressemble-

tlie pas à ces cadeaux que font certains riches, lijiii l'espoir de recevoir vingt fois plus qu'ils ne Jvu lient?

FI.AVIDS.

Non, mon digne maiire: Hélas! votre cœur s'oue trop tard aux doutes et aux soupçons; c'est . lemps de votre prospérité que cette défiance

vous eût été utile; mais elle est sans objet, maioT tenant que vous n'avez plus rien i perdre. Ma démarche , le ciel m'en est témoin, est dictée par l'alTection la plus pure, par mon zèle pour vous, par mon respect pour vos qualités incomparables, par ma sollicitude pour vos besoins et votre subsistance; et croyez-moi, mon très-honoré maître, tout ce que je possède, de fait ou en espérance, je le donnerais pour voir s'accomplir le vœu le plus cher à mon cœur, pour vous voir redevenir puissant et riche; je me croirais alors assez récompensé.

TIHON.

Le vœu que tu formes est accomplit — Homme probe et loyal, prends. [Il lui offre de l'or.) Les dieux, du sein de ma misère, ont tiré pour toi ces trésors. Va, vis opulent et heureux, mais à une condition, — c'est que tu iras vivre loin des habitations des hommes. Abhorre-les tous, maudisles tous, ne soischaritable pourpersonue. utôt que de secourir l'indigent affamé, laisse sa chair se détacher de ses os : donne aux chiens ce que tu refuseras aux hommes; que les prisons les englouiissent, que les dettes les consument et les dévorent 1 Que les bommes se flétrissent comme le rameau que la foudre a frappé, et que les maladies boivent leur sang vicié I Sur ce, adieu, et sois heuieux.

FLAVIUS

0 mon maître, souffrez que je reste auprès de vous pour vous consoler.

TIUON.

Si tu crains les malédictions, ne reste pas; fui» pendant que tu en esexemptet que jeté bénisencore; ne revois jamais les hommes, et que je ne te revoie plus.

ils s'elûi^iiL-.it dans deux dircclions opposées.

riH DU QUATRIEME ACTE.

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