ONE FÉE
Partons, maintenant, tout est dans l'ordre: qu'une de nous seulement reste en sentinelle.
Les Fées s'éloignent. Titanu s'endort.
Arrive OBÉRON.
Il s'approche de Titania et exprime sur ses paupières le suc de la fleur magique.
OBÉBON.
Quand tu rouvriras ta paupière.
Que le premier objet qu'apercevront tes yeux
Enchaîne ton cœur amoureux.
Airoe-le. Donne-lui ton ame toute entière ; Quand ce serait un ûurs,uu tigre, un léopard,
Un sanglier hérissant sa crinière.
Qu'il rt-guc sur Ion cœur percé de part en part. Quand tu rouvriras la paupière.
Il s'éloigne.
Aniucnt LYSANDUE cl HERMIA.
ITSANDRE.
Mou amour, vous êtes faiiguée d'errer dans ce bdis, et j(! vous avuue qne j'ai perdu mon chemin. Si vuusle trouvez bon, lierniia, nous nous repose-
rons un peu, et nous attendrons ici la clarté bienfaisante du jour.
DERUIA.
Je le veux bien, Lysandre ; cherchez un lit pour vous; moi je vais reposer ma tête sur ce gazon.
LYSiNDtlE.
La même touffe de verdure nous servira d'oreiller à tous deux ;'ayons un seul cœur, un même lit, deux âmes, et une seule loi.
HCRUIA.
Non, mon cher Lysandre ; pour l'amour de moi mon ami, placez-vous plus loin; ne vous mettez pas si près de moi.
LTSINDKS.
Oh t prenez mes paroles dans le sens le plus in. nocent; le langage des amans doit être interprété par l'amour. Je veux dire que mon cœur est indissolublement lié au vôtre, en sorte que les deux n'en font plus qu'un : nos deux âmes sont enchaînées par le même serment, si bien que nous avons deux âmes et une seule foi. Ne me refusez donc pa« une placn à cA'<î de vous et conlîez-vous i ma loyauté.
BErUIA.
Lysandre s'entend à merveille i soutenir un paradoxe. Me préservent ma vertu et ma fierté de mettre eu doute la loyauté de Lysandre! Mais, mon ami, au nom de l'amour et par courtoisie, veuillez reposer un peu plus loin. La pudeur exige cette séparation; elle sied bien à un amant vertueux et à une jeune fille. Tenez-vous donc i une certaine distance. Sur ce, bonsoir, mon doux ami ; que votre amour demeure inaltérable jusqu'à la fin de votre existence chérie.
LTSANDRK.
Je joins mes vœux à votre douce prièrel Puîss* ma vie finir le jour où finira ma fidélité 1 Voici mon lit. Que le sommeil verse sur vous tous SN pavots t
BEHUIA.
Qu'il en réserve la moitié pour clore les pu? pières de celui qui m'adresse ce souhait t <
Ils s'endorment.
Arrive FARFADET.
FARFADET
J'ai parcouru la forêt dans tous les sens, mais d'Athénien, je n'en ai point trouvé sur les yeuï duquel je pusse essayer la vertu amoureuse de celle fleur. Partout la nuit et le silence I Quel est cet homme? Il porte le costume athénien ; c'est celui que m'a désigné mon maître, et qui dédaigne l'amour de la jeune Athéuienne; et la voici elle-même qui dort d'un profond sommeil sur le sol humide et fangeux. La jolie enfant! lille n'a pas osé se coucher auprès de ce cavalier insensible et discourtois. [Il fait tomber sur la
SONGE D'UNE NUIT D'ETE
deux de Lysandre quelques gouttes du suc magique.) Morlel sauvage, je répands sur tes yeux les propriétés puissantes que ce charme possède : quand tu t'éveilleras, que l'amour chasse le sommeil loin de tes paupières. Réveille-toi dés que je serai parti; il faut que j'aille retrouver Obéron.
Il s'éloigne.
DÉMÉTRIOS et HÉLÈNE arrivent en courant.
EÊLÈNE.
Cber Démétrius, arrête, quand tu devrais me
mer.
DÊUETRICS.
Laisse-moi, te dis-je, et ne me poursuis pas ainsi.
HÉLÈNE
Veux-tu donc m'abandonner ici dans les ténèbresî Oh I non, je t'en conjure.
DÉHÉTRIDS.
Demeure, ou malheur à toi ! je veux m'en aller seul.
Déuetrids s'éloigne.
HÉLÈNE
Cette poursuite de celui que j'adore m'a mise hors d'haleine. Plus je prie, et moins j'obtiens. Hermia est heureuse, en quelque lieu qu'elle se trouve; car elle a des yeux beaux et attrayans. Quia rendu ses yeux si brillans? cenesontpasleslarmes : mes yeux en sont plus souvent baignés quelessiens. Non, non , je suis aussi laide que la compagne de l'ours, car les bétes qui me rencontrent se sauvent de frayeur ; je ne dois donc pas m'élonner que Démétrius fuie ma présence comme celle d'un monstre. Sur la foi de quel miroir perfide et mensonger ai-je pu me comparer aux beaux yeux d'Hermia? — Mais qui est ici? Lysandrel étendu par terre I Est-il mort ou endormi? Je ne vois point de sang, point de blessure. — Lysandre, si TOUS êtes vivant, seigneur, éveillcj-vous. LTSAHOKE, s'éveillant.
Oui, et je passerais à travers les flammes pour l'amour de toi, ma diaphane Hélène I La nature montre sa puissance en me faisant voir ton cœur àUaversta poitrine. Où est Démétrius? Que ce nom est odieux! qu'il est bien celui d'un homme fait pour périr par mon épée!
HÉLÈNE
Ne dites point cela, Lysandre, ne dites pointfth. Qu'importe qu'il aime votre Hermia? Qu'importe! Hermia n'aime que vous; soyez donc heureux.
LÏSANDRE.
Heureux avec Hermia? Non, je regrette les ennHyeux instans que j'ai perdus avec elle. Mainte-
nant, ce n'est pas Hermia, c'est Ilolène que j'aime. Qui n'échangerait un corbeau contre une colombe ? La volonté de l'homme est gouvernée par sa raison, et ma raison me dit que vous êtes la plus digne d'être aimée. Les fruits n'atteignent leur maturité que dans leur saison; jeune jusque alors, ce n'est que d'aujourd'hui que je suis venu â la raison; et arrivé â l'âge où l'homme voit ses facultés atteindre leur plus grande perfection , la raison, servant seule de guide à ma volonté, me montre vos beaux yeux, brillant livre d'amour, oùjelisl'expression des plus doux sentimens.
BÊLÈNE.
Pourquoi Ifaut- il que je sois en butte à cette amère ironie? En quoi ai-je mérité d'essuyer de votre part de tels mépris ? N'est-ce pas assez, jeune homme, n'est-ce pas assez que je n'aie jamais obtenu, qu'il ne me soit jamais donné d'obtenir de Démétrius un bienveillant regard? Faut-il encore que vous insultiez à mon impuissance? c'est bien mal agir, croyez-moi, que de me présenter ainsi votre ironique hommage. Mais, adieu; j'avoue que te vous croyais plus de véritable courtoisie. Fautil donc qu'une femme, parce qu'elle est dédaignée par un homme, soit insultée par un autre t
Elle s'éloigne.
LYSANDRE
Elle ne voit point Hermia. — Dors, Hermia, et puisses-tu ne jamais t'approcher de Lysandrel De même que l'excès des mets les plus dùlicieux porte à l'estomac le plus invincible dégoût ; ou de même que les hérésies qu'on abjure sont surtout détestées de ceux qu'elles ont égarés, ainsi toi, l'objet de ma satiété, toi, mon hérésie, sois abhorrée de tous, et surtout de moi I Tout ce que mes facultés ont de puissance, mon amour d'énergie, je le consacre.au culte d'Hélène, et je me dévoue â son service.
11 s'éloigne.
HERMIA, s'éveillant.
A mon secours, Lysandre, à mon secours I Fais ton possible pour arracher ce serpent qui rampe sur mon seini Hélas! aie pitié de moi I — Quel rêve j'ai fait! Regardez, Lysandre, j'en tremble encore de frayeur. Il me semblait qu'un serpent me dévorait le cœur, et que tu le regardais faire en souriant.— Lysandrel Quoi! m'aurait-il quittée? Lysandre! Seigneur! Quoi! Il ne m'entend pas? il est parti? Pas un son, pas une parole? Hélas, où es-tu? Parle, si tu m'entends ; parle, au nom de tout ce que tu as de plus cher; je suis prête à m'ovanouir de terreur. Non 7 — Oh I je vois bien que lu n'es pas i portée de m'entendre. Il faut que je trouve à l'instant ou la mort ou toi.
Elle s'éloigne.
rIN su DEUXIÈME ACTE,
MAGASIN THEATRAL ETRANGER
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