‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 418 sur 633 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Le camp des Romains.

" entend le bruit du combat ; puis on sonne la ■■tratit. Fanfares. Arrivent d'un côté COMI- '«lUSeiPutiBogs RoMAjHs; de /'autre MARCIUS, '<" tra» en écWpe, suivi d'adirés Robains.

COMII«IDS.

' 1* te racontais tes exploits dans cette jour- '=«. la refuserais d'y croire. Mais je garde ce ê-

cit pour un autro lieu; c'est là qu'en m'écoutant nos sénateurs mêleront le sourire et les larmes ; nos illustres patricieoo, attentifs et surpris, seront frappés d'admiration; nos dames, agitées d'ua doux frémissement, demanderont la suite d'un récit qui les charme et les effraie tout ensemble ; les stupides tribuns eux-mêmes, qui, ligués avec les vils plébéiens, détestent ta gloire, s'écrieront malgré eux : o Nous rendons grâces aux dieux d'avoir donné à Rome un tel guerrier. » Et pourtant, lorsque tu es venu prendre ta part de ce festin héroFque, tu t'étais déjà rassasié du sang de nos ennemis.

Arrive TITUS LARTIUS ramenant de la poursuite de l'ennemi ses troupes victorieuses.

lARTius, montrant Iffarcius.

Mon général, voilà le coursier; nous n'en sommes que le caparaçon.

MABCIDS.

De grâce, épargnez-moi : ma mère, qui a le privilège d'exalter son fils, en me louant m'afflige. J'ai fait ce que j'ai pu ; vous l'avez fait aussi ; le même motif nous a fait agir, l'amour de la patrie. Celui dont les actes ont été au niveau de sa volonté, celui-là a fait plus que moi.

COMINIUS

N'ensevelissez point votre mérite. Il faut que Rome connaisse ce que valent ses enfans. Ce serai» lui faire un vol, ce serait commettre une trahison, que de lui dérober la connaissance de vos actions, que de couvrir d'un coupable silence des actes pour lesquels la louange, poussée au plus haut point, est peut-être encore trop modeste. Je vous en conjure donc, et ici je veux rendre témoignage à ce que vous êtes, non récompenser ce que vous avez fait, en présence de notre armée, veuillez m'écouter.

MARCIDS.

J'ai sur le corps quelques blessures; on ne peut en parler sans les rendre plus cuisantes.

COMlMltlS.

N'en pas parler, ce serait une ingratitude qui pourrait les envenimer et les rendre mortelles. De tous les chevaux que nous avons pris, et ils sont excellens et nombreux, de tout le butin que nous avons conquis tant sur le champ de bataille que dans Corioles, nous vous oifrons le dixième prélevé pour vous avant le partage général et à votre choix.

HARCIUS.

Je vous rends grâces, général; mais je ne saurais consentir à voir payer mon épée d'un salaire. Je le refuse, et veux ne recevoir que la part qui me revient ainsi qu'à ceux qui nous ont regardé faire.

Longue fanfare. Toutes les voix s' écrient ; Slarcius î Marcius'. Toutes les lances s'agitent ; tous les casques sont eu l'air. Comiuios et I>arlius se dccouvrent.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

HtnCIDS.

Ah! que ces instrumens, qu'ainsi vous profanez, se taisent pour jamais! Si sur le champ de bataille nos tambours et nos clairons se changent en flatteurs, que les cours et les villes soient livrées tout entières à l'aJulation perfide! Si l'acier s'amollit comme la soie du parasite, qu'il cesse de protégerla poitrinedu guerrierl Assez, vousdis-je : parce que mon nez a saigné, et que je ne l'ai point lavé, parce que j'ai terrassé quelque coquin débile, ce que beaucoup d'entre vous ont fait sans qu'on l'ait remarqué, vous m'accueillez avec des acclamations hyperboliques , comme si j'aimais à voir assaisonné le peu que j'ai fait de louanges mensongères.

COMINIUS

Vous avez trop de modestie ; vous êtes trop sévère pour votre propre gloire, et vous ne rendez pas assez justice à la sincérité de nos sentimens. Avec votre permission, si vous vousemportez contre vous-même , nous en agirons avec vous comme avec ces furieux qui attentent à leurs jours; nous vous enchaînerons, afin de raisonner ensuite avec vous avec sécurité. Que l'univers entier sache donc, comme nous, que tout l'honneur de cette guerre appartient à Marcius; en témoignage de quoi je lui donne, tout caparaçonné, mon noble coursier connu de tout le camp. Et à dater de ce jour, en mémoire de sa conduite devant Corioles, nous lui décernons, aux applaudissemens de l'armée, le nom de Caius Marcius CotiiOLAN. Puisset-il le porter long-temps avec gloire!

TOUS

Caïus Marcius Coriolan I

COKIOLAH.

Je vais me laver le visage; vous pourrez juger alors si je rougis ou non. Quoiqu'il en soit, je vous remercie. Je monterai votre coursier, mon général, et quant au nom que vous m'avez décerné, je ferai mon possible pour le porter en tout temps avec honneur.

Fanf.ires. Les trompettes :

nt ; les tamljours battent.

COHINIUS.

Entrons dans ma tente; avaut de nous livrer au repos, il nous faut écrire à Rome pour mander nos succès. — Vous, Titus Lartius, retournez à Corioles; et envoyez-nous à Rome ses habiians les plus notables, pour régler avec nous par un traité ses intérêts et les nôtres.

LARTIUS.

J'exécuterai vos ordres, seigneur.

CORIOLAN

Les dieux commencent à se moquer de moi. Moi, qui lout-à-l'heurc ai refusé des présens dignes d'un prince, je me vois réduit à demander une faveur à mon général.

LAHTIOS.

le vous raccorde d'avance. Quelle est-elle!

CORIOLAM.

J'ai logé à Corioles chez un pauvre citoyen qui m'atraité avec bienveillance. Je l'ai vu prisonnier; il a imploré ma protection; Aufidius s'est alors offert à ma vue, et dans mon ame la colère a étouffé la pitié. Je vous demande la liberté de mon hôte indigent.

COHIMCS,

J'applaudis à cette requête; fût-il le meurtrier de mon fils, qu'il soit libre comme l'air. — Mettez-1» en liberté, Titus.

LARTIDS. l

Marcius, quel est son nom) ■

CORIOLAN

Par Jupiter, je l'ai oublié. Je suis las, ma mémoire est fatiguée. N'avez-vous pas du vin iciî

COMINIUS

Allons dans ma tente: le sang se fige sur voira visage; il est temps qu'on vous panse. Venez. Ils s'ëlûignenU

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