PEP.CV
Oui, mylord, elle renferme un roi. Derrière cette enceinte de chaux et de pierre est le roi Richard; et avec lui sont lord Âumale, lord Salisbury, sir Stephen Scroop, ainsi qu'un ecclésiastique vénérable dont j'ignore le nom.
XORTBCMEEBLASD.
C'est sans doute l'évêque de Carlisle.
BOLINGBROKE, à Xorthumberlanil.
Noble lorJ, avancez-vous vers les massifs remparts de cette antique forteresse. Que l'airain de la trompette annonce à ses vieilles murailles l'arrivée d'un parlementaire, et portezau roi cernes, sage: — Henri Bolingbroke baise à deux genoux la main du roi Richard, et envoie l'hommage de sou allégeance et de sa fidélité à sa royale personne ; je suis venu ici pour déposer à ses pieds mes armes et ma puissance, à condition qu'on m'accordera pleinement la révocation de mon exil, et la restitution de mes biens; sinon, j'userai de tous mes avantages, j'abattrai la poussière avec une pluie de sang, coulant des blessures des Anslais égorgés II en coûterait bcauioup au cœur de Bolingbroke de noyer dans !e sang la face fleurie de ce beau royaume de Richard ; ce qui le prouve, c'est l'humble démarche qu'il fait en ce moment. Allez lui porter ces paroles, pendantque nous marcherons sur le tapis verdoyant de cette plaine.
Norllmmbcrbnd s'avance vers la forteresse, précédé d'un trompette.
B0I.INGBR0KE, conliniinH/.
Marchons sans faire entendre le bruit menaçant des tambours, afin que du haut de ces créneaux en ruines, le roi prête une oreille attentive i nos propositions conrilianles. Je ne sais, mais il me semble que la lutte entie le roi Richard et moi ne serait pas moins terrible que celle de deux élémcns ennemis, l'eau et le feu, alors que leur choc forraidalile ébranle les profondeurs des cieux. Ou'il soit le feu, je serai l'eau. Que la fureur soit son partage, pendant que moi, je ferai pleuvoir mon onde sur la terre, sur la terre et non sur lui.
Avan<;un$, «t ulisprv chard.
MAC.ASIN rUKA' lu riitilciiaiK»? «le Ui-
Une trompette sonne; une aime lui n'iioiid de l'intérieur de la forteresse. Fanfare. On voit paraître sur les remparts LE KOI RICHARD, L'ÉVÊQUE DE CARLISLE. ALMALE, SCKOOP et SALISBURY.
Tenez, voici le roi Richard lui-même qui parait; uinsi le soleil irrite nioiiire son fioni rougissant à la porte enflammée del'Orierjt, quand il voit les nuages jaloux s'efforcer d'obscurcir sa gloire, et souiller sa route brillante dans son passage à rOicident. Et toutefois sa mine est celle d'un roi; voyez comme son regard, pareil à celui de l'aigle, éclaire l'imposante niajfsic de son visage. Hélas! ce serait pitié que le moindre dommage vint souiller tant d'éclat et de beauté I RICHARD , à Northumberland.
Tu BOUS vois confondu d'ôtonneraent; nous attendions, immobile, que ton genou respectueux fléchit devant nous, car nous nous regardions comme ton légitime roi. Si nous le sommes, comment tes genoux osent-ils oublier le devoir que leur impose noire auguste présence? Si nous oo le sommes pas, monlre-nons l'ordre de Dieu qui nous a retiré noire emploi; car, nous le savons avec certitude, nulle main de chair et dos ne saur^iil se saisir de notre sceptre sans se rendre coupable de profanation, de vol, d'usurpation. Tu t imagines peut -être que tous, à ton exemple, nous ont retiré leur affection et se sont séparés de nous, que nous sommes abandonné et sans amis; mais apprends que mon maître, le Dieu tout-puissant, rassemble dans les nuages, en notre faveur, des armées de fléaux pestilentiels qui frapperont vos enfans encore à naître, 6 vous qui levez contre moi vos mains vassales, et menacez la gloire de ma glorieuse couronne. Dis à Bolingbroke, sar c'est lui sans doute que je vois là-bas, que chaque pas qu'il fait sur mon territoire est une criminelle trahison 11 est venu ouvrir le testament de la guerre sanglante; mais avant qu'il possède en paix la couronne, objet de sis vœux, dix mille crânes sanglans attristeront les regards de l'Angleterre, feront rougir d'indignation son doux et blanc visage, et abreuveront de sang anglais l'herbe de ses pâturages.
nonTiii]»iii!ni.AND.
A D'eu ne plaise que notre seigneur le roi soit exposé aux attaques inciviles de ses propres sujets I Votre trois fui» noble cousin, Henri Bulingbroke, vous baise humhlemcnt la main, cl jure par la tombe honorée qui recouvre les ussemens de vos royaux ancêtres a tous deux, par la royale illustration de vos deux sangs qui prennent leur cours a la même source glorieuse, et par le bras inanimé du belliqueux Ile Gniul, el par sa propre gloire et son honneur persunnel, qui y., m .-i |i,|
"UAL ETRANGER.
seul tous les scrraens; il jure, dis-je, que son ar-| rivée ici n'a d'autre but que de revendiquer sunl royal héritage, et de vous demander à genoux lai révocation immédiate de son exil. Si votre m; jcsté lui accorde ces deux objets, il va eondan ner à la rouille ses armes brillantes, fera rentrcni dans l'étable ses coursiers bardés de fer, et sel vouera cordialement et fidèlement au service del votre majesté. Il jure, foi de prince, que sa de mande est juste; et moi, foi de gentilhomme, jel le crois.
RICHARD
Northumberland, écoute; — voici ce que répond le roi : — Son noble cousin est ici le bie-; venu. Toutes ses demandes sont légitimes et lui 1 seront accordées sans contestation. Avec toute | l'urbanité dont lu es capable, transmets-lui t affectueux complimens. (A Auniale.) Nous nous! avilissons, cousin, n'est ce pas, par un maintien! aussi humble et des paroles si amicales. Faut-il | rappeler Northumberland, envoyer un défl au traître, et puis mourir?
AUHALE.
Non, sire ; combattons avec des paroles conciliantes jusqu'à ce que le temps nous donne des amis, et que nus amis nous oUrcnt le secours de leur lipée.
KICH4RD.
0 Dieul 6 Dieu! Faut-il que ma bouche, après avoir prononcé contre cet homme un rigoureux arrêt de bannissement, le révoque aujourd'hui avec des paroles bienveillantes! Oh! que ne suisje aussi grand que ma douleur, ou moins grand que mon nom! Oh! que ne puis-je oublier ce que j'ai été! ou ne plus me rappeler ce qu'il faut maintenant que je sois. Gonfle-toi, cœur orgueilleux; tu as raison de battre, après tous les outrages dont mes ennemis nous accablent.
AUUALE.
Northumberland revient de la part de !!(,lingbroke.
RICHARD
A présent, que doit faire le roi 7 se soumettre ■; le roi se soumettra. Veut-on le déposer? le roi s'y résigne Veut-on qu'il renonce au nom de roi? au nom de Dieu, qu'on le lui ôte. Je suis prêt â échanger mes joyaux contre un rosaire, mon somptueux palais contre un ermitage, mes brillons habits Contre les vétemens de l'indigence, mes coupes ciselées contre un plat de bois, mon sceptre contre un bàlon de pèlerin, mes sujets contre une paire de saints sculptés, et mon vaste royaume contre un étroit tombeau, une tombe chétive et obscure.— Oh! qu'on m'enterre sur le grand chemin, sur la route la plus fréquentée, où j les pieds de mes sujets puissent fouler à toute heure la léle de leur souverain ; car, de mon vivant, ils foulent aux pieds mon cœur; et pourquoi pas ma tétc, une fuis enterré? Aumale, tu pleures; tu as le cœur sensible, mon cousin. Eh bien! vciix-lu que nous versions une pluie de ces larmes qu'on méprise, et qu'y joignant
lUCHARD II.
nos soupirs, nous anéantissions les récoltes, et mettions la famine dans cette terre rebelle? Ou bien, nous faisant uu amusement de nos douleurs, veux-lu que nous employions nos larnies à quelque usage intéressant? Par exemple, nous pou- Tons les faire tomber toujours sur la même place, jusqu'à ce que nous nous soyons creusé en terre deux tombeaux sur lesquels nous graverons ces mots : Ci gisent les deux cousins, qui, à force de pleur», ont eux-mêmes creuse leur tombe. Cela ne sfrait-il pas charmant? — Allons, je vois que je déraisonne et que tu te moques de moi. — Trés-puissant prince, mylord Korihumberland, que dit le roi Bolingbroke? Sa majesté veut-elle bien permellrc à Richard de vivre jusqu'.-i ce que Kiciinrd meure? Ton genou fléchit, et Bolingbroke dit oui
MORTHUMBERLAND
Sire, il vous attend dans la cour inférieure, pour y conférer avec vous. Que votre majesté veuille bien descendre.
mCBARD.
Je descends, je descends comme un autre Phaéton, inhabile à guider des coursiers indociles.
Pt'orlhumherland rctourae
: Boiingbruke
mcHARD, conliuuant.
Dans la eour inférieure'. Inférieure est en effet la cour où des rois s'abaissent â venir à la voix d'un traître, et à lui sourire avec bienveillance. Dans la cour inférieure? A bas la couri à bas le roi! Les hiboux jettent leur cri funèbre là où devrait chanter l'alouette en montant vers les cieux.
Tous se retirent des remparts.
BOLINGBROKE
Que dit sa majesté?
nORTHUMBERLAND.
La douleur et le chagrin poignant lui font tenir des discours insensés, comme le ferait un frénétique; néanmoins, il vient.
Arrivent LE ROI RICHARD et les Seic[<eors de sa suite.
BOLINGBKOKE.
Tenez-vous tous à l'écart, et rendez à sa majesté les respects qui lui sont dus. — {Il met un ijeriou en terre.) Mon gracieux souverain I —
RICHARD
Mon beau cousin, vous déshonorez votre aupusie genou en lui faisant baiser la terre, orgueilleuse d'une telle faveur. J'aimerais mieux que mon cœur ressentit les effets de votre affection, que de voir cette courtoisie, déplaisante à mes jeux. Debout, mon cousin, debouti Bien que votre genou soit bas, votre cœur est haut, je le sais ; il s'élève au moins à cette hauteur.
Il porte la maio sur sa tète.
BOLINGBROKE
Mon gracieux souverain, je ne viens que réclamer ce qui m'appartient.
RICBARD.
Ce qui est à vous, vous appartient, et je suis à vous, moi, et tout le reste.
BOLINGBROKE
Soyez à moi, mon redouté seigneur, autant que mes fidèles services auront mérité votre affection.
RICHARD
Vous êtes très-méritant. Ils méritent de posséder, ceux qui, pour obtenir, savent employer le moyen le plus sûr et le plus prompt — (A York.) Mon oncle, donnez-moi votre main : allons, séchez vos larmes; les larnies prouvent l'affection, mais elles ne remédient à rien — [A Bolingbroke.) RIon cousin, je suis trop jeune pour être votre père, bien que vous soyez d'âge â être mon héritier. Ce que vous voulez avoir, je vous le donnerai, et de grand cœur ; car force nous est de faire ce que la nécessité nous impose. Allons i, Londres; — le voulez-vous, mon cousin î
BOLINGBROKE
Oui, sire.
RICHARD
Alors, je ne dois pas dire : — Non,
Fai,r.ir
Ils