‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 43 sur 633 · I.n„plry — T.csja.Jius ,lu duc d'York · texte numérisé non relu

I.n„plry — T.csja.Jius ,lu duc d'York

Arrivent LA REINE et DEUX DAMF.S de sa suite.

LA REINE

A quel amusement nous livrerons-nous dans ce jardin pour chasser les pénibles pensées qui m'obsèdent?

PREUIÉBE DAHE.

Madame, nous jouerons aux boules.

LA REINE

Cela me fera penser que le monde est plein d'aspérités, et que ma fortune s'écarte de la bonne route.

PREUIÈRB DAUE.

Madame, nous danserons.

LA REINE

Mes jambes ne sauraient observer la mesure dans le plaisir, quand mon pauvre cœur n'en garde point dans la douleur; ainsi, ma chèie, point de danse: trouve-nous quelque autre passetemps.

FREUIÉRE DAUE.

Madame, nous conterons des histoires,

LA REINE

Tristes, ou gaies ?

PREMIÈRE DAHE.

L'un et l'autre, madame.

LA REINE

Ni l'un ni l'autre, ma chère. Si elle» Mot gaiM,

INIAGASIN THKATRAI. ETr.AN(;El\.

moi qui n'ai pas une ombre de joie dans le coeur, elles ue serviront qu'à me rappeler mieux encore mes chagrins. Si elles sont tristes, comme je ne le suis déjà que trop, elles ne feront qu'ajouter la douleur à mon manque de joie; car ce que j'ai, il est inutile qu'on me le redise; et ce que je n'ai pas, il ne me sert de rien de m'en plaindre.

PREUIÈRE DAME.

Madame, nous chanterons.

LA REINE

Tant mieux pour toi si tu as sujet de chanter ; mais j'aimerais mieux te voir pleurer.

PREUIÈRE DAUE.

Je pleurerai, madame, si cela peut vous faire du bien.

LA REINE

Et moi aussi, je pleurerais si cela pouvait me soulager, et je n'aurais pas besoin d'emprunter tes larmes. Mais, chut! — voici les jardiniers. £cartons-nous à l'ombre de ces arbres.

Arrivent LE JARDINIER el deux de ses Garçons.

LA REINE, COiUintiaiit.

Je gage mon affliction contre un cent d'épingles, qu'ils vont parler politique. C'est ce que tout le monde lait à la veille d'un changement. Les malheurs publics ont toujours l'anxiété publique pour avant-coureur.

La Reine et ses Daues se retirent à l'i'ca't.

LE lARDINIER.

Etayez-moi ces abricots vagabonds qui, pareils à des enfans indociles, font ployer leur père sous le poids de leur luxe prodigue. Donnez un support à ces branches qui fléchissent. Toi, va, comme le bourreau, abattre les têtes des tiges qui poussent trop vite et s'élèrent à une hauteur déplacée dans une république. Nul dans notre gouternement ne doit dépasser le niveau. Pendant ce temps-là, je ▼ais extirper les mauvaises herbes qui, sans utilité, dérobent aux fleurs salutaires les sucs nourliciers du sol .

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