‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 438 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Un poste avancé du camp voisque devant Rome. Des sentinelles sont en faction. Arrive MÉNÉINIUS.

PKEIIIERE SENTINELLE.

Halte-là; d'où viens- tu 7

DEUXIÈME SENTINELLE

Arrête et rebrousse chemin.

HÉNENIUS.

Vous faites votre devoir: c'est bien; mais, avec votre permission, je suis un fonctionnaire de l'état, et je viens pour parler à Coriolan.

PREUIÈBE SENTINELLE.

D'oii venez-vous 7

UENÉNIV3.

De Rome.

FREUIÈRE SENTINELLE.

Vous ne pouvez passer, il faut retourner sur vos pas ; notre général ne veut plus recevoir personne venant de Rome.

DEUXIÈME SENTINELLE

Vous verrez votre Rome consuméepar les flammes, avant d'être admis auprès de Coriolan.

HÉNENIUS.

Mes bons amis, si vous avez entendu votre général parler de Rome, et des amis qu'il compte dans cette ville, il y a mille à parier contre un que mon iiom a frappé votre oreille: je suis Ménénius.

PREUIÈItE SENTINELLE.

Soit; retournez-vous-en ; la vertu de votre nom n'est pas ici un passeport.

UÉNÉNIUb.

Tu sauras, mon cher, que ton général est mon ami ; j'étais le registre de ses belles actions ; c'est

li que les hommes lisaient sa gloire, un peu exagérée peut-être ; car j'ai toujours rendu témoignage à mes amis, parmi lesquels il tient le premier rang, en donnant à leur éloge toute l'étendue que pouvait permettre la vérité ; quelquefois même, tel qu'une boulelancée sur un terrain trompeur, j'ai dépassé le but; c'est ainsi qu'en louant Marcius j'ai parfois frisé de près le mensonge; ainsi donc, mon cher, permets-moi de passer.

PBEMIÈHE SENTINELLE.

Ma foi, quand vous auriez dit autant de mensonges en sa faveur que vous avez proféré de paroles pour votre propre compte, vous ne passeriez pas; non, lors même qu'il y aurait autant de vertu à mentir qu'à vivre chastement : rebroussez donc chemin.

HÉNÉNIVS.

Songe donc, mon cher, que je m'appelle Ménénius, et que j'ai toujours été du parti de ton général.

DEUXIÈME SENTINELLE

Vous avez beau avoir menti pour son compte, comme vous venez de le dire, moi qui suis véridique en servant sous ses ordres, je vous déclare que vous ne passerez pas : allez-vous-en donc.

MÉNÉNIUS

A-t-il dîné7 pourrais-tu me le direî car je ne veux lui parler qu'après son dîner.

PREMIÈRE SENTINELLE

Vous êtes Romain, n'est-il pasvraiT

HÈNÉNIUS.

Je le suis commel'est ton général.

PREMIÈRE SENTINELLE

Vous devriez alors haïr Rome comme il la déteste. Après avoir chassé de vos murs l'homme le plus capable de les défendre, après avoir dans un accès d'ignorance populaire donné à votre ennemi votre bouclier, croyez-vous donc pouvoir arrêter sa vengeance avec les gémissemens de vos vieilles femmes, les supplications virginales de vos filles, ou la débile intercession d'un radoteur décrépit comme vous 7 Croyez-vous qu'il suffise de votre faible souffle pour écarter l'incendie qui se prépare à dévorer votre ville? Non, non, vous vous trompez ; retournez donc à Rome, etrésignezvous à l'exécution de votre sentence; vous êtes condamnés. Notre général a fait serment de ne vous accorder ni sursis ni grâce.

MÉNÉNIUS

I/ami, si ton capitaine savait que je suis ici, il me traiterait avec égard et considération.

DEUXIÈME SENTINELLE

Mon capitaine ne vous connaît pas.

UENÉNIUS.

Je veux dire ton général.

PREMIÈRE SENTINELLE

Mon général ne s'embarrasse guèrede vous. Éloi- Sni'2-vuus, vous dis-je; partez, si VOUS ne voiile»

CORIOLAN

que je vous retire la demi-pinto de sang tout au plus qui vous reste : allez-vous-en.

«ÉNÉMD8.

Mais, mon cher, mon cher, —

Arrivent CORIOLAN ei AUFIDIUS.

CORIOLIN.

De quoi s'agit-il T

■ÉHÉMIDS, à la tenlinelte.

Jevais maintenant te faire avoir ce que tu mérites; tu verras que je suis considéré ici ; tu verras si un soldat imbécile tel que toi peut m'empêcber de parvenir jusqu'à mon fils Coriolan : juge i la manière dont il va me traiter si tu n'es pas à deux doigts d'être pendu ou de subir quelque autre mort plus longue et plus cruelle; regarde bien maintenant, et tremble sur le sort qui t'attend. — {À Coriolan.) Que les dieux immortels restent assemblés en permanence pour s'occuper exclusivement de ta félicité, et que leur amour pour toi soit égal à celui que te porte ton vieux père Ménénius I 0 mon fils! ù mon filsl tu prépares la flamme qui doit nous consumer; vois couler mes pleurs, et permets-leur del'éteindre. Je n'ai consenti qu'à regret à venir vers toi; mais, persuadé que nul autre que moi ne pouvait te fléchir, je suis parti chargé des vœux et des soupirs de tout un peuple; je te conjure de pardonner à Rome et à les concitoyens supplians: que les dieux propices apaisent ta colère, et qu'ils en détournent les restes {monirani la sentinelle) sur ce coquin qui, obstiné comme un bloc, a refusé de me laisser approcher de toi.

COniOLAN.

Arrière !

UENËNItlS.

Comment, arrière?

Femme, mère, enfant, je ne connais plus rien ; mes résolutions sont subordonnées à la volonté d'autrui : ma vengeance seule m'appartient; mon pardon réside dans le cteur des Volsques. Qu'un ingrat oubli efface le souvenir de notre amitié plutôt que de permettre à la pitié de le rappeler. Allezvous-en donc ; mon oreille saura résistera vos prières plus que vos portes à mes attaques ; cependant, en témoignage de notre ancienne affection, (il lui donne un papier) prenez ceci ; je l'ai écrit pour vous, et me proposais de vous l'envoyer. Pas un mot, Ménénius, je ne veux rien entendre. —Cet homme, Aufidius, était mon ami dansRome; cependant, vous voyez.

AUFIDIUS

Vous monircz un caractère des plus fermes.

r.l; !,ic nius*

Cor.

scisuc

ei AcFiDins s'éloignent.

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