‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 522 sur 633 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Arrive ANTOINE à la tête âe ses troupes, SCARUS l'accompagne.

ASTOIKE.

Ils prennent leurs dispositions pour un combat naval; ils ne veulent pas avoir affaire à nous sur terre.

SCARDS,

On combattra sur terre et sur mer, seigneur

Je voudrais qu'ils pussent combattre dan» le feu OU dans l'air; là aussi nous les attaquerions. Mais voici l'état des cboses : notre infanterie restera avec nous, et prendra position sur les hauteurs qui avoisinent la ville ; les ordres sont donnés à la flotte, et déjà elle est sortie du port. Cherchons un endroit d'où nous puissions facilement distinguer le nombre des vaisseaux et suivre leurs évolutions.

Ils s'e'Ioigaent.

Arrive CÉSAR à la tête de ses troupes.

CÉSAR

Nous ne ferons sur terre aucun mouvement, à moins que nous ne soyons attaqués, et bous ne le serons pas ; car l'ennemi a envoyé ses meilleurs tro,upes sur ses galères. Gagnons les vallées et conservons tous nos avantages.

Ils s'ëloisneot.

Reviennent ANTOINE et SCARUS.

ANTOINE

Ils n'en sont pas encore venus aux mains. De la hauteur OÙ s'élève là-bas ce bois de pins, je pourrai tout découvrir; jevais revenir à l'instant ledirela tournure que prennent les choses.

Il s'éloigne.

SCABCS, seul.

Les hirondelles ont fait leurs nidsdans les agrès de la flotte de Cléopàire ; les augures disent qu'ils ne savent pas, — qu'ils ne sauraient dire, — ce que cela présage; ils ont un air consterné et n'osent pas dire ce qu'ils savent. Antoine est vaillant et découragé, et dans l'état précaire et incertain de sa fortune, à la vue de ce qu'il a et de ce qui lui manque, il est en proie à de brusques alteraatives de crainte et d'espoir.

On entend le bruit lointain d'un combat naval.

Revient ANTOINE.

ANTOINE

Tout est perdu : l'infâme Égyptienne m'a trahi ; ma flotte s'est rendue à l'ennemi : les voilà mainnant qui jettent leurs bonnets en l'air et qui fraternisent, la coupe à la main, comme des amis qui avaient depuis long-temps perdu l'espcrance de se revoir. — Triple prostituée " ! c'est toi qui

• Elle s'clail donnée d'abonl ii Jules Ccsar, puis S Antoine, et maintenant, dans fa pensée de ce dernier, elle se prépare à se donner > Auguste. (iVote uu traUucteur.)

m'as vendu à cet Écolier, et ce n'est plus qu'avec toi que mon cœur est en guerre. — (Â Scarus.) Dis à nos soldats de se disperser; car lorsque je serai vengé de mon infernale enchanteresse, tout sera fini pour moi; — dis-leur à tous de fuir. Va-t'en.

Scarus s'éloigne.

ANTOINE , continuant.

0 soleil, je ne verrai plus ton lever! Ici la fortune et Antoine se séparent, ici nous nous disons ■jdieu pour la dernière fois. — Voilà donc où j'en suis venu! — Les cœurs qui rampaient à mes pieds, dont je comblais tous les désirs, se refroidissent pour moi et reportent leurs affections sur le florissant César ; le chêne qui les dominait tous n'offre plus, ^int qu'un tronc nu et flétri.

Je suis trahi, .erfide et infâme Égyptienne!

cette encbi.nt^i^ssi. maudite, qui d'un regard armait ou désarmait mon bras, dont l'amour était ma couronne, le principal but de ma vie; fidèle à sa nature, eP' m'a indignement joué et m'a plongé dans i •■ de malheurs. — Holà ! Èros,

Ërosl

Arrive CLÉOPATRE.

ANTOINE, contimiant.

/' magicienne infernale I retire-toi.

CLÉOPATRE

Pourquoi mon seigneur est-il courroucé contre son amie?

ANTOINE

Disparais, ou je te traiterai comme tu l'as mérité et gâterai le triomphe de César. Qu'il t'emmèneette présenteaux acclamationsdesplébéiens, marche à la suite de son char, et fais voir en ta personne le plus grand opprobre de ton sexe. Monstre de turpitude, sois exposée aux regards du peuple pour quelque chétive pièce de monnaie, et que l'impassible Octavie laboure ton visage de ses ongles qu'elle a laissés croître pour cet usage.

CLÉOPATRE s'éloigne.

ANTOINE , eonlmwonl.

Tu as bien fait de partir, si toutefois c'est un bien de vivre ; mieux eût valu pour toi tomber sous ma furie, ce trépas t'eût sauvé mille morts. — Holà, Érosl — J'ai sur moi la tunique de Nessu . A'cide, mon illustre ancêtre, enseifoe-moi ta rage, que je lance Lychas dans la rcgijn de K. lune, et qu'à l'exemple de ta main, ctll .in qui mania la plus pesante des massues, la 'Tiiènne me donne noblement la mort. L'infâme magioienne mourra ; elle m'a vendu au jeune Romain, et je péris >ictime de ses complots : elle mourra po t'''^'' ce crime. — Holà, Éros 1

Il s'.:l,.i-nc.

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