‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 525 sur 633 · KOS · texte numérisé non relu

KOS

Me préservent les dieux d'une action pareille 1 Ferai-je ce que les flèches des Parthes ennemi» n'ont pu faire?

Éros, voudrais-tu, des fenêtres de la puissante Rome, voir ton maître marcher les bras croisés sur la poitrine, la tête inclinée et le visage couvert d'une honte pfnétrante, suivre à pied le char de l'heureux César éclairant de sou triomphe ma honte et mon opprobre.

EROS

Je ne voudrais pas le voir.

ANTOINE

Approche donc; car il faut qu'une blessure rac guérisse. Tire la fidèle épée qui, dans les mains, servit tant de fois ton pays.

ÉROS

Veuillez ra'excuscr, seigneur.

ftUGASIN THEATRAL ETRANGER

autoire.

Quand je t'ai affranchi, ne m'as-tu pas juré de faire ce que je te demande, dès que je te l'ordonnerais? Fais-le donc, ou tous tes services antérieurs ne sont que des accidens indépendans de ta volonté. Tire ton épée, et approche.

ÉROS

Détournez donc de moi ce noble visage où tant de majesté est empreinte.

ANTOINE, détournant son visage.

Allons,

ÉROS

Mon épée est tirée.

ASITOISE.

Qu'elle exécute donc l'acte pour lequel tu l'as tirée.

ÊBOS.

Mon cher maître, mon général, mon empereur, permettez qu'avant de frapper ce coup sanglant, je vous dise adieu.

ANTOINE

C'est fait; — adieu.

ÉKOS.

Adieu, chef illustre; frapperai-je maintenant?

ANTOINE

Frappe, Éros.

ÉROS

Eh bieul voilai — (// se précipite sur la pointe de son épée.) C'est ainsi quej'échappe àla douleur de luer Anioine.

Il meurt.

ANTOINE

0 cœur trois fois plus noble que le mien! tu m'enseignes, ô vaillant Éros, à faire moi-même ce que je dois, et ce que tu n'as pu faire. La reine et le Adèle Éros m'ont légué leur glorieux et courageux exemple; mais je veux prendre la mort pour ma fiancêa, et voler dans ses bras comme au lit d'une amante. Allons donc, Éros, ton maître en mourant prend leçon de toi. Voilà ce que tu m'as enseigné. [Il se préeip-le sur son épée.) Eh! quoi! je ne suis pas encore mort! — Holà, gardes I — oh! achevez-moi.

Entrent DERCÉTAS et plusieurs Gardes.

PREMIER GARDE

D'où vient ce bruit J

ANTOINE

J'ai mal fait ma besogne, mes amis; oh! achevez ce que j'ai commencé.

DEUXIEME GARDE

L'astre est tombé.

PREMIER GARDE

El tout est consommé.

TOUS

Hélas ! ô malheur I

ANTOINE

Que celui d'entre vous qui m'aime achève de lue donner la mort.

PREUIER GARDE.

Ce ne sera pas moi.

DEUXIÈME GARDE

Ni moi.

TROISIÈME GABSE,

Ni aucun de nous.

Les Gardes sortent.

DERCÉTAS

Ta mort et ta mauvaise fortune mettent (es amis en fuite. Portons cette nouvelle à César, montrons-lui cette épée, et je suis sûr d'un bon accueil.

Entre DIOMÈDE.

DlilUÈDE.

Où est Antoine?

DERCÉTAS

Là, Diomède, là.

DIOHÉDE.

Est-il eu vie? Vous ne me répondez pas, seigneur?

Dercétas iOr<.

ANTOINE

Est-ce loi, Diomède ? tire ton épée et frappe-moi jusqu'à ce que je sois mort.

DIOUÉDE.

Illustre et puissant seigneur, ma maîtresse Cléopàtre m'envoie vers vous.

ANTOINE

Quand t'a-t-elle envoyé?

DIOMÈDE

A l'instant, seigneur.

Où est-elle?

DIOMÈDE

Elle est renfermée dans son monument funéraire, elle avait un douloureux pressentiment de ce qui est arrivé , voyant que vous la soupçonniez d'avoir traité avec César, chose qu'elle ne fera jamais, et que rien ne pouvait apaiser votre fuieur, elle vous a fait annoncerqu'elle était morte; mais bientôt, craignant l'efTet que cette nouvelle pourrait produire sur vous, elle m'a envoyé vous déclarer la vérité, et je crains d'être arrivé trop tard.

ANTOINE

Trop tard, mon cher Diomède : — appelle mes garde.*, je te prie.

DIOMÈDE

Holà! les gardes de l'empereur! Gardes, venez,, votre général vous appelle.

Entrent plusieurs GARDES.

ANTOINE

Ucs amis, portczinoi auprès de CléopAUe;

ANTOINE ET GLÉOPATRE.

6;il

c'est le dernier service que je vous commanderai.

PREMIER GARDE

0 malheur I combien nous aurions désiré, seipneur, que vous pussiez survivre au dernier de vos fidèles serviteursl

TODS.

0 jour de calamités 1

AHTOINE.

Mes bons amis, ne donnez pas au destin barbare la joie de votre douleur ; c'est nous venger du malheur que de recevoir ses coups avec indifférence. Je vous ai conduits souvent, emportezmoi maintenant, mes bons amis, et recevez mes remercimeos.

Ils sortent, emportant Antoine.

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