‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 527 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Le camp de César devaat Alexandrie.

Arrivent CÉSAR, AGRIPPA, DOLABELLA, MÉ- CÈNE, GALLUS, PROCULÉIUS etAoTRKs.

CÉSAR

Va le trouver, Dolabella; dis-lui de se rendre; dis-lui que dans l'état critique où il se trouve, tous CCS délais sont ridicules.

DOLABELLA

J'y vais, César.

DoLADELLA s'Hoignc.

^frifeDERCÉTAS (enant à lo main l't toine.

le d'An-

Qu'est-ce que cela veut dire? ctquics-lu, pour oser paraître en cet état devant nous?

DERCÊTAS.

Mon nom est Dercétas; je servais Mare Antoine, l'homme le plus digne de trouver des serviteurs fidèles ; tant qu'il a conservé la vie et la parole, il est resté mon maître, et je ne vivais que pour combattre ses ennemis. S'il te plaît de me prendre à ton service, ce que j'ai été pour lui, je le serai pour César; si tel n'est pas ton bon plaisir, prends ma vie, je te l'abandonne,

CÉSAR

Que me dis-tu li?

DERCÉTAS

Je dis, 6 César , qu'Antoine est mort.

La chute d'un si [grand homme aurait dû faire plus de bruit ; la terre aurait dû trembler , chassant les lions épouvantés dans les rues des villes, et les liumains effrayés, dans les antres des lions. Lamort d'Antoine n'est point un trépas isolé ; ce nom comprenait la moitié de l'univers.

ANTOINE ET CLEOPATRE

DERCÉTAS

Il est mort, César; non sous le glaive de l'exécuteur, ni sous un poignard mercenaire; mais celte même main qui a écrit sa gloire en caractères impérissables, celte main, avec un courage digne du grand cœur qui l'animait, a mis fin à ses jours. Voilà son épée; je l'ai retirée de sa blessure : tu la vois teinte encore de son noble sang.

CÉSAB,

Amis, je vois vos visages attristés: que les dieux me punissent si ce n'est pas \i une nouvelle à tirer des larmes des yeux des rois.

AGRIPPA

Chose étrange que la nature nous force à déplorer les résultats que nous avons poursuivis avec le plus de persévérance!

MÉCÈNE

Ses qualités balançaient ses défauts.

Jamais une plus belle âme ne revêtit la forme humaine. Mais, ô dieui, vous nous donnez quelques faiblesses, afin que nous soyons hommes. César est ému.

UÉCÈnE.

Dans le spacieux miroir placé devant lui il ne peut s'empêcher de se voir.

CÉSAR

O Antoine I c'est moi qui t'ai réduit à cette extrémité ; *ai8 nous sommes parfois forcés de pratiquer sur nous-mêmes des opérations douloureuses. Il fallait nécessairement que je t'offrisse le spectacle d'une telle mort, ou que j'assistasse à la tienne : le monde était trop étroit pour que nous pussions y tenir ensemble ; mais je pleure avec des larmes de sang cette douloureuse nécessité. Toi, mon frère, mon collègue dans toutes mes entreprises, mon associé à l'empire, mon ami, mon compagnon d'armes, mOH bras droit, le cœur où le mien puisait ses inspirations, pourquoi faut-il que l'incompatibilité de nos deux destinées nous ait empêchés d'étreégaux et ait amené entre nous ce triste dénouement? — Écoutez-moi, mes amis, — Mais nous reparlerons de cela dans un moment plus opportun.

Arrive UN MESSAGER.

CÉSAR, continuant.

Cet homme a l'air d'avoir à nous apprendre quelque chose; écoulons ce qu'il va nous dire. — Qui es-tu î

LE MESSAGER

Je ne suis encore qu'un pauvre Égyptien. La reine, ma maltresse, renfermée dans son tombeau, le seul bien qui lui resle, désire être instruite de vos intentions, afin de se préparer à prendre le parti qui lui sera imposé.

CÉSAR

Dis-lui de se rassurer , elle apprendra bientôt

de nous, par un de nos envoyés, le Iraitenicnt honorable et bienveillant que nous voulons lui faire; car la rigueur est incompatible avec César.

LE MESSAGER

Qu'ainsi les dieux vous gardent I

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