‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 542 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Arrivent BANQUO el FLÉANCE, précède^ d'un Senileur qui parle un (lambeau.

BANQUO

Quelle lieure est-il, mon enfanlî

rLÉANCE.

La lune est couchée; je n'ai pas entendu l'horloge.

BANQDO.

La lune se couche â iwnuit?

FLÉANCE.

Je crois qu'il est plus tard que cela

BANQCO.

Tiens, prends mon épée. — Le ciel se montre économe; tous ses flambeaux sont éteints. — Prends encore ceci. — Le besoin de dormir pèse sur moi comme du plomb; et cependant je ne voudrais pas me livrer au sommeil. Puissances miséricordieuses! réprimez en moi les pensées maudites auxquelles la nature se laisse aller dans les bras du repos 1

Arrivent MACBETH et un Serviteur qui porte un flambeau.

dictions se sont déjà réalisées en partie J votre égard.

MACBETH

Je n'y pense plus ; néanmoins, quand nous pourrons disposer d'une heure, si vous y consentez nous en causerons ensemble.

BANQUO

Quand il vous plaira.

UACBETH.

Si TOUS entrez dans mes vues, quand le moment sera venu, il en rejaillira sur vous de l'honneur.

BANQUO

Pourvu que je ne perde rien de mon honneur en cherchant à l'augmenter, que je conserve ma conscience pure et ma foi intacte', je suivrai vos conseils.

UACBETB.

Bonne nuit, en attendant I

BANQUO

Merci, seigneur. Je vous en souhaite autant.

Bakql-o.Fléance e( un des deux Serviteurs a'Cloignenl,

MACBETH, au deuxtime Serviteur, Va dire f, la maîtresse de donner un coup do cloche quand ma boisson sera prête. Va te mettre au lit.

Le Serviteur lort.

BANQUO, continuant, à Fléance.

Donne-moi mon épée. — {A Macbeth.) Qui va U?

■ACBETH.

Un ami.

BANQUO

Eh quoi! seigneur, vous ne reposez pas encore? Le roi est couché. Il a été d'une gailé peu commune, et a largement récompensé le zèle de vos gens. U envoie ce diamant i votre femme, eu la saluant du nom de très-aimable hôtesse ; et il s'est retiré satisfait au-deU de toute expression.

MACBETH

N'étant point préparés à cette visite, notre bon vouloir, qui sans cela se serait déployé en toute liberté, s'est trouvé un peu restreint et paralysé.

BANQUO

Tout s'est parfaitement passé. La nuit dernière, j'ai rêvé des trois sœurs prophétiques; leurs pré-

UACBETH, continuant.

Est-ce un poignard que je vois là devant moi, la garde tournée vers ma main? Viens, que je té saisisse. — Tu m'écliappes, et cependant je te vois toujours. Faiale vision, n'es-tu pas sensible au toucher comme à la vue? ou n'es-tu qu'un poignard imaginaire, que le produit mensonger d'un cerveau en délire? Je continue à te voir sous une forme aussi palpable que celui qu'en ce moment je tire du fourreau. Tu marches devant moi dans la direction que j'allais prendre; et c'est justement là l'instrument dont j'allais me servir. Ou mes yeux sont les dupes de mes autres sens, ou à eux seuls ils les valent tous : je te vois encore, et maintenant sur ta lame et ta poignée il ly a des gouttes de sang qui n'y étaient pas tout-à-rbcurc. — Rien de tout cela n'existe : c'est mon projet sanguinaire qui fascine ainsi ma vue. En ce moment, sur une moitié de ce globe terrestre, la nature semble morte, et des rêves coupables abu-

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