H0R*TI
Est-il possible?
HAULET.
Voici la lettre ; tu la liras à loisir. Mais veuxtu savoir ce que je fis alors?
HORATIO
Dites, je vous en prie.
BAULBT.
Ainsi pris dans les rets d'uu infâme guet-apens, j'eus à peine fait un appel aux ressources de mon cerveau, que mon plan fut dressé : je m'assis, rédigeai une nouvelle dépêche, que j'écrivis en beaux caractères. Autrefois, à l'exemple de nos hommes d'état, je regardais comme une honte d'avoir une belle écriture, et tu ne saurais croire combien je me suis donné de peine pour perdre ce talent; mais, en ce moment, il me fut d'une merveilleuse utilité. Veux-tu savoir la teneur de ce que j'écrivis!
BOBATIO.
Oui, monseigneur.
BAHlETi
Le roi de Danemarck demandait au monarque anglais comme à son fidèle tributaire, s'il voulait qu'entre eux la palme de l'affection continuât à fleurir, la paix à porter sa couronne d'épis, et à resserrer les nœuds d'une union durable, il demandait instamment qu'aussitét après la lecture de celte lettre, sans autre examen, sans leur donner le temps de se confesser, les porteurs de la dépêche fussent mis à mort.
Comment avez-vous scellé cet ordre?
HAHLBT.
Ici encore la Providence m'a servi ; j'avais dans ma bourse le cachet, de mon père, reproduction exacte du sceau du Danemarck, Je ployai cette dépêche dans la même forme que l'autre; j'y mis la suscription et la scellai ; puis je la plaçai à l'endroit où j'avais pris celle-ci, et l'on ne s'aperçut point du changement. Le lendemain eut lieu notre combat naval : et tu sais ce qui est arrivé depuis.
HORATIO
Ainsi Guildenstero et Rosencrantz vont subir leur sort.
HAHLET.
Ils ont recherché cette mission; ils ne pèsent point sur ma conscience. Ils ne devront s'en prendre qu'à eux-mêmes de leur mésaventure. C'est un malheur pour de vils subalternes de se trouver engagés entre les glaives irrités de deux puissans adversaires.
HORATIO
Quel roi est-ce là, bon Dieu?
BAULET.
Mon devoir, maintenant, ne te semble-t-il pas clairement tracé? Celui qui a tué mon roi, qui a dislionoré ma mère, qui s'est inter|iosé entre le choix de la nation et mes espérances, qui a tendu â ma vie de tels pièges, et avec tant de perfidie, n'est-il pas juste que mon bras le punisse? Et ne serait-ce pas un crime digne de damnation, de laisser ce vivant ulcère poursuivre ses ravages?
Il ne peut tarder à apprendre d'Angleterre le dénoùment de cette affaire.
HAHLET.
Il l'apprendra bientôt. Le temps qui doit s'écouler jusque là m'appartient; et la vie d'un homme peut être tranchée en moins de temps qu'il n'en faut pour compter jusqu'à deux. Mais, mon cher Horatio, je suis désolé de m'étre oublié vis-à-vis de Laërte. Car, par ce que j'éprouve moi-même, je juge de ce qu'il doit éprouver. Je ferai toujours cas de son estime; mais l'emphatique exaltation de sa douleur m'avait mis hors de moi.
EORATIO.
Chut! Qui vient ici?
Entre OSRIC.
OSBIC.
Je me réjouis de voir votre altesse de retour en Danemarck.
HAULET.
Je vous rends grâces, seigneur. — {A Horatio.) Connais- lu cet insecte?
HORATIO
Non, monseigneur.
HAULET.
Tu n'en es que plus moral ; car c'est un vice de le connaître. Il possède beaucoup de terres, et des plusfertiles; qu'un sotanimalcommandeàd'autres animaux, et il est siir d'avoir sa crèche mise à la table du roi : ce n'est qu'un nigaud ; mais, comme je l'ai dit, il possède une vaste étendue de fange.
Mon doux seigneur, si cela ne dérange pas votre altesse, j'aurais quelque chose à vous communiquer de la part de sa majesté.
HAULET.
Je l'écouterai avec empressement. Einpioyei votre chapeau à son véritable usage; il est fait pour couvrir la tête.
OSRIC.
Je remercie votre altesse; il fait très-chaud.
BAULET.
Non, croyez-moi; il fait très-froid; le vent est au nord.
OSRIC.
En effet, monseigneur, il fait passablement froid.
HAULET.
Je ne sais si c'est l'effet d'une préditposilior
HAMLET
particulière, mais je trouve qu'il fait une chaleur étouffante.
OSRIC.
Effectivement, monseigneur, la chaleur est grande, à un point que — je ne saurais exprimer, — Mais, monseigneur, sa majesté m'a chargé de vous dire qu'elle a fait une gageure considérable dont vous êtes l'objet. Voici de quoi il s'agit.
HiHLET, lui faisant signe de le couvrir.
Veuillez, je vous prie, —
OSRIC.
Non, d'honneur; c'est pour ma commodité. Vous saurez, monseigneur, qu'il vient d'arriver i la cour un gentilhomme accompli, Laérte, doué des qualités les plus rares, d'une société agréable, et bien fait de sa personne. Enfin, pour parler de lui comme il le mérite, on peut dire qu'il est la carte et le calendrier des gens comme il faut ; car on trouve réunies en lui toutes les qualités qu'un gentilhomme peut désirer prendre pour modèle.
bàmlet.
Seigneur, il n'a pas à se plaindre du portrait que vous faites de lui; — néanmoins, j'en ai la conviction, l'arithmétique de la mémoire s'embrouillerait à vouloir dresser l'inventaire détaillé de ses perfections; et après tout cela, on ne lui rendrait encore qu'unejustice imparfaite. Quoiqu'il en soit, et pour ne dire que la stricte vérité, je le tiens pour un cavalier distingué, et d'un si rare mérite, que, je le dis en toute sincérité, pour trouver qui lui ressemble, il faut regarder dans son miroir, et ses imitateurs ne sont tout au plus que son ombre.
OBBIC.
Votre altesse parle de lui avec une grande con* TÏction d'estime.
HIHLET.
De quoi s'agit-il, seigneur ? Pourquoi affubler ce gentilhomme dans la grossière étoffe de notre langage t
OSRlC.
Monseigneur T
HORàTIO.
Ne serait-il pas passible de parler une langne intelligible T Oui, assurément, n'est-ce pas, seigneur?
Bàmlet.
A quel propos avez-vous mentionné le nom de ce gentilhomme T
OSRIC.
De LaSrtet
HORATIO
Sa bourse est déjà vide; il a dépensé tout l'or de ses paroles.
BIIILET.
Oui, seigneur.
OSRIC.
Je sais que vous n'êtes pas ignorant, —
hàulet.
Je voudrais que vous eussiez de moi cette opinion ; toutefois, vous l'auriez, que cela ne prou-
verait pas beaucoup en ma faveur. — Poursuive!, seigneur.
OSRIC.
Vous n'êtes pas ignorant de la supériorité de
BiHLET.
C'est ce que je n'oserais affirmer, de peur de me comparer à lui. Pour connaître un homme à fond, il faudrait être lui-même.
OSRIC
Je veux parler, monseigneur, de sa supériorité à manier son arme; d'après la réputation qu'on lui a faite, son mérite en ce point n'a pas d'égal.
HtMLET.
Quelle est son armeT
osBie.
L'épée et la dague.
HAmET.
Ce sont deux de ses armes; mais poursuivez.
OSRIC.
Le roi, seigneur, a parié six chevaux barbes, contre lesquels, à ce que j'ai ouï dire, il a de son côté parié six épées et six dagues françaises, avec leurs accessoires, tels que bandoulières, ceinturons el ctetera. Trois des trains sont, ma foi, d'un goàt exquis; et en tout dignes des poignées; ce Sont des trains élégans et d'un travail fort ingénieux.
HAMLET
Que voulez-vous dire avec vos trains?
HORATIO
Je savais bien qu'avant de Gnir vous auriez besoin de commentaires.
Les trains, monseigneur, ce sont les ceinturons.
HAMLET
L'expression serait plus convenable , si hoUs portions un canon au côté: jusque là, nous ferons bien de maintenir le terme de ceinturon. Mais continuez. Six chevaux barbes contre six épées françaises et leurs accessoires, y compris trois ceinturons des plus élégans ; c'est là l'enjeu français contre l'enjeu danois. Dans quel but cette gageure?
OSRIC
Le roi, monseigneur, a p;irié que sur douze passes entre vous et LaSrte, il ne vous porterait pas plus de trois bottes. Laêrte a parié pour neuf sur douze; et la question va être décidée sur-lechamp, si votre altesse daigne répondre.
BAMLET.
Et si je réponds négativement?
OSRIC
Je veux dire, monseigneur, si vous consentez à entrer en lice.
HAMLET
Seigneur, je vais me promener dans cette salle; voici l'heure que j'ai l'habitude de consacrer à quelque délassement; je suis aux ordres de sa majesté. Qu'on apporte les fleurets; pour peu que ce gentilhomme y consente, et que le roi persiste dans son désir, je lui ferai gagner son pari, si je
puis ; sinon, j'en serai pour ma honte et les bottes que j'aurai reçues.
OSRIC.
Rendrai-je ainsi votre réponseî
HAHLET.
En voilà le fond ; ajoutez-y les ornemens que votre esprit vous fournira, osnic.
Mon dévouement se recommande à votre altesse.
Il sort.
H«HLET.
Tout à vous, tout à vous. Il fait bien de se recommander lui-même ; c'est une tiche dont personne ne voudrait se charger.
HOBATIO.
L'oiseau s'éloigne en traînant après lui sa coquille.
BAHLET.
Lorsqu'il était à la mamelle, il adressait des complimens au sein de sa nourrice avant d'y boire. Pareil à beaucoup de gens de sa trempe, dont un monde ignorant raffole, il lui suffit d'attraper le ton du jour et les formes extérieures de la politesse- grâce à cette sorte de crème fouettée, ces gens-là en imposent même aux esprits sensés; mettez-les à l'épreuve; vous ne trouvez plus en eux que des bulles de savon qui crèvent au premier soufQe.
Entre UN SEIGNEUR de ta cour.
LE SEIGNEUR
Monseigneur, le roi vous a envoyé complimenterpar lejeune Osric, qui lui a rapporté que vous l'attendiez dans cette salle. Sa majesté m'envoie vous demander si vous êtes toujours disposé à faire assaut avec Laërte, ou si vous désirez ajourner la partie.
HAMLET
Je persiste dans ma résolution ; et suis aux ordres du roi ; s'il est prêt, je le suis ; sur-le-cbamp, ou quand on voudra, pourvu que je sois aussi bien disposé qu'à présent;
LE SEIGMEOK.
Le roi, la reine et toute la cour, vont venir.
HAMLET
Ils seront les bien venus.
LE SEIGNEUR
La reine désire qu'avant de commencer l'assaut vous adressiez à Laërte quelquesparoles amicales.
HAULET.
Elle me donne là un bon conseil.
Le Seigneur sort.
HORATIO
Vous perdrez ce pari, monseigiieur.
HAMLET
Je ne le pense pas; depuis son dupart pour la
France, je me suis continuellement exercé; je gagnerai la partie. Mais tu ne saurais croire quel sentiment de malaise et de tristesse me pèse sur le cœur ; n'importe.
HOBATIO.
Monseigneur, —
HAULET.
Ce n'est qu'un enfantillage , un je ne sais quel pressentiment qui peut - être troublerait une femme.
HORATIO
Si vous éprouvez la moindre répugnance, obéissez à cette impulsion ; je vais leur dire de ne pas venir ici, et les prévenir que vous êtes indisposé.
HAMLET
N'en fais rien ; je brave les présages ; il ne meurt point un passereau sans un ordre spécial de la Providence. Si mon heure est venue, elle n'est pas à venir; si elle n'est pas à venir, elle est venue : maintenant, ou plus tard, il faut toujours qu'elle vienne; l'important est d'être toujours prêt. Puisque nul, en mourant, n'a le sentiment de ce qu'il quitte, qu'importe le moment où cette séparation a lieu!
Entrent LE ROI, LA REINE, LAËRTE, OSRIC,
PLUSIEURS Seigneurs, des Serviteurs ponant des fleurets, etc.
le roi.
Viens, Hamiet, viens, et prends cette main que je te présente.
Il met U main de Laërte dans celle J'Hamlet. HAHLET.
Pardonnez-moi, Laërte; je vous ai offensé; mais accordez-moi le pardon d'un gentilhomme. Toutes les personnes ici présentes savent, et vousmême vous avez dû l'apprendre, que ma raison est affligée d'un cruel égarement. Si j'ai fait quelque chose qui ait pu blesser vos sentimens, votre honneur, et votre susceptibilité, ce ne peut être, je le déclare hautement, que le résultat de la démence. Est-ce Uamlet qui a offensé Laërte? Non, ce n'a jamais pu être Hamiet; si Bamlet ne s'appartient plus, et si, alors qu'il n'est plus luimême, il insulte Laërte, Hamiet n'est point coupable de cette faute; il la désavoue. Qui donc l'a commise? sa démence. S'il en est ainsi, l'infortuné Hamiet est du nombre des parties lésées, et dans sa démence il trouve une eimemie. Latrie, en présence de cette assemblée, je désavoue toute intention malveillante, et votre générosité m'absoudra en ne voyant en moi qu'un homme qui, lançant une flèche par dessus la maison, a eu le malheur de blesser son frère.
laerte.
Ma fierté est satisfaite, et c'est elle surtout qui, en cette circonstance, devrait m'exciter à la vengeance ; mais retranché dans les limites do mon
HAMLET
honneur, je me refuse à toute réconciliation jusqu'à ce que j'aie consulté l'opinion d'arbitres vénérables, d'une réputation incontestée, et que leursentence pacifique aitmis mon nom à l'abri de tout reproche. Mais en attendant, j'accepte votre ouverture amicale, dans les sentimens qui vous l'ont dictée, et je ne ferai rien qui lui soit contraire.
BAHLET.
J'accepte avec joie cette assurance, et la loyauté la plus franche présidera, de ma part.à ceitejoute fraternelle. Donnez-nous les fleurets; allons.
LIERTE.
Voyons, qu'on m'en donne un.
BAHLET.
Je vais servir à vous faire briller, Laêrte ; mon Ignorance mettra en relief votre talent, comme une nuit sombre fait ressortir la clarté des étoiles.
LAEKTE.
Vous vous moquez de moi.
HAMLET
Non, en vérité.
LE ROI
Donnez-leur des fleurets, jeune Osric. Mon neveu Hamlet, tu connais la gageure?
BAHLET.
Je la connais, sire. Votre majesté a parié pour le plus faible.
LE ROI
Je n'ai aucune crainte à cet égard ; je vous ai vus tous deux ; mais comme il s'est perfectionné, j'ai voulu qu'il te rendit quelques points.
LAERTE
Celui-ci est trop lourd ; voyons-en un autre.
BAHLET.
Celui-ci me convient. Ces fleurets ont tous la même longueur ?
OSRIC.
Oui, monseigneur.
LE ROI
Mettez les flacons de vin sur cette table : si Hamlet porte la première ou la seconde botte, ou s'il riposte à la troisième, que toutes les batteries fassent feu à la fois; le roi boira à l'amélioration de la santé d'Hamlet, et dans sa coupe il jettera une perle plus précieuse qu'aucune de celles qui, sous les quatre derniers règnes, ont orné la couronnede Danemarck. Donnez-moi les coupes; que les tymbales annoncent aux trompettes, les trompettes aux canonniers des remparts, les canons au ciel, le ciel à la terre, que le roi boit a la santé d'Hamlet. — Allons, commencez; — et vous, juges du camp, soyez attentifs.
HAMLET
En garde, Laêrte.
LAERTE
En garde, Hamlet.
Ils commenccDt l'assaut, BAHLET, qui a touchi Laêrte.
LACBTB.
Non.
BAHLET.
Qu'on décide.
Hamlet a touché , c'est incontestable.
LAERTE
A la bonne heure ; recommençons.
LE KOI.
Arrêtez, donnez-moi du vin; Hamlet, cette perle est 4 toi; je bois à ta santé. Donnez-lui cette coupe.
Faisant semblant de mettre une perle dans la coupe, il y jette du poison. Les trompettes sonnent ; le bruit du canon se fait entendre.
BAHLET.
Laissez-moi faire auparavant une nouvelle passe; je boirai tout-à-l'heure ; continuons. [L'assaut recommence.) Voilà encore une botte; qu'en dites-vous?
LAERTE
Touché, touché, je le reconnais.
LE ROI
Notre fils gagnera.
LA REINE
Avec son embonpoint, il a l'haleine courte. Tiens, Hamlet, prends mon mouchoir ; essuie-toi le front, La reine boit à ton succès.
Elle prend la coupe destinée "a Hamlet. BAHLET.
Je VOUS rends grâce, madame.
Gertrude, ne buvez pas.
LA EEIKE.
Je boirai, seigneur; —excusez-moi, je vous prie.
LE ROI, à part.
C'est la coupe empoisonnée : il est trop tard.
BAHLET.
Je n'ose pas boire encore, madame; tout-àl'heure.
LA REINE
Laisse-moi fessuyer le visage.
LAERTE, au roi.
Sire, celte fois, je le toucherai.
LE ROI
Je ne le crois pas.
LAERTE, à pan.
Et pourtant, c'est en quelque sorte contre ma conscience.
BAHLET.
Allons, la troisième passe, Laêrte. Vous n'y allez pas sérieusement; mettez-y, je vous prie, tout votre savoir-faire; je crains que vous ne me traitiez en enfant.
LAERTE
Vous croyez? En garde!
Ils recommencent
Rien de part ni d'autre.
7'3ft
MAGASIN THEATRAL ETRANGER
A vous,
LAERTB.
maintenant.
Laërie blesse Han ils ecliangent le
alet ; pais, dans la ir» fleurets, et Han
chaleur Dlet blés
del'actioD, e Laërte.
Séparez-les;
Non, continu
LE ROI
Is ne se possèdent plus
BAULET.
ms.
La reioe tombe.
Secourez la reine; 6 ciel I
HOKATIO.
Leur sang coule à tous deux : — Qu'y a-t-il, monseigneur?
OSRIC.
Qu'y a-t-il, Laërte î
LABRTE.
Je suis pris à mon propre piège, Osric ; je meur» justement, victime de ma perfidie.
HAMLET
Comment se trouve la reine?
LE ROI
Elle s'est évanouie à la vue de leur sang.
LA REINE
Non, non ; la coupe, la coupe; — ô mon cher Hamletl — La coupe, la coupe; je suis empoisonnée.
Ellcmeurl.
HAMLET
O crime infâme! — Holil (ermez les portes: trahison! Qu'on chirçlie le coupable.
Laërte lumbe.
LAKS.TK.
Le voici, Hamlet: Haml«t, tu es blessé i mort; il n'est point de remède au monde qui puisse te sauver; tu n'as pas une demi-heure à vivre. Tu tiens à la main l'arme perfide, démouchetée, empoisonnée ; ma trahison a tourné contre moimême; regarde, je suis ici gisant pour ne plus me relever. Ta mère est empoisonnée ; je n'en puis dire davantage : c'est le roi, le roi qui a tout fait.
HAHLET.
Cette arme est, dis-tu, empoisonnée? — Eb bien, poison, fais ton office.
11 perce le roi de sou fleuret à plusieurs reprises. OSRIC et LES SEIGHSnaS.
Trahison ! trahison I
LE ROI, se débattant contre Hamlet.
Oh t défendez-moi , mes amis; je ne suis que blessé.
BAULET, approchant des lèvres du roi la coupe
empoisonnée , et le forçant à boire.
Tiens, Danois iucestueu.\. Fratricide, et damné,
avale cette potion : — y trouves-tu ta perle? va rejoindre ma mère.
Le roi meurt.
LAËRTE
11 n'a que ce qu'il mérite; le poison avait été préparé par lui. Pardonnons-nous mutuellement, noble Hamlet ; que ma mort et celle de mon père ne pèsent pas sur toi, ni la tienne sur moi.
Il meurt.
HAHLET.
Que le ciel t'en absolve I Je te suis.— Je meurs, Horatio, — Malheureuse reine, adieu! — Vous qui, piles et tremblans, contemplez cette catastrophe, qui assistez en personnages muets ou eu spectateurs 3 ce drame terrible; oh! si j'en avais le temps; si la mort, ce sergent redoutable chargé de m'appréhender au corps, mettait moins de ri^ gueur dans son arrestation, je vous dirais, — mais laissons cela : — Horatio, je meurs; tu vi»; justifie-moi, et plaide ma cause auprès de ceux qui voudront connaître la vérité.
HOKATie.
Ne l'espérez pas. Il y a en moi plus de l'antique Romain que du Danois. Il reste encore du poison dans cette coupe.
II pread la coupe empoisoDoée.
HAULET, la lui arrachant.
Si tu es un homme, donne-moi cette coupe; Uche-la ; par le ciel, je veux l'avuir. 0 mon cher Horatio, quel nom flutri je laisserai après moi, si la vérité reste sous le voile qui la couvre! Si jamais j'occupai une place dans ton cœur, sèvretoi quelque temps du bonheur de mourir, et résigne-toi à traîner péniblement dans ce monde odieux une vie haletante , pour raconter mon histoire. ( On entend le bruit lointain d'une marche militaire et d'une décharge de mousqueterie.) Quel est ce bruit de guerre que j'entends?
OSRIC
C'est le jeune Fortinbras, qui, revenu vainqueur de son expédition de Pologne, salue, par cette salve guerrière, l'arrivée des ambassadeurs d'Angleterre.
HAHLET.
Oii ! je meurs, Horatio. La puissance du poison dompte mon énergie ;il ne me reste plus assez dévie pour entendre les nouvelles d'Angleterre; mais je prévois que, dans rélection d'un monarque, le choix du peuple se fixera sur Furtiobras; je lui donne ma voix mourante ; dis-le-lui ; et raconte-lui en détail toutes les circonstances qui m'ont amené là. Le reste, c'est le silence.
U meurt.
BORATIO.
Maintenant se brise un noble cœur. Adieu, aimable prince ; et que les concerts des anges bercent vn're sommeil I Pourquoi ce bruit de tanibour:i lUiis celte enceinte?