‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 601 sur 633 · LEAH · texte numérisé non relu

LEAH

Je ne donne rien ; je l'ai juré ; je tiendrai mon serment.

LE DDC DE BODRCOCNE, à CordéUe.

Je suis fiché qu'en perdant un père il vous faille aussi perdre un épou\.

COKDÉI.IE,

Que le duc de Bourgogne aille en paix; puisque des considérations de fortune forment tout son amour, je ne serai point sa femme.

LE ROI DE FRANCE

Belle Cordélie, riche dans ton indigence, précieuse dans ton abandon, adorable dans les mépris dont tu es l'objet, toi et tes vertus, soyez à moi. Je prends ici solennellement ce que les autres rejettent. Chose étrange ! leurs froids dédains enflamment mon amour et le portent jusqu'à l'adoraiion. — (A Lear.) Roi, ta fille sans dot, devenue notre partage, régnera sur nous, sur les nùires etsur notre belle France. Tous lesducs de l'humide Bourgogne ne rachèteraient pas de mes mains cette fille rare et inappréciée. — Dis-leur adieu, Cordélie, tout injustes qu'ils sont à Ion égard.

LEAR

Prends-la, roi de France : elle est à toi ; rar je la renie pourma fille, et jamais mes yeux ne reverront son visage. — (À Cordélie.) Ainsi cloigne-loi de nous, privée de nos bonnes grâces, de notre tendresse, de notre bénédiction. Venez, noble duc de Bourgogne.

faiifar'^x. Lear, les Dccs de liouncocNE, de CoRNOiiAii.LEs ei d'Albanie, Gloster et leur Suite .lorteut.

LE ROI de FRANCE, à Cordilie.

Prenez congé de vos sœui'S.

CORDELIE, o ses sœurs.

Objets de la prédilection de mon père, Cordélie vous quitte les larmes aux yeux. .le sais ce que vous êtes ; mais je suis votre soîur, et il me répugne de donner à vos défauts leurs véritables noms. Conduisez-vous bien envers notre père : je le confie à l'aiïection que vous avez proclamée pour lui. Mais, hélas! si j'étais dans ses bonnes grâces, a

tous les séjours je préférerais une place à ses côtés,

RÉGANB.

Ko nous prescris point notre devoir.

GONERIL

Faisdésormais ton étude déplaire à ton époux, qui t'a prise indigente et comme on fait l'aumône. Tu as failli à l'obéissance filiale, et si tu es privée de dot, tu l'as mérité.

CORDÉLIE.

Le temps lèvera le voile dont se couvre l'astuce. Les fautes qu'il a cachées d'abord, il finit par les livrer au mépris. Puissiez-vous prospérer I

LE ROI DE FRANCE

Venez, ma belle Cordélie.

Le r.oi DE France et Cordélie sortent.

Ma sœur, j'ai beaucoup à te dire sur un point qui nous touche de près toutes deux. Je pense que notre père partira d'ici ce soir.

REGANE.

Rien de plus sûr; il doit partir avec toi; le mois prochain, ce sera mon tour.

GONEBIL.

Tu vois à combien de caprices sa vieillesse est sujette. Nous avons eu fréquemment occasion de l'observer; notre sœur est celle qu'il a toujours aimée le plus ; etcependant tu vois comme il vient de la bannir de ses affections; l'absurdité d'une telle conduite saute aux yeux tout d'abord.

RÉGANE.

C'est une infirmité de l'âge ; toutefois il n'a jamais exercé sur lui-même qu'un contrùle imparfait.

GONEItlL.

A l'époque de sa plus grande vigueur intellectuelle, il a eu des lubies. Maintenant qu'il est vieux, nous devons nous attendre non seulement à la manifestation de défauts depuis long-temps enracinés, mais encore, aux bizarres emporteniens qu'une vieillesse infirme et chagrine amène avec elle.

RÊCANE.

Nous aurons probablement à essuyer des boutades pareilles à celle que lui a fait prononcer le bannissement de Kent.

Avant de pariir et de prendre définitivement congé de lui, il reste encore au roi de France quelques devoirs d'étiquette à remplir. Agissons de concei t, je te prie; avec le caractère que nous lui connaissons, si notre pérc conserve encore la moindre autorité, l'abandon qu'il vient de nous faire ne sera pour nous qu'une dérision.

RÉGANE.

Nous y repenserons.

GONERIL

Il nous faut prendre des mesures, et cela sans délai.

Klles sorttni.

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