‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 629 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

F.UMOSD et RÉGANE arruem à la télé de leurs troupes, tambour ballant, enseignes déployées.

EDMOND, à un officier.

Allez trouver le duc; qu'on sache de lui s'il persiste dans ses dernières vues, ou s'il a depuis changé d'avis; c'est un caractère timoré et plein lie tergiversation; — apportez-nous sa résolution ilelinitive.

L'Officier s'éloigne.

RÉOASE.

11 est certainement arrivé quelque mésaventure à l'envoyé de ma sœur.

EDMOND

Je le crains, madame.

nÉGANE.

Mon cher Edmond, vous connaissez mes bienveillantes intentions pour vous ; dites-moi franchement, et sans me rien déguiser, n'aimez-vous pas ma sœur?

EDMOND

J'ai pour elle une respectueuse affection.

RÉGANE.

Mais ne vous est-il pas arrivé d'avoir pour elle des sentimens illégitimes, et de prendre auprès d'elle la place de son époux?

EDMOND

Vous êtes dans l'erreur.

RÉGANE.

Je crains que vous ne vous soyez uni i elle par une intimité complète.

EDMOND

Non, d'honneur, madame.

RËCANE.

Je ne le souffrirai jamais: mon cher Edmond, soyez moins familier avec elle.

EDMOND

Soyez tranquille, elle, et le duc son époux , —

Arrivent LE DUC D'ALRANIE, GONEUIL et des Soldats.

coNERii, à part.

J'aimerais mieux perdre la bataillequede souffrir que ma sœur rellcb&t les liens qui m'unissent Âlui.

LE ROI LEAR

ALBANIE

Noire sœur bien-aimée, je suis charmé de vous voir. — {A Edmond.) Seigneur, j'apprends que le roi est allé rejoindre sa fille, suivi d'un certain nombre de ses anciens sujets, à qui uos rigueurs ont arraché des murmures. J'ai toujours senti le besoin de mettre mon courage d'accord avec ma conscience. Si j'ai embrassé la cause que je déjfends, c'est parce que laFranccenvahit notre territoire ; et non parce que le roi vient hardiment revendiquer ses droits, avec l'appui de ceux à qui nous avons donné de justes et graves motifs de s'armer contre nous.

EDMOND

Vous tenez là, seigneur, un bien noble langage *-

KÉGAHE.

A quoi tendent ces discours?

OONERIL.

RcunissoDS-nous tous contre l'ennemi commun; ces débats particuliers , ces querelles domestiques, ne sont pas de saison maiolenant.

Allons avec nos guerriers les plus expérimentés arrêter le plan des opérations.

EDMOND

J'irai tout-à-l'heure vous trouver dans votre tente.

ItÊGANE.

Ma sœur, venez-vous avec nous?

COHERIL.

Non.

BÉGANE.

Pourtant, cela serait convenable; venez avec nous, je vous prie.

GONEBiL, à part.

Ob !oh ; je devine le mot de l'énigme. — {Haut.) J'y vais.

Au moment où ils s'éloignent, arrive EDGAR, dCguisé.

EDGAR, bas au duc d'Albattie.

Si votre altesse veut bien condescendre à parler à un pauvre homme tel que moi, j'ai un molâ vous dire.

ALBANIE, aux fcrsonncs qui t'éloignent.

Je vais vous rejoindre. — {A Edgar.) Parle.

Tocs s'éloignent, à l'exception du Duc et d'Edgar.

EDCAH, remettant une lettre au Duc.

Av.int de livrer la bataille, lisez cette lettre. Si vous êtes victorieux, que la trompette appelle celui qui vous l'a remise; tout misérable que je >.;mble, je me fais fort de produire un champion fjui maintiendra véritable le contenu de cette lettre; si vous élcs vaincu, tout est fini pour vous

ici-bas, et les complots diriges contre vous deviennent sans objet. Que la fortune vous aime !

ALBANIE

Attends que j'aie lu celte lettre.

EDGAR

On me l'a défendu. Quand le momcnlscra venu, au premier appel du héraut vous me verrez paraître.

Il s'cloigue.

ALBANIE

Soit! Adieu ; je lirai cet écrit.

Revient EDMOND.

EDMOND

On aperçoit l'ennemi ; faites prendre position à vos troupes; voici l'état approximatif des forces de nos adversaires, tel que des rcnseignemens exacts ont pu l'établir : — Mais la célérité est maintenant pour vous un devoir.

ALBANIE

Je mettrai le temps à profit.

Il s'elo

igue

' Ceci est dit ironiquement. (iVo/e dn inidiu

EDMOND, seul.

J'ai juré aux deux sœurs un éternel amour; maintenant elles se haïssent l'une l'autre comme on hait le serpent qu vous a piqué. Laquelle prendrai-je? toutes deux? l'une des deux? ni l'une ni l'autre? Je ne puis posséder ni l'une ni l'autre, si toutes deux restent vivantes. En prenant la veuve, j'exaspère, j'irrite jusqu'à la démence sa sœur Goneril ; et, d'autre part, tant que vivra l'époux de cette dernière, il m'est impossible démener à bien mes projets. Commcuçons toujours par nous servir de lui daus la bataille; après quoi, que celle qui voudra se débarrasser de lui trouve le moyen de l'expédier promptement. Quant aux velléités de clémence qu'il manifeste pour Lear et Cordélie, une fois la bataille terminée et leurs personnes en mon jouvoir, je les mettrai dans l'impuissance de profiter de ses intentions généreuses; car mon rôle, à moi, est de me défendre, et non d'argumenter.

Ils'elo.soe.

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