‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 65 sur 633 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Warkwortb.— Un appartement du cbâteau.

£n(re HOTSPUR, lisant une lettre.

BOTSPOR.

— « Pour ce qui est de moi, mylord, je serais » charmé de m'y trouver. Par l'affection que je » porte à votre maison. » — Il serait charmé 1 — Pourquoi donc n'y va-t-il pas? parl'.iffcclionq'uil porte i. notre maison I il montre en ceci qu'il aime

encore mieux son colombier qu'il n'aime notre maison. Continuons. « L'entreprise que vous ten- » tez est périlleuse! «Sans nul doute ; il est dangereux aussi d'attraper un rhume; il est dangereux de dormir et de boire ; mais sachez, lord imbécile, que dans les épines de ce danger nous allons cueillir la rose de notre sûreté. « L'entre- » prise que vous tentez est périlleuse; les amis » que vous me nommez ne sont pas sûrs, le mo- » ment est mal choisi, et vos moyens sont trop » faibles pour contrebalancer la puissance des » obstacles à vaincre. » En vérité, c'est vous qui le dites I et moi, je vous répète que vous êtes un poltron, un lâche, et que vous en avez menti, tête sanscervellel Pardieu, il n'y eut jamais d'entreprise mieux conçue que la nôtre; nos amis sont dévoués et constans ; une entreprise admirable 1 des amis excellensi Quel courage à la glace que cet homme-là I Ignore-t-il donc que monseigneur d'York approuve notre plan et toute la conduite de l'entreprise? Ah I si j'étais auprèsde cedrôle- ) là, je lui briserais la tête avec l'éventail de sa i lady. N'y a-t-il pas mon père, mou oncle et moi? i Lord Edmond Mortimer , monseigneur d'York, i et Owen Gleodower? N'y a-t-il pas, en outre, les Douglas? n'ai-je pas leur promesse écrite de venir me joindre avec leurs troupes, le neuf du i mois prochain? et quelques-uns d'entre eux m sont-ils pas déjà en route? Quel infâme mécréantll un véritable inSdèlel Ah! je ne doute pas qui dans la sincérité de sa frayeur et de sa lâcheté, n'aille trouver le roi, et ne lui dévoile tous noi projets. Ohl que je m'en veux d'avoir fait uni proposition aussi honorable à cette jatte de laii écrémé. Qu'il aille au diable I qu'il révèle toul au roi, nous sommes préparés ; je partirai ci soir.

Entre LADYPERCY.

HOisPDR , continuant.

Te voilà, Catherine ? il faut que je te quitb dans deux heures.

LADV PERCT

0 mon ami, pourquoi es-tu seul comme cela par quelle offense ai-je mérite d'être, depui quinze jours, bannie de la couche de mon Henri Dis-moi, mon bien-aimë, qu'est-ce qui l'ôte l'a| petit, la gailé, et le doux sommeil 7 Pourquoi lorsque tu es seul, te vois-je fixer tes yeux vi la terre, puis tout-à-coup tressaillir? pourquoi' tes joues ont-elles perdu leur fraîcheur? pourquoi, à la rêverie sombre, et à la détestable mélancolie, sacrifies-tu ta jeunesse qui est mon trésor, et sur laquelle j'ai des droits? J'ai épié ton léger sommeil, et je t'ai entendu murmurer de> paroles de guerre, adresser la parole à ton cour sier bondissant, et crier : Courage I en avant ! Tu parlais d'attaques et de retraites, de trancbéei de tentes, de palissades, de retranchemens, parapets, de basilics*, de canons, de couleuvrini

> ' Canon de petit calibre. (Note du traducteur.)

m- Ta ei<l

HENRI IV

de prisonniers rachetés, de soldats tués, et de tout | cequiserapporteâuncombat acharné, lise passait i en loi uneluue SI violente, et ton sommeil en était lellemenl troublé, qu'on voyait sur ton front de grosses gouttesdesucur pareilles aux bulles d'eau qui s'elcvent à la surface d'un étang récemment agile; et au mouvement étrange des muscles de ion visage, on eût dit un homme qui relient son souffle dans quelque émotion extraordinaire. Oh! que présagent ces symptômes? Quelque affaire d'iuiporiaiice occupe mon époux, et je dois la coDuaitre, ou il ne m'aime pas.

Entre UN DOMESTIQUE.

BOTSPUB.

Ah ! te voilà I Guillaume est-il parti avec le paquet î

LE DOUESTIQDE.

Oui, mylord, il y a une heure.

HOTSPOR.

Builer a-l-il amené ces chevaux de chez le schériffî

LE DOUESTlQtJE.

Il vient à Cinslant même d'en amener uu.

HOTSPUR

Lequel? est-ce le bai aux oreilles courtes?

LE DOMESTIQUE

Celui-là même, mylord.

BOTSPDR.

Ce (lieval sera mon trône; je vais le monter .sur-le-cbamp. 0 espérance I' — Dis à Butler de le cuuduire dans le parc.

Le DoMESTifiOE sort.

LADY PERCÏ.

M'enlendez-vous, mylord?

HOTSPUR

Que dites-vous, myladyî

LADY PERCT.

Qui vous entraine ainsi loin de moi?

HOTSPUR

Eh mais, c'est mon cheval, mon amour, c'est mon cheval.

LADT PEÏCT.

Méchant que lu es! une belette n'a pas l'humeur plus intraitable que toi. Je veux savoir de quoi il s'agit, Henri ; je veux le savoir. Je crains que mon frère Mortiœer ne se prépare à faire valoir ses droits , et ne tait envoyé chercher pour ppuyer son entreprise; mais si lu vas, —

HOTSPCR.

si loin à pied, je me fatiguerai, mon amour.

LADT PERCY.

Allons, allons, petit perroquet, répondez directement à la question que je vous fais. Je te briserai le petit doigt , Ueuri , si tu ne me dis pas la vérité toute entière.

HOTSPOIl.

Laisse-moi, laisse-moi, petite joueuse I — Moi, • C'«t»il U devise des Percy. (Noie du traducteur.)

t'aimert — je ne t'aime pas; je ne me soucie guère de toi, Catherine. Ce n'est pas le moment de s'amuser avec des poupées et de jouer des lèvres. Ce sont des figures en sang, des létes cassées qu'il nous faut; voilà maintenant la seule monnaie qui ait cours. — Allons, mon cheval. — Que dis-tu, Catherine? que me veux-tu?

LADY PERCY

Est-ce bien vrai que tu ne m'aimes pas? dis-lemoi I allons, soit. Puisque lu ne m'aimes pas, je ne m'aimerai plus moi-même. Est-ce que lu ne m'aimes pas? dis-moi si c'est pour plaisanter, ou si tu parles sérieusement.

BOTSPDR.

Allons, veux-tu me voir monter à cheval? Je te promets qu'une fois à cheval, je te jurerai un amour sans fin. Mais écoute, Catherine; désormais, ne me demande plus ni où je vais ni ce que je me propose de faire. Je vais où je dois aller; et pour en finir, il faut que je te quitte ce soir, ma chère Catherine. Je te connais pour une personne sensée; mais tu ne l'es qu'autant que peut l'être la femme d'Henri Percy. Tu es constante; mais tu es femme. Quant à la discrétion, nulle femme n'en a plus que loi ; car je suis fermement convaincu que tu ne révéleras pas ce que lu ignores; ei voilà jusqu'où ira ma confiance en toi, ma chère Catherine.

LADY PERCY

Comment I jusque là?

HOTSPUR

Pas un pouce au-delà. Mais écoule-moi, Catherine; là où j'irai, tu iras aussi. Je pars aujourd'hui, tu partiras demain. — Es-tu contente, Catherine ?

LADT PERCT.

Il le faut bien.

Ils sortent.

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