‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 90 sur 633 · MORTON · texte numérisé non relu

MORTON

Il m'est bien douloureux d'avoir à vous attester ce que, le ciel m'en est témoin, je voudrais n'avoir point vu. Mais, hélas I mes yeux ont vu votre fils sanglant, épuisé, hors d'haleine, ne rendant plus que d'un bras débile les coups de son adversaire ; j'ai vu, dans sa fureur rapide, le glaive d'Henri Monmouth étendre l'intrépide Percy sur la poussière, d'où il ne s'est plus relevé. La mort de ce héros, qui enflammait le courage du dernier de ses soldats, une fois ébruitée, a glacé l'ardeur des plus intrépides; car l'armée tenait de son chef toute sa vigueur; une fois ce chef abattu, tout s'est affaissé avec l'inertie du plomb; et de même que plus un objet est lourd, plus est rapide le mouvement qu'on lui imprime, c'est ainsi que nos soldats, affligés du trépas d'Hotspur, joignant au poids de la douleur l'impulsion de la peur, et entraînés par le besoin de sauver leurs jours, se sont enfuis du champ de bataille plus rapides que la flèche ne se dirige vers le but qu'on lui a fixé. C'est alors que le noble Worcester a été fait prisonnier; le fougueux Écossais, le sanglant Douglas, dont l'infatigable épée , trompée par la ressemblance, avait, par trois fois, cru immoler le roi, a commence a perdre courage, et justifié par sa présence la conduite de ceux qui tournaient le dos; dans la terreur de sa fuite précipitée, il est tombé, et a été pris. Bref, le roi a remporté la victoire; it des troupes, sous la conduite du ' jeune Lancasire et de Westmoreland , ont été eu toute hâte dirigées contre vous. Voilà tout ce que j'avais à vous apprendre.

KOKTHUUBERLASD.

J'aurai tout le teuips nécessaire pour pleurer ce malheur. Dans le poison réside le remède, (".es nouvelles, si elles m'avaient iruuvé bien portant, m'auraient rendu malade; elles m'ont trouvé malade, et m'ont en quelque sorte rendu la santé. De même qu'un malheureux, dont les membres afaiblis par la fièvre, pareils à des gonds sans force, fléchissent sous le poids de la vie, tout-àcoup, dans l'un de ses accès, échappe comme une Bammcaux mains de ses gardiens, ainsi mes membre»,napucreaffaiblis parla doulcur,rcndusluriec!x

par l'excès de la souffrance, sentent leur vigueur triplée. Arrière donc, bâton fragile, c'est un gantelet d'acier que doit maintenant revêtir cette main ; arrière, coiffure de malade, tu es impuissante à protéger une tête qu'aspirent à frapper des princes animés par l'orgueil de leur victoire. Maintenant, que le fer ceigne mon front; et fasse planer ses menaces sur Northuraberland en fureur, l'heure la plus désastreuse qu'aient pu enfanter le Temps et la Vengeance! Quelecieletla terre se confondent I Que la main de la nature cesse de retenir dans ses limites l'Océan courroucé! que tout ordre périsse; que ce monde ne soit plus un théâtre où, dans un drame prolongé, les haines se combattent ; mais que l'esprit de Caîn, le premier-né, règne dans tous les cœurs, afin que tous étant livrés à des pensées de meurtre, la toile tombe, l'univers finisse, et les ténèbres recouvrent son cadavre I

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