‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 93 sur 633 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

\uik. — Un appartement dans le ,jalais de Parclicvéque.

Entreni L'AKCHEVÉQUE D'YORK, LES LORDS HASTING.S, MOWBRAV et BARDOLPIIE.

L ARCBEVÈBUE.

Vous venez d'entendre nos motifs, et vous connaissez nos moyens; à présent, mes nobles amis, je vous en conjure tous, dites franchement ce que vous pensez de nos espérances. Vous, d'abord, lord Maréchal, qu'en diies-vous?

MOWDRAY.

J'approuve le motif qui nous met les armes à la main; mais j'avoue que je ne serais pas fâché d'être mieux convaincu que je ne le suis que nos forces sont suffisantes pour faire face aux troupes et à la puissance du rui.

HASTINGS

Nos forces actuelles s'élèvent à vingt -cinq mille hommes d'élite; et pour les renforts que nous attendons, notre espoir repose principalement sur l'illusire Nurihumberland, dont le cœur brûle du ressentiment de ses injures.

LOKD DAIinOLPIIE.

Dans ce cas, loid llastings, la question est de savoir si nos vingi-cinq nulle hommes suffisent, sans Northumberland.

IIASTINCS.

Avec lui ils peuvent suffire.

LOHD BJBDOI.I'IIE.

Oui, sans doute; mais si, sans lui, nous nous croyons trop faibles, je suis d'avis que nous ne devons pas nous aventurer trop loin, avant d'avoir sous la main son renfort: car dans une lutte aussi sanglante que celle-ci, les conjectures, des espérances vagues et la perspective de secours incertains, ne sauraient être admis dans nos calcul».

HENRI IVj

l'archevêqce.

Vous avez raison, lord Bardolphe : car c'est là précisément ce qui est arrivé au jeune Hotspur à Shrewsbury.

LORD BARDOLPHE.

Précisément, mylord: il s'était bercé de l'espoir d'un renfortqu'on lui avait promis; il avaitcompté sur des forces bien supérieures à celles qu'il avait pu réaliser; et c'est ainsi que, déçu par son imagination, comme un jeune insensé, il conduisit ses troupes à la mort, et s'élança, tête baissée, dans l'abime.

OiSTlMGS.

Permettez-moi de vous dire que le calcul des probabilités et des espérances ne saurait jamais nuire.

LORD BIRDOLPHE.

Il le peut, dans une guerre de cette nature nous devons considérer nos espérances, comme dans les premiers jours du printemps nous voyons les boutons éclore; l'espoir que ces boutons deviendront des fruits a moins de certitude que la crainte de les voir détruits par la gelée. Quand nous voulons bâtir, nous commençons par étudier le terrain, puis nous traçons le plan; et lorsque nous avons sous nos yeux le dessin de l'édifice, il nous faut calculer les frais de construction ; si nous voyons que ces frais excèdent nos moyens, que faisons-nous 7 nous refaisons le plan sur une échelle moins vaste, ou bien, nous renonçons à bàlir. A plus forte raison, dans l'œuvre immense que nous avons entreprise, et dans laquelle il s'agit, ou peu s'en faut, d'abattre un royaume et d'en construire un autre, nous devons étudier l'emplacement, tracer le plan, établir des fondemens solides, interroger les architectes, examiner nos ressources, peser les raisons qui nous permettent ou nous interdisent d'entreprendre une pareille tâche ; sans quoi, nous aurons des armées sur le papier et en chiffres, où les noms des hommes seront comptés pour les hommes mêmes. Nous ressemblerons à celui qui trace le plan d'une maison sur une échelle disproportionnée à ses moyens; et qui, arrivé .i la moitié de ton œuvre, y renonce et laisse son édifice interrompu, abandonné sans défense aux pleurs des nuages et aux lyrauniques rigueurs de l'biver.

HASTINGS

En supposant même que nos espérances, en dépit de toutes les probabilités favorables, viennent a avorter, et que nous n'ayons plus un seul soldai à attendre, je pense que, tels que nous sommes, nous avons des forces suffisantes pour balancer celles du roi.

LORD BARDOLPHE.

Quoi donc 7 Est-ce que le roi n'a que vingt-cinq mille hommes?

EASTISGS.

Pour nous, il n'en a pas davantage. Que dis-je lord Bardolphe, il n'en a pas même autant; car, grâce à nos temps orageux, ses troupes sont divisées en trois corps : l'un marche contre les Fran çais; l'autre contre GIcndower; peut-être le troisième est-il dirigé contre nous. Ainsi, le débile monarque est forcé de se partager en trois , et ses coffres appauvris ne rendent plus qu'un son creux.

l'archevêque.

Nous n'avons pas à craindre qu'il réunisse ses forces divisées et vienne fondre sur nous avec tout le poids de sa puissance.

BASTISGS.

S'il le fait, il laisse ses derrières sans défense, à la merci des Français et des Gallois. Vous pouvez être tranquilles à cet égard.

LORD BARDOLPHE.

Qui croyez-vous qui commandera l'armée dirigée contre nous?

HASTIHGS.

Le duc de Lancastre et Westmoreland. Le roi en personne et Henri Monmouth marchent contre les Gallois. Je ne sais quel est le chef qu'on oppose aux Français.

l'archevîqce.

.\llons en avant, et publions les motifs de notre prise d'armes. Le peuple est dégoûté de son propre choix; à son ardente affection a succédé la satiété. Celui-là bâtit sur le sable, qui bâtit sur l'amour du vulgaire. 0 multitude insensée avec quels applaudissemens, avec quelles bénédictions lu accueillais Bolingbroke, avant qu'il devînt ce que tu voulais qu'il fùi ! Et maintenant que tu as obtenu ce que tu désirais, grossier convive, tu es tellement rassasié de lui, que tu voudrais le rendre. C'est ainsi que ■ ton estomac glouton a rendu le royal Richard ; et maintenant, tu voudrais reprendre ce que tu as rejeté, et tu le cherches avec des hurlemens plaintifs. A qui se fier dans ce siècle ? Ceux qui, du vivant de Richard, souhaitaient sa mort, se sont mainte nant épris d'amour pour sa tombe. Toi, qui jetais de la poussière sur sa tête sacrée, alors qu'à travers Londres joyeux il s'avançait en soupirant à la suite de l'admiré Bolingbroke, tu t'écries maintenant : K 0 terre I rends-nous ce roi, et reprends celui-ci. » 0 inconstance des hommes pervers ! On n'aime que le passé et l'avenir ; le présent, on l'abhorre.

MOWBRAY

Voulez-vous que nous rassemblions nos troupes, et que nous nous mettions en marche?

HASTINGS

Nous sommes soumis au temps, et le temp* nous commande de partir.

Ils sortent.

MAGASIN THEATKAL ETRANGER.

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