‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 15 sur 96 · LE PYRRHONISME · texte numérisé non relu

LE PYRRHONISME

ARGUMENT

Tableaa du sceptique mourant. Réfatation de Tancien et nonvean pyrrhoniame. Objection des aceptiqnes. Portrait de Bayle. L'Orgaeil n'ayant pn dëtrnire la Religion par le pyrrhonisme et rincrédalité , veut la défigurer par Thëréaie.

La nuit d'un voile épais enveloppoit les cieux ,

Et Fange du sommeil avoit fermé mes yeux ,

Quand sur un char paré de l'éclat des étoiles

Je vis la vérité sans nuage et sans voiles :

Le Silence et le Temps lui frayoient un chemin :

L*£tude la suivoit un compas a la main ;

Une foule d'erreurs , à sa voix étoufGées ,

De son char lumineux augmentoient les trophées.

Lève-toi, me dit-elle. A l'instant transporté ,

Je me vois , non sans trouble , assis a son côté.

Le char vole. « Il est temps que l'univers connoisse

Où l'esprit a puisé sa force ou sa foiblesse.

Regarde ce mortel qu'un pyrrhonîsme affreux

Rendoit depuis long-temps impie et malheureux , Devenu zélateur du culte véritable :

Vois le pouvoir du vrai , vois Terreur de la (able. » Elle dit. Paperçois sous un humble berceau Un jeune homme éclairé par un pâle flambeau : Il expire : h ses pieds une femme troublée Soutient entre ses bras sa tête échevelée : Sur son front assiégé des ombres de la mort La jeunesse aux abois fait un dernier eflfbrt. Il se lève , il s'écrie , et ses mains convulsives Youdroient rompre les nœuds quilestiennentcaptives ; Le cristal de son œil rougit de mille feux , Une foible sueur coule dans ses cheveux. Il retombe , il palpite , et sa voix pénétrante Rejette les secours d'une beauté mourante Qui voudroit de Tamant qu elle mouille de pleurs S'approprier les maux et ravir les douleurs. « Laissez-moi, lui dit-il; je touche au dernier terme... Mon corps est accablé. . . mais mon esprit est ferme. . . Hélas ! auriez-vous cru qu'au sein de nos amours La mort osât trancher le fil de mes beaux jours? La mort! nom odieux dont frémit la nature ! Mais enfin c'est un nom qu'inventa l'imposture : Des frayeurs de l'enfer mon esprit dégagé Ne craint que la douleur, et non le préjugé. O douleur! laisse-moi, tu consumes mes veines ; Un moment de ton règne est un siècle de peines. Douter, souffrir, mourir, quel sort humiliant ! Mais la terre s'éloigne , et je touche au néant; L'astre du jour recule , et je perds sa lumière ;

i8o LA RELIGION VENGÉE.

Entre le monde et moi quelle immense barrière !

Tout me fuit , jusqu'à vous qui possédiez mon cœur !

Terre, jeunesse, amour, arrêtez... Quelle erreur!

Je suis , je vois , je sens , je veux , et je raisonne ;

Mon amante est ici : c'est moi qui m'abandonne ;

Une terreur secrète a dérangé mes sens.

Mais quel surcroit de maux ! quels transports renaissants !

Ah ! s'il étoit un Dieu ! . . . Quel trouble ! ... Je m'égare :

Croyez qu'il n'en est point; il seroit trop barbare

De jouir si long-temps des maux que j'ai soufferts :

Pour effrayer le peuple on creusa les enfers.

Un Dieu ! Pourquoi ce nom m'arracbe-t-il des larmes?

Pourquoi réveille-t-il mes premières alarmes?

Ma raison l'a proscrit, et mon cœur l'a chassé.

Quelle flamme a mes yeux éclaire le passé !

J'adorois , j'aimois Dieu ; mais l'amour de moi-même

A détruit dans mon cœur son empire suprême ;

Le plaisir et l'amour m'ont promis dans vos yeux

Les biens que je perdois en renonçant aux cieux :

Ils ont trompé l'espoir de mes vœux infidèles ;

Entre le ciel et nous ils étendoient leurs ailes :

Mais le trait de la mort tout à coup m'a percé ;

Coupable dans vos bras je tombe renversé.

Je voudroîs éviter un aveu qui vous blesse :

Mais Dieu , plus fort que moi , brille dans ma foiblesse ;

Il étouffe mes cris , enchaîne mes efforts ,

Et s'annonce à mon cœur par la voix des remords.

Achève, Dieu puissant, de frapper ta victime;

Dévore par ton feu le germe de mon crime :

Irriter mes douleurs, c'est hâter mes plaisirs.

CHANT SEPTIÈME. i8i

Que ma foi dans ton sein emporte mes soupirs. Mon ame vole a toi , mon corps rôle après elle : Ils s^ofïrent aux rayons de ta gloire immortelle ; Epure-les tous deux. Tu combles tes bienfaits ; Tume frappes ; jemeurs, maisjemeursdanslapaix. » A ces mots il succombe ; et Tamante éclairée Offre a Dieu les remords dont elle est déchirée : L'air s'entr' ouvre , et reçoit cet encens précieux. Je m'éveille , et le char s'envole dans les cieux.

Telle est des passions l'influence ordinaire ; Le doute de l'impie est toujours volontaire. On méprise les flots tant qu'on est dans le port, Mais on perd son audace à l'aspect de la mort. Combattre l'évidence est une foible gloire ; La honte est de douter, le bonheur est de croire.

Laissons donc s'égarer dans l'ombre de la nuit Le doute universel , par lui-même détruit. Pyrrhon osa douter de sa propre existence , De tous nos sentiments étoufïèr l'évidence ; Mais , dans le doute même , il étoit assuré Que son esprit superbe , ignorant , égaré , Rejetoit constamment les secours de l'étude, Et qu'il croyoit du moins a son incertitude^

Le di^ute est défini l'embarras passager De l'esprit qui perçoit et qui craint de juger ;^ Mais cette crainte enfin , vague ou déterminée , Démontre avec clarté que notre ame bornée A besoin d'examen pour juger sainement.

Un Grec osa jadis nier le mouvement :

Le Portique attentif écoutoit son sophisme,

i8a LA RELIGION VENGÉE.

Et buvoit à longs traits Terreur du pyrrhonisme : Un sage détrompa le Portique ébloui ; Au lieu de disputer, il marcha devant lui.

De ce Grec insensé méprisons la manie , Et livrons son système à sa propre folie.

Mais , dédaignant le père , enchaînons les en&ûts ; Proscrivons , flétrissons les écrits triomphants Dont Montaigne, La Motte et Bayle leur émule, Empoisonnent Fesprit du vulgaire crédule.

Bayle, qui de ce siècle est le nouveau Pyrrhon , Libre comme Pétrone , instruit comme Varron , Des vices de nos cœurs flatte la tyrannie , Et prête aux passions le feu de son génie : Qui Técoute , entraîné dans un doute profond , Erre sur une mer sans rivage et sans fond : Tout devient par son art incertain et probable ; L'erreur change en ses mains, et devient soutenable. Ce peintre séducteur avec aménité Prodigue le mensonge , et tait la vérité , A la philosophie unit le badinage , Enivre la raison d'un doux libertinage.

Eh ! comment échapper à son style vainqueur? Qui fait rire l'esprit est le maître du cœur. Ce n'est pas la raison qui rend l'homme incrédule ; Le solide plaît moins qu'un piquant ridicule : L'esprit a prévalu sur le raisonnement; Un bon mot en ce siècle est un fort argument.

De toutes les erreurs par l'Orgueil inventées Nulle n'étoit encor digne des vrais athées : Le doute leur manquoit, ce doute immodéré

CHANT SEPTIÈME. i83

Qui dégrade notre ame , et sape par degré

Lesmœurs, lesloîs,lesarts, les vertus des grandsliommes,'

Troublerordreetlapaixdelasphèreoùnoussommes,

Nous rend foîbles , hardis , superbes , nonchalants ,

Et place rignorance au trâne des talents.

Qui ne voit d'un coup-d'œîl l'erreur de ce système?

Ouvrage de l'Orgueil, il détruit l'Orgueil même,

Disperse, anéantît les trésors fortunés

Dans le sein de l'étude a grands frais moissonnés.

Les auteurs trop &meux du nouveau pyrrhonisme

Nous plongent sourdement au sein de l'athéisme ,

Et, de l'ordre public brisant tous les liens ,

Nous enlèvent l'espoir, ce dernier de nos biens.

ce Quelle route tenir dans cette nuit obscure Qui règne d'âge en âge et couvre la nature? Le flambeau qui nous luit oHre divers rayons; Pour peindre un même objet, quel amas de crayons! Quelle diversité ! quels étranges contrastes ! Quel centre réunit des lumières si vastes? L'homme marche sans guide; et, toujours incertain, Il établit le soir et détruit le matin ; Son génie appauvri s'épuise en découvertes , Et nos foibles trésors sont les fruits de nos pertes. La mer s'enfle , s'émeut par les vents opposés ; Image des auteurs follement divisés :

Ils ont cru nous tracer des règles immortelles , Tandis qu'ils n'ont saisi que des erreurs nouvelles.

ce Voyez par un ruisseau deux états séparés : L'onde adinire, en fuyant, des hommes égarés, Qui , difierents d'habits ainsi que de visages ,

i84 LA*llELIGION VENGÉE.

Enseignent d'autres lois y suivent d'autres usages : Le ruisseau s'en étonne , et dans son lit constant Il insulte aux erreurs de ce monde flottant.

ce Ouvrez des écrivains les brillants sanctuaires , Lieux où les nations en divers caractères Déposent leur esprit sur le vélin tracé, Où le présent est peint ainsi que le passé : Qu'y verrez-vous ? Des fous, des flatteurs ou des traîtres Qui , de la vérité s'étant rendus les maîtres , Guidés par leurs penchants , ou par leurs intérêts , Altèrent sa splendeur, ou déguisent ses traits. Aux préjugés reçus chaque âgç sacrifie : Le doute est le seul bien que la philosophie Puisse assurer k F homme avide de savoir. Croire, c'est se tromper ; chercher, douter, c'est voir. L'histoire est un chaos , l'éloquence un problème , La physique un roman , la nature un emblème. Les marbres , les tableaux sur l'univers épars , Prouvent moins la beauté que le vice des arts : Us s'offrent embellis du voile de l'adresse ; Mais l'ignorance perce, et marque leur foiblesse. Qu'on nous montre ici-bas la vraie autorité Qui captive l'orgueil de l'esprit indompté ; Quel principe constant force à la reconnoître? Est-ce l'enthousiasme ou la fureur d'un prêtre Qui dispose à son gré de l'empire des cieux , Qui réveille , assoupit la colère des dieux , Aux cris de la raison oppose des mystères , Et traite leurs censeurs de monstres réfractaires Que le feu du tonnerre auroit dû consumer

CHANT SEPTIÈME. i85

Si le bras qui le lance eût daigné Fallumer? Toute religion à Thomme est impossible : Elle n'offre à nos yeux qu'un objet invisible; Elle demande un cœur , elle exige un encens Que la nature doit aux plaisirs de nos sens : Pourquoi donc préferer les trompeuses ténèbres Qu'ont répandu jadis douze prêtres célèbres Aux &ciles douceurs du beau jour qui nous luit, Au charme de saisir la volupté qui fuit? »

De nos pyrrhoniens tel est l'affreux langage. Vérité triomphante , écartez le nuage ; Allumez le flambeau qui va les éclairer; Déchaînez le lion qui va les déchirer !

En vain du pyrrhonisme on répand l'imposture : Un doute universel n'est point dans la nature ; Elle nous porte à croire , et non pas à douter. Quel principe inconnu pourroit donc exciter Un sentiment contraire a l'esprit trop crédule, Un sentiment enfin impie et ridicule?

L'Orgueil en fut le père ainsi que l'instrument; Les passions du cœur en sont le fondement.

Tout juge doit d'abord assurer sa balance , Discuter, constater, peser la vraisemblance ; Ce doute volontaire , a l'esprit étranger, Ne jette sur le vrai qu'un voile passager; Réfléchi , libre et sage , il mesure , il compare , Il refuse , il accorde , il unit, il sépare , Et ramène sans cesse un esprit emporté Au sein de la méthode et de la vérité.

Mais quand le cœur commande a notre incertitude

i86 LA RELIGION VENGÉE.

Que le moindre intérêt pf éside à notre étude , On découvre bientôt que, fier ou paresseux, L'homme ne peut long-temps lutter contre ses vœux; Qu'il croit avec ardeur à l'objet qu'il désire , Mais qu'injuste agresseur il s'élève, il conspire Contre la vérité qui condamne ses goûts. Nos penchants, nos désirs, sont des tyrans pour nous.

Ainsi quand on proscrit les sciences , l'histoire , Que des arts, des talents on étoufie la gloire. Que d'un pied dédaigneux on foule les autels , Et qu'on éteint l'encens qu'y brûlent les mottels , On ne rejette alors des vérités trop claires Que pour se dérober à des lois salutaires , Dont la solidité se feroit trop sentir Si l'ame à leur rigueur avoit pu consentir. La honte de plier sous un joug légitime , L'effort de renoncer aux douceurs de son criiïie, Excitent l'incrédule à secouer ses fers : S'il les redoutoit moins , il croiroit aux enfers. Retranchez les tourments , laissez-lui tous ses vices , Rassasiez son cœur d'un torrent de délices , Les mystères alors cessent d'être confus , Dieu caché sur l'autel ne l'embarrasse plus : Mais si vous conservez un trftne invariable Où l'innocent assis confondra le coupable , Pour sauver les plaisirs où son cœur est plongé, De la Religion il feit un préjugé , .

Il détruit le pouvoir des lois les plus antiques; Alors il comJbattra , rendra problématiques Jusques aux vérités qui frappent tous les yeux ;

L'autel sera sans prêtre et les temples sans dieux; L'insensé se croira couvert d'un nouveau lustre Si la vertu gémit, si le crime est illustre , Si le culte divin tombe défiguré , Si l'homme est plus coupable , et Dieu moins adoré.

Vous doutez si l'esprit, captif dans sa carrière , Sur les objets divers porte assez de lumière : Il faut donc hors de vous lui trouver un appui , Consulter dans le ciel l'astre qui s'offre à lui.

Le doute suit les pas des sciences humaines ; Ouvrez donc par la foi des routes plus certaines : L'esprit vous a trompés; cherchez Dieu, non l'esprit: L'un a blessé vos cœurs, et l'autre les guérit.

Soleil, divin flambeau, qui répands dans ta course, Qui prodigues tes feux sans épuiser leur source , Qui pénètres la terre et colores les airs, Astre dont la clarté suffit a l'univers , Je connois tes effets , j'ignore ta nature. Je te sens , je me perds dans ta lumière pure ; Si l'œil est éclairé , l'esprit est confondu ; Dans ton foyer brûlant je m'égare éperdu. Honteux de ne pouvoir te saisir, te comprendre, Faut-il qu'en un tombeau résolu de descendre Je renonce aux splendeurs de ta vive clarté Pour jouir d'une triste et sombre obscurité?

Grand Dieu , dont le soleil n'est que la foible image. Ta puissance étincelle a travers ton ouvrage : Mais plus je sens le poids de ton bras créateur. Moins je puis de ton être atteindre la hauteur. Lassé d'approfondir ton sein impénétrable ,

i88 LA RELIGION VENGÉE.

Faut-il q[ae je préfère a ta loi secourable Un conducteur aveugle , un guide infortuné Qui prétend être libre , et qui marche enchaîné? Faut-il que , du présent adorateur frivole , Je perde l'avenir pour Finstant qui s'envole , Et que , d' Anacréon disciple libertin , J'abandonne au hasard ma gloire et mon destin? Quoi ! l'homme raisonneur, et si peu raisonnable , Ne comprendra jamais que ,*fini y périssable , Il ne peut manier ce compas immortel Qui mesure à la fois l'infini , l'éternel? Dieu seul peut à son choix dispenser les lumières , Et les approprier a nos foibles paupières.

Douter de ce qu'on voit par ce qu'on ne voit pas , Cest le raisonnement des fous et des ingrats. « Mais est-il , direz-vous , si facile de croire? L'avenir est c^ché dans la nuit la plus noire; Un voile impénétrable enveloppe mes yeux : La foi que l'on m'ordonne est un présent des cieux ; Elle est le libre effot du Dieu qui la commande. )i

Oui : mais pour l'obtenir il faut qu'on la demande ; Que, malgré le bonheur résultant de ses lois, On ne s*obstine pas a rejeter sa voix. Chérissez moins les nœuds d'une chaîne infamante ; Qu'en vous l'orgueil s'abaisse, et la vertu s'augmente; Que de l'amour du bien vos coeurs soient enivrés ; Soyez humbles , soumis , justes , et vous croirez.

Les nuages sacrés , les sublimes mystères Dont l'Eternel couvrît ses préceptes austères , Par leur pure lumière et leur obscurité

Assurent sa justice , annoncent sa bonté. Dieu plus voilé in*échappe , et mon cœur insensible Éteint les feux mourants d'un amour impossible ; Le ciel plus élevé se perd a mes regards , Et mou œil afibibli se couvre de brouillards. Dieu visible m'entraîne où brille sa lumière : Pour voler dans son sein il n'est plus de barrière ; Je m'y plonge, il m'attire; et mon activité En montrant son pouvoir détruit ma liberté. Il (nlloit donc , 6 Dieu , que ta brillante image Afibibllt ses rayons au travers d'un nuage ; Pour rendre l'homme libre , il falloit te cacher, Et lier le mérite au soin de te chercher.

Quand j'observe ces nuits si pures et si tranquilles , Ou le ciel est semé d'escarboucles mobiles , Où la lune annonçant le calme et la fraîcheur, Ranime l'univers par sa douce blancheur. Je sens d'un saint respect mon ame pénétrée ; Mon œil embrasse l'arc de la voûte azurée , Des astres de la nuit admire la splendeur, De l'empire des airs mesure la grandeur. Et, se perdant enfin dans cet espace immense , S'arrête et se confond où l'infini commence. Mais l'esprit, plus perçant, découvre au haut des cieux Ce monarque éternel qui se voile à mes yeux.

Si mes regards charmés s'abaissent sur la terre , J'y vois l'ordre et la paix naître au sein de la guerre ; J'y vois le mouvement, fëcond et destructeur. Porter avec la mort un germe créateur : Tout périt, tout renaît; tout languit, tout s'anime;

igo LA RELIGION VENGÉE.

Tout marche sur un plan uniforme et sublime ;

Le mohde , invariable et toujours varié ,

Ne rompt jamais les nœuds dont le ciel Fa lié.

Les montagnes y les bois , les lacs , la mer profonde ,

M'annoncent de concert le souverain du monde :

Je lis son nom gravé sur la terre et sur Teau ;

Et tout, jusqu'à Fatome, est marqué de son sceau.

Cette foi de nos cœurs, cette intime assurance ,

Réveille le courage et nourrit Fespérance ;

Par elle l'avenir nous ouvre un ciel serein :

Nés de Dieu, chaque instant nous ramène à son sein :

Tels les fleuves , lassés de leur pénible course ,

Enfantés par la mer retournent à leur source.

La foi double nos biens en les rendant plus purs ; Elle éclaire, embellit nos joui^ les plus obscurs : La foi compense tout, et sa main libérale De Finégalité sait remplir l'intervalle.

Croire, c'est vivre heureux, c'est jouir en effet Et du bien qu'on espère , et du bien que Dieu fait. Quel bonheur de penser, de sentir, et de croire Que , né dans la poussière , on marche vers la gloire ; Que , si le corps périt. Famé échappe à la mort. Et que Dieu, non les rois, dispose de son sort!

Douter, c'est endurer les tourments de Tantale ; C'est perdre tous les biens que la nature étale , C'est vivre sans jouir, c'est ramper tristement , C'est déchirer son ame et mourir lentement. Le doute, au cœur de Fhomme arrachant Fespérance, Empoisonne la joie, irrite la souffrance. Et n'offre à nos regards qu'un abtme effrayant

Où la mort nous conduit et nous livre au néant.

Quel abus de Fesprit dans le siècle où nous sommes! Est-ce donc pour douter que Dieu créa les hommes? Sa féconde lumière assure tous nos pas : Le doute a des périls j et la foi n'en a pas. Mais la crédulité n'a-t-elle point d'entraves? Les hommes sont-ils faits pour penser en esclaves? Non : avant que de croire on doit examiner ; Mais l'examen fini , cessons de raisonner. Si l'erreur est le fruit du doute fanatique , Le vrai sort plus brillant du doute méthodique : Ainsi d'antiques bois par le fer reproduits , Poussent des rameaux verts qui se couvrent de fruits.

Ne permets plus, grand Dieu, queles mortels s'égarent ! Fais tomber devant toi les murs qui nous séparent! Nos doutes sont enfants de nos divisions , Et toutes nos erreurs naissent des passions.

De l'incrédulité les remparts sont en poudre : S'il en subsiste encor, j'y porterai la foudre. Sainte Religion , vos temples abattus Vont être relevés par la main des vertus. ^

Que l'Orgueil frémissant enfisinte l'hérésie ; iî^^ Que du libertinage il arme la fiirie ; Que par le soufHe impur de l'indocilité Il redonne la vie a l'incrédulité; Qu'il présente aux mortels l'appât de l'optimiame , L'insociable erreur du superbe égoïsm^ Les songes , les écarts d'un esprit égaré , Et les fantômes vains d'un cœur désespéré : De tous ces fiers dragons j'écraserai la tête ,

Et du monde éclairé Dieu fera la conquête. Muse, venez encor par vos douces chaleurs Dans des champs si déserts faire naître des fleurs.

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