L'HÉRÉSIE
ARGUMENT
L'Orgueil trme Th^rëaie dès la naÎMance dn chrlstianùme. L*hcrétie est la cause principale de la décadence et de la chute de Tempire d*orient. Portrait de Mahomet. En différents temps Thërésie a déchiré les états de l'Europe. Éloge du cardinal de Fleury. Danger de la nouveauté.
Elles ne régnent plus ces sectes infidèles
Qui lançoient contre Dieu leurs flèches criminelles
Uathée anéanti, le déiste éperdu,
Py rrhon persuadé y Spinosa confondu ,
Ne laissent après eux que de foibles sectaires ,
Du joug de la raison ennemis volontaires.
Mais il reste toujours des armes à TOrgueil ;
Dans la vérité même il nous cache un écueil :
Défenseur simulé du culte véritable ,
SHl abjure un moment les erreurs de la (able ,
Si dans le sanctuaire il porte un pied tremblant,
On le verra bientôt, novateur turbulent.
Précédé par la ruse et suivi par la force ,
Lever avec éclat Fétendard du divorce,
BBIJII9. 1 3
De FEglise naissante assaillir le vaisseau ,
Obscurcir de la foi le céleste flambeau ,
Au vainqueur de la mort disputer la puissance ,
Altérer, avilir, confondre son essence ,
Partager le pouvoir entre l'enfer et Dieu ,
Réveiller la magie expirante en tout lieu ,
Unir, associer l'or pur avec l'argile ,
Le mensonge et le vrai , Terreur et l'Évangile.
Patriarcbes, pasteurs, ministres de la foi.
Du fond de vos tombeaux tournez les yeux sur moi.
Vous , pontifes sacrés de la nouvelle Rome ,
Vous , vicaires du Christ et serviteurs de l'homme ,
Confiez a ma main ces redoutables traits
Que le fiel ni le sang ne souillèrent jamais.
Je ne viens point briser des lances inutiles
Contre un monstre accablé sous le poids des conciles ,
Ramasser les carreaux que vous lanciez sur lui,
Ni joindre a vos décrets mon impuissant appui;
De nos jours comme alors l'erreur est terrassée :
Dieu s'est fait voir à Trente ainsi que dans Nicée ;
Au pontife d'Hipponne il donna des rivaux,
Arma les Bossuets , suscita les Arnaulds ;
Ses yeux toujours ouverts veillent sur son Eglise.
Un objet diffèrent guide mon entreprise :
Je veux au fanatisme arracher le bandeau ,
Éclairer, démasquer l'erreur en son berceau,
Démontrer qu'en tout temps les fiers hérésiarques
Ont soulevé le peuple , ont trahi les monarques ,
Et qu'enfin l'hérésie entraîne sur ses pas
La ruine des moeurs^ la chute des états.
CHANT HUITIÈME. igS
Oracles de FEglise et lumières du inonde , Venez guider mes pas dans cette nuit profonde ; Et, pour mieux retracer vos exploits éclatants , Ouvrez a mes regards les archives du temps.
UÉglise des chrétiens a peine à son aurore Croissoit dans le silence et commençoit d*éclore , Quand FOrgueil endormi dans le sein de l'erreur, S'éveille , voit la croix , et pâlit de fureur ; Il se joint a l'instant a ce monstre livide , A ce monstre jaloux, insatiable , avide , Qui ronge la vertu qu'il ne peut déchirer, Et noircit les talents qu'il craint de célébrer. Fier de cette union, l'Orgueil étend ses ailes, Et fond comme un éclair dans le cœur des fidèles : Il y trouva la foi , la paix , la vérité -, Il y sema le trouble et l'indocilité.
On vit naître aussitôt la discorde et le schisme , L'enthousiasme ardent, et le noir Ëmatisme, Qui' ne connolt ni frein , ni digue , ni rempart. Sur les marches du trône aiguise son poignard , Frappe sans discerner ni compter les victimes , Et croit servir le ciel en entassant les crimes : Il traîne sur ses pas la superstition Qui présente son glaive a la Religion.
Ainsi dans un moment le vaisseau de l'Eglise , Voguant avec effort sur une mer conquise , Renferma dans son sein d'orgueilleux matelots , Plus à craindre pour lui que les vents et les flots : Ivres du vain espoir de s'arroger l'empire , Ils briguent sourdement le timon du navire ,
Corrompent l'Évangile en voulant l'éclaîrcir, Et surebargent son joug en pensant l'adoucir. Qui croîroît que la foi , dans ces siècles de grâce , Eût pu , dès sa naissance , être en butte k l'audace De ces mêmes chrétiens qu elle entraînoît au port Triomphants de l'erreur et vainqueurs de la mort ; Qu'on eût joint l'Evangile aux songes hébraïques; Qu'on eût ressuscité les fables chaldaïques, Ainsi que Zoroastre admis deux créateurs , Ainsi que Py thagore annoncé deux moteurs ; Que la mysticité qui s'exalte et s'embrase Eût quitté la prière en feveur de l'extase, Du corps et de l'esprit rompu tous les accords, Et pris le corps pour l'ame et l'ame pour le corps?
Misère des humains ! ô délire ! ô foiblessel Leurs écarts sont toujours voisins de leur sagesse ; D'un abime profond l'homme à peine sorti Retombe dans le gouffire, y demeure englouti.
Voyez dans ce vallon bouillonner deux fontaines L'une, en se divisant, fertilise nos plaines. Et, répandant ses eaux sur un sable argenté, Rajeunit la nature et nourrit la santé ; Tandis que dans le sein d'une terre fangeuse L'autre , roulant k peine une onde limoneuse. Va se perdre et croupir dans un marais bourbeux , De la froide couleuvre asile dangereux.
Ainsi l'on voit sortir du sein de la nature La vérité brillante , et la noire imposture ; Ainsi de siècle en siècle un esprit infernal A la source du bien ouvre une route au mal.
Mais toutes ces erreurs que TOrgueil éternise Attaquoient vainement la barque de FEglise ; Elles venoient bientôt ramper sous cette croix Qui devoit s'élever sur le trône des rois : La vertu des chrétiens eflàçoit les prestiges , Le mensonge fuyoit à Taspect des prodiges : Falloit-il que Tenfer, aux apôtres soumis , Dans des jours moins obscurs armât des ennemis Plus cruels mille fois que ces préteurs avares , Du sang de nos chrétiens dissipateurs barbares !
La terre avoit gémi sous le fer des tyrans^ Elle cachoit encor des martyrs expirants Qui dans les noirs détours des grottes reculées Déroboient aux bourreaux leurs têtes mutilées.
Oppresseurs d'un sénat maître de l'univers , Qui demandiez un temple , et qui donniez des fers , Colosses monstrueux , orgueilleuses idoles , Qui du monde conquis surchargiez les deux pôles y Tremblez ! le jour approche où l'empire romain , Persécuteur du Christ , va crouler sous sa main. Rome voit transporter dans le sein de la Grèce Les trésors et les arts dont elle étoit maîtresse ; Et l'aigle humilié cède ses étendards A l'arbre de la croix planté par les Césars.
Constantin triomphoit : Dieu du sein de sa gloire Au char de ce héros enchainoit la victoire ; Il étoit dans ce temple où les saints inclinés Viennent courber leurs fronts de rayons couronnés : Devant lui sont le temps , l'espace , la mesure , Le jour, la nuit, la mort, la vie et la nature.
igS LA RE LIGION VENGÉE.
Les ressorts des esprits , les rênes des états , Les désirs des sujets , les vœux des potentats ; La splendeur de son front à peine est-elle émue , Que jusque dans ses flancs la terre se remue. Il dirigeoit alors le cœur de Constantin , Qui , monarque absolu de Tempire latin , Sur les débris sanglants de Terreur étouffée Lui dressoit a Byzance un superbe trophée.
Pour éprouver le cœur de ce jeune héros Dieu permit qu' Arius dévoilât ses complots ; Homme vain , qui , pétri d'orgueil et de souplesse , Unissoit du serpent la fureur et Tadresse , Et qui j tendant partout les filets de Terreur , Embarrassa le monde , et surprit Tempereur. Ce fut alors , mortels , qu on connut Thérésie. Une fausse pudeur couvroit sa frénésie ; Mais sitôt que le masque k son front arraché Laissa voir la laideur de ce monstre caché , Par les cris des Latins la Grèce réveillée Rejeta le poison dont elle étoit souillée ; Et Rome , aux ariens annonçant des revers , Centre de la lumière , éclaira Tunivers : Elle sera toujours le flambeau de TEglise.
Constantin , revenu d'une longue surprise , Des pères de Nicée adopta les arrêts , Et fut Theureux vengeur de leurs sages décrets. Quel bonheur si son règne eût servi de modèle , Et de ses successeurs éclairé le faux zèle !
Mais son indigne fils, Tingrat Contantius, Héritier de son sceptre , et non de ses vertus ,
Oublia que le Cbrist , en proie aux hérétiques ,
De nouveau déchiré par leurs mains fanatiques ,
Avoit placé son père au faite des grandeurs ,
Ranimé des Romains les antiques ardeurs ;
Que Dieu, premier auteur de toutes leurs conquêtes ,
Sous un sceptre de fer écrasera les têtes
Des premiers oppresseurs de la foi des chrétiens.
Nous sommes leurs sujets , et les rois sont les siens.
Bientôt Constantius y assailli par les Perses ,
Trop fbible pour porter le fardeau des traverses ,
Rassasié d'ennuis , dévoré de remords ,
D*un trône chancelant descendit chez les morts.
Julien , oppresseur de TEglise enchaînée , Poursuivit sur Fautel cette mère étonnée Qu*un fils osât plonger le poignard dans son flanc , Et tarir sans pitié la source de son sang.
Sous d'autres empereurs l'Eglise se repose : Mais, pour la délivrer , il falloit Théodose ; • Un seul de ses regards vainquit ses ennemis. Pourquoi fut-il si grand ? C'est qu'il fut plus soumis. Moins jaloux d'acquérir une gloire profane , Il crut que de Dieu seul toute grandeur émane. L'Eglise respira sous son autorité ; Son règne fiit celui de la Divinité.
Ame de ce héros , contemple ton empire ; Vois dans son sein ouvert l'erreur qui le déchire ; Ecoute des Romains les lamentables cris , Et parcours de leurs murs les immenses débris : Tu verras des combats , tu verras des ravages , Et, parmi les lauriers qui bordoient tes rivages ,
Tu verras des cyprès , et des tombeaux ouverts. Quel principe étranger causa tant de revers ? Comment Héraclius, suscité par Dieu méme^ Plus grand par ses vertus que par son diadème , Toïnba-t-il tout k coup dans les plus grands excès , Et perdit-il sa gloire au milieu des succès? Cest qu'infidèle k Dieu, soumis k Thérésie j La terreur s'empara de san ame obscurcie ; Que y cbercbant dans Terreur son guide et son appui , Le glaive de la mort s'appesantit sur lui.
Pourquoi les Sarrasins , les Sclavons , les Bulgares y Ce déluge de Huns , de Goths , et de Barbares , Vinrent-ils arborer leurs étendards sanglants Jusqu'au pied du palais des empereurs tremblants? Cest que l'état, en proie aux guerres intestines. Agité par le vent des nouvelles doctrines, Partagé , dévoré , dégradé par l'erreur, Ne put de ses voisins repousser la fureur. Ainsi l'Isaurien , chef des iconoclastes, Perdit en moins d'un an les états les plus vastes ; Trompé par les Lombards , trahi par ses sujets , Il vit évanouir sa gloire et ses projets.
Que la terre , de crainte et de honte saisie , Se rappelle en ce jour ce que peut l'hérésie : Un pasteur de chameaux , un obscur séducteur, Ambitieux, hardi , fourbe, adroit, imposteur. Du monde oriental médite la défaite :
Législateur, guerrier, souverain et prophète. Cet Arabe insolent , descendu d'Ismaêl , Altère , travestit les dogmes d'Israël ,
CHANT HUITIÈME. aoi
Et mêle quelques traits de morale chrétienne Avec l'impureté de la Vénus païenne.
L'extase épileptîque ouvre à ses yeux le ciel ; Il reçoit F Alcoran des mains de Gabriel ; Exilé de la Mecque , il soulève Médine ; Il conduit sur ses pas la mort et la ruine : Le monde avec frayeur adore son tyran, Et courbé sous le sabre embrasse l' Alcoran.
Elevé dans les camps et nourri dans la guerre , Le musulman paroit, et subjugue la terre : Pontife dans le temple , amant dans le sérail , Un calife absolu tient seul le gouvernail : Tout tremble sous le joug du sombre despotbme , Qui lui-même est soumis aux lois du fenatisme. Mabomet proscrivit la douce liberté , Et ne vit de bonheur que dans la volupté. Cette erreur , qu'enfanta le délire du spasme , S'établit par le fer et par l'enthousiasme ; La victoire long- temps suivit ses étendards , Ebranla , renversa le trône des Césars ; Et y malgré ses revers , elle captive encore Le Grec et le Persan , l'Indien et le More.
Quiconque, enorgueilli des forces d'un état, S'endort tranquillement sur la foi du soldat, Qui s'admire , enivré de sa vaste puissance , Qui des événements méprise l'inconstance, Qui , s'éloignant du ciel , compte sur ses trésors , Et dans l'iniquité respire sans remords , Doit tourner ses regards sur ces villes en poudre , Sur ce port si souvent éclairé par la foudre ,
aoa LA RELIGION VENGÉE.
Où le croissant impie , élevé sur la croix , Donne un exemple au peuple , une leçon aux rois.
Les Grecs , toujours instruits et toujours infidèles , Secouèrent enfin ces chaînes mutuelles Qui , liant leur Eglise aux pontifes latins y Assuroient leur croyance ainsi que leurs destins : Un déluge de maux vint fondre sur leurs têtes ; L'Orient excita de nouvelles tempêtes , Qui sur Constantinople épuisant leurs fureurs En firent un séjour de scandale et d'iiorreurs.
Connoissez maintenant, vous qui jugez la terre , D'où descendent sur nous et la paix et la guerre ; Quel bras fonde et détruit les empires iameux. Quelle main nous énerve , ou nous rend belliqueux , Et sachez que la foi , la piété des princes , Sontlesseulsboulevardsqui couvrent leurs provinces : Tout empire leur doit sa force et son éclat : La foi défend les mœurs , les mœurs sauvent l'état.
Tels sont les fruits amers qu'enfante l'hérésie. De quel trouble en Europe a-t-elle été suivie ! Quel sang a fait couler l'erreur des Albigeois Dans cette portion de l'empire gaulois Que Cérès enrichit , que le soleil contemple , Mais où la vérité ne trouvoit plus de temple ! Dieu ! quel temps ! quelles mœurs ! quelle corruption ! Quel excès ! quel faux zèle ! et quelle ambition ! Le sage, toujours juste et jamais fanatique, Punit l'hérésiarque , éclaire l'hérétique ; Il épargne le sang... Mais quel siècle de fer S'ouvrit devant les pas du farouche Luther,
CHANT HUITIÈME. ao3
Quand , de son &natisme exhalant ramertume y Sous le poids des marteaux il fit gémir Fenclume ,• Du Saxon , du landgrave y ensanglanta les mains , Et divisa la force et le cœur des Germains !
Quelle dissension , quelle fureur marâtre Enfanta de Calvin la secte opiniâtre !
Les peuples , ces appuis , ces victimes des grands y Combattoient pour le ciel , et servoient leurs tyrans. Au sein de ses roseaux la Seine épouvantée Tremble de voir encor son urne ensanglantée : Elle a toujours présents ces jours infortunés Où nos concitoyens , Fun sur Tautre acharnés , Insultant a Fhonneur , étouffîint la nature , Déshonoroient la foi sans venger son injure. Parcourez des Henris les fastes immortels y Vous verrez ce que peut le zèle des autels : Le sang encor bouillant fume dans ma patrie ; Tous les monts d'alentour retracent la fiurie De ces peuples errant dans leurs déserts glacés , A rinstant réunis , à Finstant dispersés.
La révolte et l'erreur ont la même origine ; L'intérêt les unit, l'orgueil est leur racine. L'humble soumission rend les rois des Titus ; Elle soutient leur trône, et nourrit nos vertus.
Mais de ces novateurs quelle est donc la réforme? Le corps de leur doctrine est-il plus uniforme , Le dépôt de leurs lois plus sacré , plus divin 7 Le peuple suit encor les dogmes de Calvin , ♦ Tandis que ses docteurs , livrés k Fégoïsme , Sociniens masqués , inclinent^ au déisme ;
3fo4 LA RELIGION VENGÉE.
Chacun d'eux en secret interprète la loi ; Chacun est son pontife , et juge de sa foi : De tout frein, de tout joug, la réforme affranchie Erre sans gouvernail et vit dans T anarchie - Qu'attendre d'une secte où l'orgueil, l'intérêt. Examinent la cause et prononcent l'arrêt? Contemplez maintenant l'Église catholique : Elle fixe et prescrit la croyance publique ; Ses décrets sont portés , ses dogmes définis , Par le corps des pasteurs sous un chef réunis : Rien ne coupe le fil de sa tige féconde ; Sa naissance remonte aux éléments du monde ; Sa tète est dans les cieux , et ses bras triomphants Embrassent les deux bouts de la chaîne du temps. O vous donc qui , frappés d'une feusse lumière , Voulez ou trop étendre ou borner la carrière Dans laquelle , guidés par la tradition , Nous suivons nos pasteurs sans rompre l'union , Réprimez les écarts de vos plumes critiques : La nouveauté désigne et fiait les hérétiques. Vous voulez de l'Eglise être les correcteurs : Retranchez les écrits , corrigez par vos moeurs, Éteignez le flambeau de vos haines fatales, Humiliez l'Orgueil , dissipez les cabales. Une mitre enlevée a vos désirs ardents , Des honneurs échappés a vos vœux imprudents , Que sais-je ! le désir de remplir un théâtre , D'attirer sur vos pas une foule idolâtre Qui reconnoisse en vous un envoyé du ciel , Serve votre vengeance , t)u verse votre fiel ;
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Voila les grands moti& » les raisons lumineuses j Pour vous débarrasser de ces chaînes heureuses Qui , du catholicisme unissant les ressorts , De Tunivert entier ne composent qu*un corps. Assez , sans vos fureurs , la discorde et la guerre Ont fait gémir la paix qui régnoit sur la terre : L'intérêt a déjà rallumé leurs flambeaux -y L'Océan s'est courbé sous le poids des vaisseaux ; L'Asie est menacée , et l'Europe est en armes : Gardez-vous de grossir la source de nos larmes. Mais non , France y le Dieu protecteur de ta foi Est monté sur ton trône et règne avec ton roi : Louis y législateur de l'Europe soumise , Mérite le grand nom que lui donne l'Eglise ; Sa justice a plus fait que les cent mille bras Que la gloire et Villars guidoient dans les combats. Le succès est souvent le fruit de l'artifice ; On résiste à la force , et non à la justice : L'une asservit le corps, l'autre enchaîne l'esprit; La force nous soumet , mais son joug nous aigrit.
Poursuis , grand roi , poursuis tes hautes destinées ; Le repos général dépend de tes années : Nos beaux jours sont venus , nos destins sont remplis y L'olive et les lauriers croissent avec les lis. Regarde ce vieillard que la pourpre environne Au paisible palmier suspendant ta couronne ; Consulte ce Nestor, ce symbole du temps , Dont l'hiver mémorable efiace le printemps , Qui dure sans changer, qui renaît de lui-même, Et dont les jours comptés par un peuple qui l'aime ,
ao6 LA RELIGION VENGÉE.
Semblent servir les vœux et Tespoir des mortels , Et pour notjre bonheur devenir éternels : Actif mais patient , modéré mais sévère , Il termine toujours le projet qu'il diffère. Dans un double repos tient TEglise et Tétat, Chérit Tordre, la paix, et redoute l'éclat. Puissent tous les François par leurs vœux unanimes Conserver à la cour ses mœurs et ses maximes ! Vainement de Terreur on éteint le flambeau ; Elle sort de sa cendre et renaît du tombeau : L'Orgueil pourroit encore armer le fanatisme , Nourrir Tenthousiasme , et fomenter le schisme ; Mais la corruption des cœurs et des esprits , Le poison des discours, Taudace des écrits, Le venin déguisé de la philosophie , Dont s'arment aujourd'hui Tincrédule et l'impie , Voila le vrai trésor des armes de l'Orgueil. Evitons le naufrage en découvrant Técueil.