‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 19 sur 96 · LES ROIS · texte numérisé non relu

LES ROIS

Toi qui vis tomber les colonnes Des états les plus florissants , Toi qui vis briser les couronnes Des souverains les plus puissants , O Terre, 6 fëconde Cybèle, Tu caches dans ton sein fidèle Les fastes des siècles divers :

Ouvre a ma muse qui t'appelle Les archives de l'univers.

Montre-moi sous leurs pyramides Ces rois dans la tombe ignorés , Ces rois fastueux et timides Jadis sur le trône adorés :

Leur nom n'a duré qu'une aurore.

En vain le marbre couvre encore Les vains débris'de leur cercueil ; Le temps a chaque instant dévore Les monuments de leur orgueil.

Tu vis sortir de tes entrailles Ces héros , tyrans des humains ,

Dont le dieu sanglant des batailles Armoit les sacrilèges mains.

Que les émules d'Alexandre Bravent sur des palais en cendre Et la fortune et ses revers :

Bientôt tu les verras descendre Dans les tombeaux qu ils ont ouverts.

Je sais qu'Achille , que Thersite , Etoient soumis au même sort; Qu'un même bras nous précipite Dans les ténèbres de la mort :

Mais Tile infime de Caprée Vit tomber l'idole abhorrée Du cruel maitre de Séjan ; Et la terre , encore éplorée , Encense Fume de Trajaja.

Princes dont la cendre repose Au pied des plus riches autels , Souvent, malgré l'apothéose , Vous êtes l'horreur des mortels :

En vain , dans vos palais nonirie , La folle et basse flatterie Chante vos hymnes en tout lieu ; Le temps détruit l'idolfttrie , Et brise l'autel et le dieu.

Rois, laisses aux peuples sauvages Le droit injuste du plus fort :

LES ROIS. 23f)

La crainte arrache nos hommages , L'amour les obtient sans effort.

Serrez moins le nœud qui nous lie ; Notre orgueil à regret se plie Au joug rigoureux du pouvoir :

L'amour, plus noble , multiplie Nos soins , que borne le devoir.

Dans vos sérails impénétrables , Sultans , esclaves couronnés , Vous traînez des jours déplorables , Des jours de trouble environnés.

Pour rendre la terre fèconde Le soleil sort du sein de Tonde Et s'ouvre un chemin vers les cieux :

O rois j rendez heureux le monde En vous offrant à tous les yeux.

Voyez sur les bords de la Seine Ce prince , l'amour des François ; La Victoire qui le ramène Annonce à grands cris nos succès :

Son peuple l'entoure et le presse ; Le zèle se change en ivresse ; On aime , on adore ses lois :

Excès d'une juste tendresse Qui fait le bonheur des grands rois.

Ne craignons pas que sa mémoire Se perde dans l'ombre du temps ,

Ni que le grand jour de Thistoire Ternisse ses faits éclatants Minerve le suit à la guerre ^ I Thémis gouverne son tonnerre ; Il n'est armé que pour la paix , Et ne veut enchaîner la terre Que par le lien des bienfaits.

On dira : Quel dieu favorable Accorda Louis aux humains?

Son amitié ferme et durable Soutint le trône des Romains :

Dans son tribunal despotique Jamais la liberté publique N'expira sous l'autorité :

Les ressorts de sa politique Furent les Ipis de l'équité.

Né sur le trône , il fut sensible ; Juge , il ressentit la pitié ; Souverain , il fut accessible ; .

Monarque , il connut l'amitié.

Que sa justice et son courage, Que son nom béni d'âge en âge , Des siècles percent le chaos :

Qu'il soit le modèle du sage , Qu'il soit l'exemple des héros.

Sans' avoir le pinceau d'Apelle , Disciple de la vérité

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