A M. LB DUC OB ITIVBEIIOIS
Sages sans lois y brillants sans imposture ,
Coulez mes vers enfiints de la nature :
N'affectez rien ; que la main du hasard
Amène tout , jusqu'aux règles de Fart.
Le naturel est le sceau du génie ,
L'appui du goùt^ l'ame de l'harmonie.
Sacrifiez a la simplicité
Le faux éclat d'un style brillante^
Rayon subit , étincelle imprévue ,
Qui frappe , étonne , et jamais ne remue.
N'imitez pas ce jargon languissant,
Ces vains essais d'un poète impuissant ,
Qui, destructeur des jardins de Gythère,
Ne peut sans rose habiller sa Glycère.
Fuyez encor les tours trop délicats ,
Des concetti l'inutile fracas ,
Tous les feux jours des tournures nouvelles,
D*uii fade auteur pénibles bagatelles.
En aiguisant , en limant de trop près , L'art aObiblit la pointe de ses traits ; Trop de recherche avilit la peinture, Et d'un tableau fait une miniature.
Lorsqu Arachné , sur des métiers divers , L'aiguille en main coloroit l'univers y Que de l'Olympe elle étendoit le voile , Ou captivoit l'Océan sur la toile ; Le goût du vrai , mariant ses couleurs , Leur ménageoit le teint même des fleurs , Ce velouté, cette aimable jeunesse Dont la fraîcheur fait toute la richesse : Il leur donnoit ce ton de vérité , Original , s'il est bien imité ; Cet ordre prompt ou lent dans les nuances Qui semble unir et lier les distances , Associer le soleil à*la nuit, Et joindre l'ombre au jour qui la détruit. Par le succès Arachné pervertie Avec le goût perdit la modestie , Et, défiant la rivale de Mars, Lui disputa l'empire des beaux-arts.
Mais son orgueil annonçoit sa fbiblesse ; Un seul regard lancé par la Sagesse Anéantit l'ouvrage et le talent :
Arachné change , et son corps chancelant Devient bientôt un insecte inutile , D'un vain réseau réparateur futile.
Que de trésors par Arachné perdus !