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Si tes aïeux les connétables , Si les Concis , l«s Châtillons , Et tant de héros respect^ibles Dont Plutus usnrpe les noms , Du fond de leurs tombeaux funèbres, Où la mort les tient enchaînés , S'of&oient, vainqueurs de leurs ténèbres, Aux yeux des François étonnés ; Quelle tristesse pour des hommes Si fiers , si simples , et si grands , De voir, dans le siècle où nous sommes , Le luxe confondre les rangs *, De voir tant de flatteurs .commodes Encenser nos foUes erreurs , Et sur Tinconstance des modes Régler le principe des mœurs ; Aux traits de la plaisanterie De voir le zèle assujetti , L^amour sacré de la patrie En paradoxe converti , La Religion en problème , Le sophisme en raisonnement,
a6o ÉPITRE H.
L'afireux pyrrhonisme en système ,
Et la débauche en sentiment;
De voir la beauté dissolue
Proscrire par des ris moqueurs
La flamme tendre et retenue
Qui brûloit jadis dans les cœurs ,
Et , toujours foîble sans tendresse ,
Toujours vive sans passion ,
Immoler à Tillusion
L'honneur, la gloire, et la sagesse ;
De voir enfin la volupté ,
Esclave de l'hypocrisie ,
Sacrifier par vanité
Les plaisirs permis de la vie ,
Pour servir dans l'obscurité
L'intempérance , la folie ,
Et les vices que multiplie
L'espoir de leur impunité !
Quels jours, diroient ces fières ombres,
Ont suivi nos âges heureux !
Quels voiles , quels nuages sombres
Couvrent le front de nos neveux !
C'est la vertu , non la naissance ,
Qui rend les héros immortels ;
Et leurs monuments qu'on encense
Sont devenus par sa puissance
Moins des tombeaux que des autels.
Eh ! pourquoi les noms que vos pères
Ont illustrés dans les combats
Deviendroîent-ils héréditaires,
SUR LES MOEURS. a6i
Si leurs vertus ne le sont pas ?
Vos mœurs n*ont plus que la surface
Du vrai , de Thonnète et du beau ;
Votre amour est une grimace ,
Votre zèle un piège nouveau.
Uesprit mêlé dans tous vos vices
Leur donne un ton de dignité
Qui dérobe à des yeux novices
L*horreur de leur difformité.
La haine conduit sur vos traces
Le fantôme de Tamitié :
La noirceur y par la main des Grâces ,
Etouffe j en riant , la pitié.
Quelle difference d'usages !
Et quels contrastes dans les cœurs !
Le temps avec de nouveaux âges
Amène de nouvelles mœurs.
Notre probité plus chrétienne
Joignoit sans art et sans éclat
La fermeté stoïcienne ,
A la franchise du soldat.
Moins fastueux dans nos promesses ,
Moins simulés dans nos refus ,
Nous ignorions l'indigne abus
De colorer par des souplesses
Une amitié qu'on ne sent plus ;
De fesciner par des finesses
Les yeux pénétrants des Burrhus ;
Sous les dehors des Régulus
De cacher les armes traîtresses ,
afo ÉFITRE IL
Et les noirceurs des Maalin»; De conserver dans les bassesses L'air indépendant des Brutns , Et le langage des Luciéoes Dans le culte impur de Vénas.
Le peuple yoyoh sans murmure Le pouvoir des grands et des lois.
Assujettie a ses emplois , Jadis Topulente roture N*osoit aspirer a nos droits :
L*or n'illustroit pas autrefois ; Et la noblesse, alors plus pure, Naissoit dans le sein des exploits.
Quels jours omh pour les critiques !
Mars anobKssoit les vainqueurs; Point de contrats problématiques ; Plus clairs , plus vrais , plus authentiques , Les titres étoient daitfs les cœurs.
Alors nos chars , dans la carrière Conduits par le faste et le bruit , N'écrasoient pas sur la poussière Ce peuple avide qui vous suit.
Mais la fierté mâle et guerrière , Le zèle ardent, l'amour des lois, Du Louvre entr ouvroîent la barrière , Et nous annoncoient a nos rois.
Ami , ce portrait vérîdique , Si digne de nos bons aïeux , N'est pas le travail fantastique D'un cerveau foîble ou vaporeux :
SUR L£S MOEURS. p63
On n^y suit point du premier âge Le roman tant de foi» cité , Ni le pédantesque étalage Des beaux jour» de Tantiquité.
Cest un tableau que les Join^lles Et les Gomiaes ont tnoé, Qui par le faste de nos TiUes Est terni , sans être eflhaé.
Ces âges , tmtés de gxithiques, Étoient les âgesdes Bayarda :
Siècle de la gloire et de Mars , Où les vertns , moins politiqmes y Régnoientà la place des arts.
Les François , nourris dans les armes , Invitoient Bellone a leurs jeux :
Les ris s*uniasoient aux alarmes :
L'Amour, devenu belliqueux, Sous Tacier déroboitses cbarmes Et les trésors de ses «faéveus.
Alors la tranquille innoeenee Etoit compagne des plaisirs, Et l'on vouloit que la décence F&t Tinterprète des désirs.
Mais cette vertu fabriquée, Qu'affichent efncor les mortels , N'est plus qu'une idole tronquée Qui déshonore les autels^ La politesse est une éconce Qui couvre un cœur fourbe ou léger :
Le ton du monde est une amorce
aô4 . ÉPITRE IL
Qui nous en cache le danger ;
Le savoir , un vain étalage
De mémoire et de vanité ;
Notre raison , un badinage
Où succombe la vérité.
Mais comme l'esprit assaisonne
Et nos vices et nos erreurs ,
Avec succès on déraisonne ,
Avec grâce on flétrit les mœurs.
Oh ! j'aime mieux la courtoisie
De nos antiques chevaliers,
Que le fiel mêlé d'aiùbroisie
De nos voluptueux guerriers.
L'encens que brùloient pour leurs clames
Ces amis de la vérité
Faisoit l'éloge de.leurs flammes
Et du pouvoir de la beauté.
Mais cette gloire diflamante
Qu'on cherche dans le changement
Est, k la honte de l'amante ,
Un vice applaudi dans l'amant.
Illustre ami , que de folie , Que de néant dans les esprits I Tous les excès qu'on multiplie Sont prévenus par tes mépris :
D'un œil philosophe et tranquille Tu vois les intrigues des cours : »
Que ton exemple un jour utile En arrête a jamais le cours !
Une divinité volage
SUR LES MOEURS. a65
Nous anime et nous conduit tous ; C'est elle qui dans le même âge RenouTelle cent fois nos goûts :
Ainsi y pour peindre l'origine De nos caprices renaissants , Regarde une troupe enfiintine, Qui , par des tuyaux différents , Dans Tonde où le savon domine Forme des globes trâtnsparents.
Un souffle à ces boules légères Porte l'éclat brillant des fleurs , De leurs nuances passagères Un souffle nourrit les couleurs :
L'air qui les enfle et les colore , En voltigeant sous nos lambris , Leur donne ou la fraîcheur de Flore , Ou le teint ambré de l'Aurore , Ou le vert inconstant d'Iris.
Mais ce vain chef-d'œuvre d'Éole , Qu'un souffle léger a produit , Dans l'instant qu'il brille et qu'il vole , Par un souffle s'évanouit.
François, connoissez votre image :
Des modes vous êtes l'ouvrage , Leur souffle incertain vous conduit.
Vous séduisez ; l'on rend hommage A l'illusion qui vous suit :
Mais ce triomphe de passage , Efiet rapide de l'usage , Par un autre usage est détruit. '^
< Il I « 1
ÉPITRE IIL
4 M. LB^fl. DB
Vous q[ui save^ donner les couleiics les plus sages Aux traits les plus hardis , aïoLphis vÎTes images , Exécutez le plan que voub m^arez tracé , Et guidez un pincean dims mss mains déplacé.
Cette trompenseecreurdontlemiondeestrettipire , Plus aimaUe Si saisiv cpie fiicile a décrive , Rivale de Famoury et Steur de labeanté , A qui Vénus donna le nom de volupté, Dans un cercle rempli de jeunes Sybarites , Célébroit les douceurs des lofs qu'dle a prescrites , Contente si les coeurs lui portent pour tributs Des plaisirs ignorés , ou de nouveaux abus. Gbaque moment ajoute au cbavme de Fent^ndre ; Sa voix devient plus douce, et sa beaufté plus tendre ; Un sceptre de' cristal arme ses jeunes mains, Et ce sceptre a^gité &it moarroîr les bnmains : Quand tout à coup les chantsdes fiiunes , de^baccban tes, Annoncent à grand bruit le dieu des corybantes ; Bacchus vient sur son cbar demaftider en vainqueur Et la main de*la nymphe, et son trône , et son cœur.
Le satyre enivré , la ménade effirénée , Sup leurs sistres aigus célèbreni Thyménée ; La volupté soiipipe> et d'uu œil languissant Invoque en vaisi Famour, et cède en rougissant. A cet hymen forcé les sylvains applaudirent, Tous les bois d'alentour à leurs cris répondirent; Et le ciel en courroux nluiudit le monstre affreux Que devoit mettre au jour ce couple malIieureujL : Bientôt Tévènement confirma le présage.
Des amouts de Bacchu»nal« le libertinage , Monstre dont les progrès rapides et constants S'étendent sans etbnt, et résistent au t^u^ : Ses beaux yeux sont rempli» des charmes de sa mère; Son cœur fbible est ouvert aux excès^ de son pève ; Fourbe y il prend de l'amour et l'enfainee et les traits; La raison se déride en voyant ses attraits : La jeunesse le suit sur la foi de ses charmes , Badine avec son arc y se joue avec se» a#mes , Serre , brise ses nœuds avec &cilité , Et , prise dans ses fers y se croit en liberté. Tranquille, elle sourit au dieu qui la caresse ; Dans ses bras amoureux l'imprudente le presse : Quand tout k coup saisis d'une douce langueur Ses bras sont accablés sous le poids du vainqueiur. A ce trouble inconnu la jeunesse alarmée Veut éviter les traits du dieu qui l'a charmée ; Mais , hélas ! ses combals se changent en plaisirs , Ses craintes en espoir, ses remords en désirs : Confuse , elle retombe au milieu de ses chaînes ; Un qharme involontaire accompagne ses peines ;