ÉPITRE IV
Qui foule aux pieds Forgueil, le luxe et l'abondance , Qui vit content de peu, connoltTindépendance; Au-dessus de la crainte , au-dessus de Tespoir, La règle de son cœur est la loi du devoir. Juge sans passion , censeur sans amertume , Aux fureurs des partis il ne vend point sa plume : En prodiguant le fiel et Fencens tour à tour, Il ne sait point servir et la haine et Famour. Des rayons de la foi son ame pénétrée Aux conseils de Ferreur a fermé toute entrée :- Trop fier, trop vertueux pour adorer les grands, Il pèse avec sagesse et les noms et les rangs : Son esprit éclairé craint qu'on ne le soupçonne De confondre a la fois le titre et la personne ; Et qui veut mériter son culte et ses tributs A la place des noms doit offrir des vertus. Né pour Fobéissance , et non pour Fesclavage,
Du temple au pied du troue il porte son hommage ,
Et lorsque sa raison s'arme contre la loi ,
Il Tenchalne aux autels , et Fimmole à la foi.
Mais ne supposez pas qu'un zèle fanatique
Couvre de ses desseins la marche politique ;
Spectateur inconnu dans ce vaste univers ,
Ses yeux sur les grandeurs soiit foiblement ouverts ;
Il n'est rien dans les cours qu'il adore ou qu'il brave :
Outrager est d'un fou , flatter est d'un esclave.
Il faut bannir l'audace et non la liberté ,
La balance à la main peser la vérité ,
Ne jamais applaudir aux foîblesses des hommes ,
Ne point trop éclairer le néant où nous sommes ;
Et , respectant toujours le pontife et les rois ,
Nous taire, mais oser Ëiire parler les lois.
C'est ainsi que , soumis au joug de la prudence , Nous soutenons les droits de notre indépendance , Ami , lorsque l'hiver, entouré de frimas , Souffle du fond du nord la glace en nos climats, Lorsqu' assis sous un toit où les muses président , Où la vérité parle, où les fronts se dérident, Eclairés par l'histoire , amusés par les vers , A notre tribunal nous citons l'univers.
La cour offre a nos yeux de superbes esclaves , Amoureux de leur chaîne^ et fiers de leurs entraves; Qui, toujours accablés sous des riens importants. Perdent leurs plus beauxj ours pour saisir des instants. Qu'il est doux de les voir, dévorés d'amertume , S'ennuyer par état, et ramper par coutume , Tomber servilement aux pied§ des favoris ,
Beknis. ig