‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 32 sur 96 · ÉPITRE IV · texte numérisé non relu

ÉPITRE IV

Des biens du malheureux mendier les débris ,

Et, du vil intérêt ministres et victimes ,

Perdre dans les revers le fruit de tant de crimes !

Heureuse , disons-nous , la douce obscurité , Qui des fers de la cour sauve la probité ! Mais plus heureuse encor la sagesse constante D*un mortel tout-puissant que nul appât ne tente ; Qui , semblable à Burrhus , vertueux sans orgueil , Evite le danger sur le bord de Técueil ; Qui, dans les flots bruyants d*une cour importune, Aux pieds de la justice enchaîne la fortune !

Un esprit libre et sage erre avec sûreté Dans les cercles divers de la société : Sévère sans aigreur, et fier sans insolence , Vif sans emportement, calme sans indolence ,* Exact observateur de T usage inconstant, n s'abaisse à propos , se resserre ou s'étend : Pour la seule vertu toujours invariable , Il soufFre les méchants sans devenir coupable : Tel Fastre bienfaisant qui règle les saisons Eclaire un lac impur sans souiller ses rayons.

Prêtons-nous sagement aux misères humaines : Plaignons l'homme captif sans partager ses chaînes; Ami , n'achetons point aux dépens des vertus L'inconstante faveur de l'aveugle Plu tus. Un dieu sage a pesé dans la même balance Les différents états de l'humaine opulence. Loin de l'aisance honnête il bannit les remords : Il joint la peine aux rangs , et les soins aux trésors ; Et, pour nous conserver une ame non commune,

Son bras de nos foyers écarte la fortune. Evitons les erreurs de Tindocilité , Et les honteux excès de la crédulité.

Que je vous plains , 6 vous , dont l'esprit tributaire , De qui veut l'asservir esclave volontaire , Prêt a tout soutenir comme a tout renverser, Attend avec respect un ordre pour penser ! Vous y intrigants obscurs , ambitieux reptiles , Asservis dès l'enfance à des dehors utiles , Qui marchez vers le trône à l'ombre des autels, Et ne chantez les dieux que pour plaire aux mortels; Et vous , froids complaisants , dont l'ame mercenaire Epouse san& remords le vice qui peut plaire , Flexibles instruments des passions d' autrui , Vivez dans l'esclavage , et mourez dans l'ennui. J'aime mieux un tilleul que la simple nature Elève sur les bords d'une onde toujours pure , Qu'un arbuste servile , un lierre tortueux , Qui surmonte en rampant les chênes &stueux.

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