ÉPITRE VIL
Il en seroît encor le dîeu.
Les travaux de notre jeune âge Sont toujours les plus éclatants ; Les grâces , qui font leur partage , Les sauvent des rides du temps.
Moins la rose compte d*instants , Plus elle s^assure Thommage Des autres filles du printemps.
Réponds-moi , célèbre Voltaire, Qu'est devenu ce coloris , Ce nombre, ce beau caractère Qui marquoit tes premiers écrits , Quand ta plume vive et légère Peignoît la joie , enfiint des ris , Le vin saillant dans la fougère , Les regards malins de Cypris , Et tous les secrets de Cythère?
Alors , de l'héroïque épris , Tu célébrois la violence Des Seize , tyrans de Paris, Et la généreuse clémence Du plus vaillant de nos Henris ; Alors la sublime éloquence Te pénétroit de ses chaleurs :
Les grâces et la véhémence Se marioient dans tes couleurs ; Et, par une heureuse inconstance , De ton esprit en abondance Sortoient des foudres et des fleurs.
Mais cette chaleur éclairée
A MES DIEUX PÉNATES. iSy
Qui se répandoit sur tes vers , Par tes grands travaux modérée , Semble enfin s'être évaporée Comme un nuage dans les airs.
Tandis que ma muse volage , Par un aimable égarement, S'arrête oh le plaisir l'engage , Et donne tout au sentiment , L'ombre descend , le jour s'eflace ; Le char du soleil, qui s'enfuit, Se joue en vain sur la surface De Fonde qui le reproduit :
L'heure impatiente le suit , Vole , le presse , et dans sa place Fait succéder l'obscure nuit.
Que dans ma retraite , éclairée Par la présence et le concours Des dieux enfants de Cy thérée , Les plaisirs , exilés des cours , Du vin de cette urne sacrée S'enivrent avec les amours.
Que mon toit soit impénétrable Aux craintes , aux remords vengeurs ; Et qu'un repos inaltérable Dans cet asile favorable Endorme les soucis rongeurs.
Sur ces demeures solitaires Veillez , ô mes dieux tutélaires !
Déjà Morphée au teint vermeil Abaisse ses ailes légères
Beknis. IQ