ÉPITRE XI
A M. DE ***
De l'urne céleste Le signe funeste Domine sur nous , Et sous lui commence L'humide influence De l'ourse en courroux.
L'onde suspendue Sur les monts voisins Est dans nos bassins En vain attendue.
Ces bois , ces ruisseaux N'ont rien qui m'amuse , La froide Arétbuse
* Celte épltre, qui se trouve dan» rédition originale, Genève, 1 75a , ei dans celle de Londres , 1 767 , manque dans presque toutes les autres. Blin de Sainmore , dans son recueil intitulé : Elite de poésies Jugitii^s, Londres, 1764, trois volumes in-8®, l'attribue k Bernard i nous croyons qu'il y a ici une erreur, car, outre que le cardinal de Bernis l'ait admise dans le premier recueil de ses Œuvres, Voltaire, dans une de ses lettres à ce pr<^lat, en date du 3 auguste , 1769, en cite les six premiers vers. f N. D. )
3o4 ÉPITRE XL
Fuit dans les roseaux :
C'est en vain qu'Alphée Mêle avec ses eaux Son onde écliauffiée.
Telle est des saisons La marche éternelle.
Des fleurs , des moissons , Des fruits , des glaçons :
Ce tribut fidèle , Qui se renouvelle Avec nos désirs , En changeant nos plaines Fait tantôt nos peines., Tantôt nos plaisirs.
Cédant nos campagnes / Aux tyrans des airs ,
Flore et ses compagnes Ont fui ces déserts ; Si quelqu'une y reste Son sein outragé , Gémit ombragé D'un voile funeste , Et la nymphe en pleurs * Doit être modeste Jusqu'au temps des fleurs.
* Yar. La nymphe modeste Versera des pleurs Jusqu'au temps des fleurs.
SUR L'HIVER. 3o5
Quand d'un vol agile L'amour et les jeux Passent dans la ville , J'y passe avec eux.
Sur la double scène , Suivant Melpomène Et les jeux nouveaux*, J'entends le parterre Marquer les dé&uts En juge sévère.
Là 9 sans afiecter Les dédains critiques , Je laisse avorter Les brigues publiques.
Du beau seul épris, Envie ou mépris Jamais ne m'enflamme ; Seulement dans l'ame , J'approuve ou je blâme , Je bâille ou je ris.
Dans nos folles veilles , J'irois de mes airs Frapper vos oreilles :
Après nos concerts ,
* Va». Et ses jeux nouveaux ,
Je yais Toir la guerre
Des auteurs nouveaux
Qu'on juge au parterre.
Be.ms. ^q
3o6 ÉPITRE XI.
L'ivresse au délire Pourra succéder.
Sous un double empire Je sais accorder Le tyrse et la lyre ; J'y crois voir Thémire, Le verre à la main Chanter son refrain ; Folâtrer et rire.
Quel sort plus heureux , Buveur amoureux.
Sans soins, sans attente, Je n'ai qu'a saisir Un riant loisir, Pour l'heure présente Toujours un plaisir, Pour l'heure suivante Toujours un désir.
Coulez mes journées , Par un nœud si beau Toujours enchaînées , Toujours courownées D'un plaisir nouveau*.
Qu'à son gré la parque
Hâte mes instants ,
Les compte et les marque
* Ces cinq vers manquent dans toutes les éditions ; nous les avons extraits du recueil déjà cité. ( N. D. )
Aux fastes des ans.
Je Fattends sans crainte , Par sa rude atteinte Je serai vaincu , Mais j'aurai vécu.
Sans date ni titre , Dormant a demi, Ici ton ami Finit son épltre.
En rimant pour toi:
Le dernier chapitre , La table où je boi Me sert de pupitre.
De tes vins divers Je serai l'arbitre; Sois-le de mes vers , Je te les adresse.
S'ils sont s/ins justesse , Sans délicatesse y Sans ordre et sans choix, En de folles rimes , On lit quelquefois De sages maximes *.
* Les quatorze vers qui terminent cette éphre sont aussi extraits du recueil de Blin de Sainmore, et manquent dans toutes les autres éditions. ( N. D. )
ÉPITRE XIL