SUR L'ORGUEIL
Je t'appelle et tu fiiis , 6 nature ! ô ma mère ! Ton front est assiégé d'une tristesse amère. Tes yeux dont les regards embellissoient les fleurs , Languissent inondés d'un déluge de pleurs. Qui peut autour de toi répandre ces ténèbres? Quel sang vient de coulersur tes lambeaux funèbres? Quel barbare a flétri le sein qui l'anima? Quel monstre a méconnu la main qui le forma ? L'Orgueil , me répond-elle : il trahit la nature ; Dans mes flancs déchirés j'ai senti sa morsure. Dès qu'il put les connoitre , il sappa mes autels, Et vola de mon sein dans le cœur des mortels. Là , comme en un miroir, le monstre se contemple , Il y règne adoré tel qu'un dieu dans son temple : Ses traits ensevelis sous un fard apprêté ,
Laissent k sa laideur Fombre de la beauté ; Les parfums les plus doux et F encens le plus rare , Fument sur les autels que sa vanité pare. L'amour dont il s'enflamme est son seul aliment, Et les vertus d'autrui , sa honte et son tourment. Il n'est rien de si pur que FOrgueil ne profene , Rien de si révéré que FOrgueil ne condamne. Introduit dans les cœurs qu'il n'a point avilis , En serpent tortueux il sonde leurs replis. Si parmi leurs vertus une (biblesse errante Ternit de ce miroir la glace transparente , Il la suit sourdement de détour en détour, L'annonce avec éclat, et Fexpose au grand jour. Mais si la vérité , démasquant F artifice , De ses projets obscurs ébranle l'édifice , Quel attentat affreux ! quels desseins ! quelle horreur! L'Orgueil humilié devient bientôt fureur. Ce n'est plus un serpent qui rampe sur la terre , C'est un géant armé qui brave le tonnerre ; Qui , pour anéantir l'auguste vérité , Iroit jusques au sein de la Divinité , Percer de mille coups sa rivale obstinée , Et blasphémer le Dieu dont elle est émanée.
3a8 POESIES
La mode est un tyran , des morteU respecté , Digne enfant du dégoût et de la nouveauté ; Qui de Tétat françois , dont elle a les suffrages , Au-delà des deux mers disperse ses ouvrages , Augmente avec succès leur immense cherté , Selon leur peu d*usage, ou leur fragilité. Son trône est un miroir, dont la glace infidèle Donne aux mêmes objets une forme nouvelle. Les François inconstants admirent dans ses mains Des trésors méprisés du reste des humains. Assise à ses côtés , la brillante parure Bssaie, a force d'art, de changer la nature. La beauté la consulte , et notre or le plus pur, N'achète point trop cher son rouge et son azur. La mode assujettit le sage à sa formule ; La suivre est un devoir, l,a fuir un ridicule. Depuis nos ornements jusques à nos écrits. Elle attache k son gré l'estime ou le mépris ; Et, réglant tour à tour tous les rangs où nous sommes , Elle place les sots , et nomme les grands hommes.
DIVERSES. Sag