SUR LA VERTU
Il est une vertu , dont la puissance active Commande aux passions , les calme ou les captive , Arrache enfin notre ame a la séduction , Au sein de ses erreurs désabuse Ixion ; Et, d*un plaisir plus vrai lui présentant Vimage , Dans ses bras enchantés dissipe le nuage. Que nos cœurs sont heureux , quand la loi du devoir De nos plus doux penchants confirme le pouvoir ! Il est une vertu : qui résiste à ses charmes , Vivra dans les douleurs , gémira dans les larmes ; Et devant elle un jour, malgré tous ses efforts , Portera pour tribut le poids de ses remords. Des mortels les plus sourds sa voix est entendue ; Uame qui fuit ses bras y retombe éperdue. Qui connut son pouvoir, qui sentit sa douceur, Pourroit-il la confondre avec son oppresseur? Avec le vice impur, ce complaisant barbare , Qui souffle dans nos sens les flammes du tartare , Nous laisse moissonner quelques stériles fleurs , Sûr, après nos plaisirs , d'éterniser nos pleurs? Si la vertu n'est rien , pourquoi l'humble innocence A-t-elle sur nos cœurs conservé sa puissance ? D'où vient qu'une bergère , assise sur les fleurs ,
33o POÉSIES
Simple dans ses habits , plus simple dans ses mœurs, Impose à ses amants surpris de sa sagesse? Sévère avec douceur, et tendre sans fbiblesse , Elle a Tart de charmer, sans rien devoir a Tart : Son devoir est sa loi , sa défense un regard , Qui , joint à la fierté d*un modeste silence, Fait tomber a ses pieds Taudace et la licence. D'où vient qu'un villageois , assis sous un ormeau , Juge des différends qui naissent au hameau? Pauvre , chargé de soins , et consumé par l'âge , Qui peut l'avoir rendu le dieu du voisinage? Les pasteurs rassemblés viennent autour de lui , Chercher dans ses leçons leur joie et leur appui. Eh ! ne voyez-vous pas, qu'amant de la sagesse, Il est juste sans feste , et prudent sans finesse , Et que l'intégrité conduisant ses projets, De ses concitoyens il s'est fait des sujets ? La vertu- sous le chaume attire nos hommages. Le crime sous le dais est la terreur des sages.