SUR LA VOLUPTÉ
n est une Vénus , non celle qu'Idalie Vit alaiter l'Amour et nourrir la Folie ; Que Neptune admira, que couronna Paris, Et que sous ses berceaux adoroit Sybaris : Mais celle qui remplit les airs , la terre et Fonde. Fantôme du bonheur, et déesse du monde , Ses lois sont nos penchants, ses armes nos désirs. Ses biens Fillusion , ses chaînes les plaisirs. Vivante dans nos cœurs , avec eux elle change ; De nos goûts variés elle suit le mélange ; Paroit, en les guidant, ne pas les conseiller. Et s'endort avec eux pour mieux les réveiller. Sous sa main , qui répand le fiel et Fimposture , Tout mal peut s'embellir, tout bien se défigure. Elle imprime avec art sur le front des vertus , Ce dégoût, cet ennui qu'inspire leur abus; Tandis que dans lés yeux de la fière licence , Elle offre tous les biens qu'assure l'innocence. C'est elle qui dans For brille aux yeux de Crésus , Qui plaît dans Bérénice k Famourenx Titus ; Qui fiiit parler les bois , les prés , la solitude : Enchante sur la scène , et ravit dans l'étude ; Qui fait chercher la paix au milieu des combats;
Qui peut même a la mort attacher des appas ;
Qui , malgré les écueils de la mer mugissante ,
Fait voler sur les flots la voile obéissante.
Douceerreur, dontl'espoir nous trompe et nous nourrit ,
Donne de Tame au sens , et du sens a l'esprit.
Belle , mais dangereuse , aimable , mais frivole ;
Telle est la Volupté , notre fatale idole :
Invisible partout, et présente en tous lieux,
Elle est tout ce qui charme et nos cœurs et nos yeux.