LA NUIT
Déesse paisible des airs , O Lune , embellis l'univers , Et de ta lumière argentée Blanchis la surface des mers :
L'Amour implore ta puissance.
Triste victime de l'absence , Léandre , aimé sans être heureux , Frémit de la barrière immense Que Neptune oppose a ses vœux.
Mais que la fortune trahisse L'indigne amant qui réfléchit !
Sans connoître le précipice , Léandre y vole , et le franchit.
En vain sur les plaines humides Il touche , en étendant les bras , Le sein des jeunes néréides , Et s'égare sur leurs appas ; En vain cent beautés ingénues S'élèvent au milieu des flots :
Toujours moins homme que héros, Il fuit les belles éperdues , Qui , par leur mollesse étendues , Chantent les hymnes de Paphos.
La jeune Doris , plus pressante Et plus sensible a ses refus , Lui tend, d'une main caressante , Un piège inventé par Vénus.
Cent fois la naïade échappée S'attache k son sein embrasé :
S'il plonge , il baise une napée ;