‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 7 sur 96 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

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CHANT PREMIER

J*ai chanté les heures du jour :

Je chante aujourd'hui le retour Et le partage de Tannée.

Flore , que ta main fortunée Présente l'ouvrage à l'Amour.

Dans les antres de la Scythie Vertumne , vainqueur des hivers , Vient de remettre dans les fers

* Ce poërae a été imprimé pour la première fois'à Paris, en 1763, in-8^ (N.D.)

Bkmhis. J

Les (bugeux enfants d'Orilhye.

En vain leurs nffi'eux sifHementA Nous déclarent encor la guerre ; En vain , dans leurs soulèvements, Us ébranlent les fondements De la prison qui les resserre :

Le printemps a sauvé la terre fie leurs cruels emporteinents.

Le fils d'Eolc et de l'Aurore , Zéphire enfin est de retour ; Ses transports ont réveillé Flore; Et les fleurs qui n'osoient éclore S'ouvrent aux feux de leur amour :

La nuit eède j^u jour $pn empire; L'hiver s'enfuit au fond du nord ; Et la nature qui respire Sort des ténèbres de la mort .

Immobile au centre du monde , Le soleil , que nous revoyons , Orne sa tête des rayons Qui rendent la terre féconde.

Déjà des lacs les plus profonds Ses feux ont fondu la surface ; On voit tomber du haut des mont3 Des mpncea\ix de neige et de glace Qui fertilisent les vallons ; Les rochers découvrent leur cime , Dodone lève un front sublime Que respectent les aquilons ; Et , de l'hiver tendre victime ,

Cérès y du sein de nos sillons , Sourit au dieu qui la ranime.

Dans sa cabane confiné , Le berger , au pied des montagnes , Célèbre le mois fortuné Qui vient embellir les campagnes; Tout renaît, tout brille à ses yeux ; Les arbres se courbent en voûte ; L'onde , plus pure dans sa route , Réfléchit rimage des cieux.

Content , il se lève , il s'écrie ; Et tandis que la bergerie Se réveille et s'ouvre à sa voix , Le troupeau , marchant sous ses lois Rondit déjà dans la prairie.

Arbres dépouillés si long* temps Couronnez vos têtes naissantes, Et de vos fleurs éblouissantes Parez le trône du printemps.

Elevez vos pampres superbes Sur le faite de ces ormeaux , Vignes , étendez vos rameaux :

Jasmins , sortez du sein des herbes ; Montez , ombragez ces berceaux :

Et vous, aimables arbrisseaux, Lilas , croissez , tombez en gerbes , Ornez ces portiques nouveaux.

Que Faîr se parfume et s'épure; Que l'onde jaillisse et murmure; Que rien ne trouble un si beau jour;

Que les bois , les fleurs, la verdure , Fassent de toute la nature Un temple digne de l'Amour.

Sur un nuage de rosée Vénus descend du haut des cieux , Et la terre fertilisée S'enivre du nectar des dieux.

Au retour de cette immortelle Tout germe , s'enflamme, et s'unit; De l'univers qui rajeunit L'hymen heureux se renouvelle.

L'air s'embrase de nouveaux feux; Les bois confondent leurs feuillages ; Les mers embrassent leurs rivages , Et le soleil plus lumineux Se joue à travers les nuages.

O Vénus , qui peut résister A la douceur de ton empire ?

O Vénus , qui peut éviter Le piège où ta voix nous attire?

Au sein des rochers les plus durs Ta chaleur active et puissante Force la terre languissante D'enixinter des métaux plus purs.

L'Amour, par des routes certaines, Pénètre dans tous les ressorts , Circule dans toutes les veines , Donne la vie à tous les corps ; Il fend les airs , nage dans Fonde ; Et la terre qu'il rend feconde ,

Dans ses bras aime a respirer :

Ce dieu cHarms^t enseigne au monde

Le secret de se réparer.

Sortez , indolents Sybarites , Du cercle étroit de vos plaisirs; Osez étendre les limites Où se renferment vos désirs ; Abandonnez les iàux spectacles Qu'admirent la ville et la cour , Pour jouir en paix des miracles De la nature et de Tamour.

Venez sous nos berceaux rustiques Délasser vos coeurs languissants , Des voluptés périodiques Dont le retour glace vos sens.

Renaissez avec la nature, Et dans ses dons multipliés Goûtez sans trouble et sans mesure Des plaisirs purs et variés.

L'oiseau qu'une superbe cage Captivoit sous un toit doré A supporté son esclavage Tant que les frimas ont duré ; Mais après leur règne funeste , Le bélier , propice aux amours , Vient d'ouvrir l'empire céleste A la déesse des beaux jours :

L'oiseau captif qui voit renaître Les fleurs du jardin de son maître, Qui , sous des myrtes amoureux ,

Entend la musique champêtre Des autres oiseaux plus heureux , Resserré dans un palais vaste y Brûle de traverser les airs , Et regrette , au milieu du faste , L'ombre des bois et des déserts.

Ces beaux vases de porcelaine Sont-ils remplis de la même eau Dont il boiroit dans ce ruisseau Qui fait fleurir toute la plaine !

L'aiguillon de la liberté , L'aspect riant de la campagne , L'Amour enfin qui l'a flatté De lui donner une compagne , Tout l'irrite contre ses fers , Tout le détrompe et le détache Des faux biens qui lui sont offerts :

Sa prison s'ouvre , il s'en arrache , L'Amour le rend à l'univers.

Le lac *, le vernis , la dorure , Ont assez ébloui mes yeux; J'aime mieux la simple parure De ce coteau délicieux.

Mon louvre est sous ces belles tonnes, Un bois est le temple où j'écris ,

^ Laque ou lacque. On appelle ainsi ce beau vernis Je la Chine, et les meubles ou vases qui en sont reTètus. C'est sans cloute par une licence poétique que l'auteur a écrit lac, qu'il ne faut pas confondre ici avec le raéme mot qui désigne une étendue d'eau.

Des arbres en sont les colonnes ,

Et des feuillages les lâmhris.

Les arts , ces esclaves serviles

De nos désirs eOëminés,

Transportent le luxe des villes

Au milieu des champs étonnés.

Nos yeux, qu*un vain charme fiisêine,

Sont plus surpris que satisfaits ;

On quitte les jardins d'Âlcine

Pour ceux que la nature a faits.

Pourquoi , dans nos maisons champêtres ,

Emprisonner ces clairs ruisseaux ,

Et forcer l'orgueil de ces hêtres

A subir le joug des berceaux ?

Qu on vante ailleurs Tarchitecture

De ces treillages éclatants :

Pourquoi contraindre la nature?

Laissons respirer le printemps.

Quelle étonnante barbarie

D'asservir la variété

Au cordeau de la symétrie ,

De polir la rusticité

D'un bois fiût pour la rêverie ,

Et d'orner la simplicité

De cette riante prairie !

Le plaisir qui change et varie,

Adore la diversité.

O toi , commentateur suprême,

Qui définis la volupté,

Qui fais du plaisir un système ,

4p; le printemps.

Et de Tamour un froid traité ; Calculateur infatigable , Dont la méthode insupportable Dessèche en nous le sentiment , Laisse reposer un moment Ton syllogisme inattaquable Et ton invincible argument :

Un instant de folie aimable Vaut mieux qu'un bon raisonnement.

Vénus et Flore nous rappellent ; Gardons la raison pour Thiver ; Respirons le baume de Tair ; Et que nos sens se renouvellent.

Voyons ces taureaux mugissants Poursuivre lo dans les prairies ; Voyons ces troupeaux bondissants Donner , par leurs jeux innocents , Aux bergères des rêveries , Aux bergers des désirs pressants.

Ocyroé dans les campagnes Enflamme par ses fiers regards Le coursier , amant des hasards ; Elle l'enlève k ses compagnes ; Et s'élançant , les crins épars , Tous deux , au sommet des montagnes , Offrent leur hymen au dieu Mars.

Plus loin , dans ces forêts sauvages , Les lions rugissent d'amour , Tandis que les ramiers volages . Viennent soupirer alentour;

Le fier dragon et le reptile , L'insatiable crocodile , L'oiseau que révère Mempliis , Le dromadaire des sofis , Les monstres craintifs ou féroces Qui peuplent le sein de Thétis , Tous forment des noeuds assortis , Et Tamour préside à leurs noces.

Régnez sur les flots aplanis , Alcyons , déployez vos ailes ; Les vents respecteront vos nids , Et les flots vous seront fidèles.

Vous qui dans Thumide séjour Cachez vos brillants coquillages , Vénus vous. appelle en ce jour ; Formez de nouveaux mariages , Et que les perles soient les gages Que l'hymen présente a l'amour.

Déjà sous l'épine fleurie Philomèle exerce sa voix ; Progné voltige autour des toits ; L'oiseau de Vénus se marie , Et la tourterelle attendrie Gémit d'amour au fond des bois.

Le castor, amant des rivages, Trace le plan de sa maison ; Les abeilles , encor plus sages , Dans le creux des rochers sauvages Elèvent l'utile cloison Qui sépare leurs héritages.

Le vermisseau , sous le gazon , Lui-même devient architecte , Et les ouvrages de Tinsecte Étonnent la fière raison.

Le monde à nos yeux va renaître ; Et tous les êtres dans ce jour , En rendant hommage à F Amour , Soulagent l'ennui de leur être.

Peuplez les divers éléments , Insectes , à qui la nature Accorda si peu de moments :

Vengez- vous d'une loi si dure ; Naissez, vivez, mourez amants.

Qu'importe , au bout de la carrière , Qu'un seul instant délicieux Ait rempli votre vie entière , Si le plaisir , qui fait les dieux , Vous anima dans la poussière ?

Hermaphrodites fortunés , Pour vous l'amour sans jalousie Suit les lois que vous lui donnez ; Aimez à votre fentaisie ; Quittez cent fois et reprenez Les deux rôles de Tirésie.

Image d'un jeune arbrisseau , Inconcevable vermisseau , Soyez à jamais un problème ; Tout entier dans chaque rameau j Renaissez semblable et nouveau , Et , par une fiiveur suprême ,

Trompez la mort sous le ciseau Qui vous sépare de vous-même.

Oh ! que F homme , si dédaigneux , Lui qui foule d'un 2>ied superbe Les insectes cachés sous Fherbe , Perdroit de son faste orgueilleux , S'il savoit quand il les écrase , Que moins gênés dans leurs désirs , Leurs cœurs , qu'un même amour embrase , Sont toujours neufe pour les plaisirs !

Telles sont les vives images Que le printemps offre à nos yeux.

Les saisons ressemblent aux âges :

Dans leurs rapports mystérieux La main invisible des dieux Cache des conseils pour les sages.

Le Printemps , couronné de fleurs , Pare l'Amour qui le caresse :

L'Eté mûrit par ses chaleurs Les dons brillants de la jeunesse :

L'Automne , un panier à la main , Cueille les fruits qu'elle colore :

L'Hiver à l'instant les dévore ; Mais il conserve dans son sein L'espoir de Cérès et de Flore.

Ainsi l'on peut toujours saisir Les moments heureux qui s'envolent.

Fuyons les dangers du loisir; Le travail ajoute au plaisir , Et l'un et l'autre nous consolent.

Aujourd'hui les fleurs des buissons Parfument le sein des bergères ; Avec des fleurs et des chansons Achetons leurs faveurs légères.

L'été s'approche , jouissons :

Ces nuages chargés de neige , Qu'au midi d'un jour radieux Les aquilons séditieux Souffloient du fond de la Norwège , N'assiègent plus l'astre des cieux.

Le soleil pénètre la terre , Et pompe jusque dans ses flancs Les esprits , les germes brillants Dont va se former le tonnerre.

Déjà l'étoile de Vénus Annonce les belles soirées ; Déjà les faunes revenus Cherchent les nymphes égarées.

Zéphire d'un souffle épuré Ride la surface de l'onde ; La Nuit , de son trône azuré , Répand ses pavots sur le monde ; Et son char, d'Amours entouré, Roule dans une paix profonde.

Dans les nuits brillantes de mai , Le sylphe , amoureux des mortelles , Vient chercher parmi les plus belles Un cœur qui n'ait jamais aimé.

Aidé de ses ailes légères , Il descend, invisible aux veux ,

Sur ces étoiles passagères Qu'on voit tomber du haut des cieux.

Roi des peuples élémentaires , •Il vole avec timidité Dans ces châteaux héréditaires Où l'ignorance et la fierté Captivent sous des lois austères Et la jeunesse et la beauté.

Le scrupule et l'inquiétude , Enfants craintifs des passions , La peur et ses illusions , Veillent dans cette solitude.

L'amoureux habitant des airs, Indigné contre la clôture, Voltige , et perce la serrure ; Sans bruit les rideaux sont ouverts :

Un enfant aimable et pervers Enlève aux Grâces leur ceinture ; Pudeur, jeunesse, amour, nature, Tous vos secrets sont découverts.

Déjà d'une beauté naissante Le sylphe interroge le cœur, Sa main timide et caressante Cherche les traces d'un vainqueur ; L'épreuve est douce et dangereuse :

Si la belle a connu l'amour, Il l'abandonne sans retour Au hasard d'être malheureuse ; Mais si le cœur qu'il a sondé A toujours sagement gardé

Le foible sceau de F innocence.

Alors le génie amoureux Exerce toute sa puissance Sur un cœur digne de ses feux.

De la beauté qu il a jugée Il devient l'invisible époux ; Dans les bras du sommeil plongée , Elle va , sans être outragée , Jouir des plaisirs les plus doux.

Un essaim fortuné dé songes Sert les vœux du sylphe enchanté ; Les charmes de la vérité Percent à travers leurs mensonges.

Bientôt sur un trône argenté Le prince aimable des génies y Transporte la jeune beauté Dans les régions infinies De son empire illimité.

Emue, inquiète, et charmée > Elle jouit rapidement Du plaisir d'avoir un amant.

Et du bonheur d'eu être aimée.

L'Amour , par un charme flatteur , Soutient dans les airs son courage ; Elle ose admirer la hauteur Des vastes cieux qu elle envisage ; Les grâces de son conducteur Cachent le danger du voyage ; Son œil , avec sécurité , Du zodiaque redouté

Contemple les signes funestes ; Sa main , avec témérité , Mesure les cercles célestes.

Ces grands objets la touchent peu ; L'air, au mépris des Zoroastres, N'est pour elle qu'un voile bleu ; Rien ne la frappe dans les astres ; Sur la terre elle a vu du feu.

Déjà son oreille murmure Contre les célestes accords :

Une voix secrète l'assure Qu'il faut chercher dans la nature Ses plaisirs plus que ses ressorts.

Un gazon frais , une fontaine , Un arbre qui cache le jour , Tel est l'asile que l'Amour Préfère à la céleste plaine.

A peine a-t-elle désiré, Que le char brillant qui la mène S'arrête sous l'ombre incertaine D'un bois par un fleuve entouré.

A l'instant les buissons fleurissent , La vigne embrasse les ormeaux , Les palmiers amoureux s'unissent , L'air est peuplé de mille oiseaux.

C'en est fait, la jeune sylphide S'enivre du bonheur des dieux.

Mais le soleil brille à ses yeux ; Le songe fuit d'un vol rapide , Et le sylphe remonte aux cieuix.

UÉTÉ.

Soleil, c'est aujourd'hui ta fête ; L'Eté, chargé de blonds épis, Etale ses riches habits.

Et fait rayonner sur sa tête L'or, les saphirs et les rubis.

Lève-toi , répands la lumière , Brille , triomphe a tous les yeux ; Poursuis la nuit dans sa carrière , Et chasse du trône des cieux Sa pâle et tremblante courrière.

Sur le sommet inhabité Des montagnes les plus sauvages Déjà les disciples des mages Chantent le retour de l'été.

Abattu , triste , et solitaire , Dans les jardins qu'il embellit, Le Printemps soupire et pâlit En voyant l'éclat de son frère.

Clytie, ouvrez vos feuilles d'or; L'amant dont vous pleurez l'absence Vient ranimer par sa présence Les feux dont vous brûlez encor.

Malheureux sang de Montézume ,

Filles du soleil , accourez ;

C'est pour vous que son feu s'allume ;

Sa vue adoucit Famertume

Des larmes que vous dévorez.

Votre ame orgueilleuse respire

Devant le roi du firmament;

Sa gloire , que la terre admire ,

Vous console pour un moment

De la chute de votre empire.

n paroît, l'Olympe rougit,

Le front des montagnes se dore ;

Le lion céleste rugit

En voyant l'astre qu'il adore :

n paroi t, ses rayons épars

Couvrent la fiice des campagnes ,

Le premier feu de ses regards

Attire au plus haut des montagnes

La froide vapeur des brouillards.

A l'instant la terre embrasée

Par son éclat vif et charmant

Donne le feu du diamant

A chaque goutte de rosée.

Fidèle amante du soleil ,

De fleurs , de perles couronnée ,

La nature sort du sommeil

Comme une épouse fortunée

Dont l'amour hâte le réveil.

Vers l'astre bien&isant du monde

Elle étend ses bras amoureux ;

Btima. /

5o L'ÉTÉ.

Il brille , et l'ardeur de ses feux La rend plus belle et plus féconde.

Tandis qu'au sommet d'une tour Le paon fait reluire au grand jour L'azur de ses plumes nouvelles , L'oiseau de la mère d'Amour Epure l'argent de ses ailes.

Tout brûle des feux de l'été ; Le froid serpent caché sous l'herbe S'éveille , et dresse avec fierté La crête de son front superbe ; Son corps en replis ondoyants Roule , circule , s'entrelace ; Ses yeux pleins d'ardeur et d'audace S'arment de regards foudroyants ; Bientôt levant sa tête altière Vers l'astre qui l'a ranimé , Il s'élance de la poussière , Et fait briller à la lumière Son aiguillon envenimé.

Foibles mortels que le jour blesse , Eveillez-vous , ouvrez les yeux ; Le soleil embrasant les ci eux S'indigne de votre mollesse.

Que devient l'homme quand il dort?

Emporté sur l'aile des songes , Il vole aux pays des mensonges , Il to\iche aux rives de la mort.

Envisagez ce globe immense , Image des dieux qui l'ont feit ;

L'ÉTÉ. 5i

La flamme nourrit sa substance , Ses feux répandent Tabondance , Chaque rayon est un bienfait.

Au sein des plus profonds abîmes Il enfante ces purs métaux Tristes auteurs de tous les maux , Pères féconds de tous les crimes , Mais qui , sagement répandus Sur les besoins de la patrie , Forment les liens étendus Du commerce et de l'industrie , Satisfont à tous les désirs , Et, tels que des sources ftécondes, Vont ranimer dans les deux mondes Les arts, la gloire et les plaisirs.

O Soleil , ame universelle , Toi dont les regards amoureux Eclairent ces astres nombreux Dont Tazur des cieux étincelle ; O toi qui suspends dans les airs Ces torrents , ces mers vagabondes , Qui par mille canaux divers Portent la fraîcheur de leurs ondes Dans les veines de l'univers ; De Fêté qui vient de renaître Mûris les fertiles moissons , Et reçois les foibles chansons Que t'of&e ma muse champêtre. Déjà de tes rayons puissants Les campagnes sont pénétrées :

Sa L'ÉTÉ.

Éole des blés jaunissants Agite les ondes dorées.

O Gérés ! presse ton retour.

Sur nos plaines le dieu du jour Répand les chaleurs et la vie.

Proserpine a quitté la cour Du sombre époux qui Ta ravie :

Le même cliar qui Fentratna A travers la flamme et la cendre A tes yeux charmés va descendre Du sommet brillant de FEtna.

Elle parott ; ton cœur palpite ; Tes pas volent devant ses pas :

Quand tu Tappelles dans tes bras, L'amour vers toi la précipite y Un mutuel enchantement Vous enivre des mêmes charmes :

Trop court , mais trop heureux moment Oà le plaisir verse des larmes !

Pour un cœur noble et généreux, Qu'il est doux , en quittant Cerbère , De retrouver le monde heureux Par les seuls bienfaits de sa mère !

Belle Proserpine , à tes yeux Déjà la moisson est tombée Sous la faucille recourbée Du moissonneur laborieux :

Ici les gerbes dispersées Couvrent la face des guérets ; Plus loin y leurs meules entassées

Elèvent un trône à Gérés * Sur Tarbre fécond de Pyrame Le ver à soie ourdit la trame Qui pare les dieux et les rois :

Les fraises parfument les bois ; L'épine enfante la groseille ; Mille fruits naissent a la fbis^ Et, prête à remplir sa corbeille , La nymphe hésite sur le choix.

Partout Tabondance circule ; L*homme n*est heureux crue Tété.

L'infatigable pauvreté Bénit l'ardente canicule , Qui fait frémir la volupté.

Dans un salon pavé de marbre Respire-t-on un air plus frais Qu'à l'ombre incertaine d'un arbre Cher aux déesses des forêts?

La dryade en robe légère Brave, sous un chapeau de fleurs , L'aiguillon ardent des chaleurs , Et Pallas, coiffée en bergère, Pour égayer les moissonneurs Danse à midi sur la fougère.

Le travail , joint a là galté , Soufïre et surmonte toutes choses :

La nonchalante oisiveté Se blesse sur un lit de roses.

Voyez l'intrépide chasseur Qui , sur cette côte brûlante ,

A l'aide d'un chien précurseur, Arrête la perdrix tremblante.

De joie et d'espoir animé , Il prend , il arme son tonnerre :

L'oiseau part, un trait enflammé Le fait retomber sur la terre.

La chasse retient jusqu'au soir Le jeune Adonis dans les plaines; Le plaisir, la gloire et l'espoir, Font supporter toutes les peines.

Mais , déjà glus vif et plus clair , Le soleil dévore et consume La rosée éparse dans l'air; Et le feu du ciel qui s'allume , Etincelle comme le fer Que Vulcain frappe sur l'enclume.

Doris s'enfuit sous les roseaux ; Et, dans leurs lits plus resserrées , Les nymphes refusent leurs eaux A nos campagnes altérées.

Plaignons l'avide voyageur Qui , dans les sables de l'Afrique Egaré sous un ciel vengeur.

S'expose aux fureurs du tropique.

. La terre rougit sous ses pieds ; Des torrents de feu se répandent ; Et par le soleil foudroyés Les monts et les rochers se fendent.

Les arbres a demi-couchés , Sans fruit , sans sève et sans verdure ,

Couvrent de leurs bras desséchés Le sein brûlant de la natnre.

Quel sort! Quels horribles moments !

Il entend les rugissements Des lions que la soif dévore ; Immobile d'accablement, Il cherche en vain du firmament Le secours que la terre implore ^ Assis sur un sable enflammé , A la rigueur d'un ciel barbare , Il reproche à son cœur avare Les maux dont il est consumé.

Pour nous , que le soleil propice Regarde avec des yeux plus doux , Laissons voyager l'avarice ; Sur le gazon reposons-nous Tandis que l'ardente écrevisse Embrase le ciel en couroux.

Ainsi qu'a la céleste troupe , Pendant le règne des chaleurs , Hébé nous verse à pleine coupe Le jus des fruits, l'esprit des fleurs. La neige avec art préparée , Aiguise nos sens émoussés , On diroit que ces fruits glacés Sortent des jardins de Borée.

Vénus se permet en été Une modeste nudité.

Dans une alcove, parfumée , Impénétrable au dieu du jour,

La pudeur sans être alarmée , Dort sur les genoux de Tamour.

Un doux loisir est nécessaire ; L'esprit de soins débarrassé , On passe le jour sans rien faire :

Un tel jour est bientôt passé.

Du midi l'ardeur violente N'est pas un supplice pour nous :

Si la chaleur est accablante , Tous les remèdes en sont doux.

Mais j'entends le bruit du tonnerre Retentir sur les monts voisins :

Junon vient déclarer la guerre Au dieu protecteur des raisins :

Les portes du ciel s'obscurcissent; L'air siffle , les antres mugissent.

Mais bientôt les vents sont calmés , Et les tempêtes dissipées Sur les montagnes escarpées Lancent leurs carreaux enflammés.

Iris, sur un trône de nues, Fait briller son arc lumineux ; Déjà les nympbes revenues Brûlent de commencer leurs jeux.

Déjà j pressé par sa rivale , Le roi des astres, moins ardent, Se précipite k l'Occident Sur un char de nacre et d'opale.

L'extrémité de ses rayons Eclaire au loin la mer profonde ;

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