‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 61 sur 96 · A MADAME LÀ MARQUISE DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

A MADAME LÀ MARQUISE DE POMPADOUR

On avoit dit que l'enfant de Cy thère Près du Lignon avoit perdu le jour ; Mais je l'ai vu dans le bois solitaire Où va rêver la jeune Pompadour.

Il étoit seul : le flambeau quifl'éclaire Ne brilloit plus ; mais les prés d'alentour, L'onde, les bois , tout annonçoit l'Amour. Ce n'étoit point ce séducteur perfide , Ce dieu cruel encensé par Ovide , Dont le caprice eniànte les désirs ,

Qui s*afïbiblit et meurt dans les plaisirs ; Mais cet enfant que Tinnocence guide , Qui , sur de plaire, est modeste et timide. Toujours vainqueur, et toujours désarmé , Toujours aimable, il est toujours aimé.

Tel on le vit sous le bon roi Saturne , Tel dans ces lieux nous Tadorons encor. Tendre et rêveur, sans être taciturne , Il fait aimer les mœurs du siècle d'or. Nous reverrons enfin cet heureux âge Où les penchants déterminoient le choix. Déjà les dieux nous offrent dans ces bois Des plaisirs purs, et des jours sans nuage : Tout va changer. Les crimes d'un volage Ne seront plus érigés en exploits :

La pudeur seule obtiendra notre hommage ; L'amour constant rentrera dans ses droits. L'exemple en est donné par le plus grand des rois , Et par la beauté la plus sage.

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