LE TEMPLE DU PLAISIR
Plaisir si souvent appelé Par les brillants accès d'unie aimable folie,
Plaisir si souvent exilé Par les sombres vapeurs de la mélancolie ,
Venez, ofifrez-vous à mes yeux; Ecartez le bandeau qui vous fait méconnoître ,
Découvrez ce front radieux
4o4 RÉFLEXIONS
Ou les jeux voltigeants^ où les ris semblent naître.
Et d'où l'amour fait disparoître
La fierté gênante des dieux.
On m'écoute y on reçoit mes vœux et ma prière.
Un char d'azur m'emporte dans les airs ; Il trace dans son vol un sillon de lumière ^ Et descend comme un trait au milieu des déserts. Dieux! sous un toit couronné de bruyère ^
Ce grand moteur de l'univers , Le plaisir^ qui peut seul remplir notre ame entière ^ Me montre en souriant un lit couvert de lierre, Où repose avec lui l'aimable oisiveté ^
Un ruisseau coule à son côté,
Et les jonquilles qu'il arrose
Conservent la vivacité
D'ime fleur fraîchement éclose.
Près de son canal argenté ,
Un oranger touffu s'oppose
Aux feux dévorants de l'été :
Sous son feuillage respecté
L'amour endormi se repose^
Et, par ses charmes arrêté,
Le volage zéphyr s'expose
A perdre encor sa liberté.
Séjour aimé des dieux, où le plaisir dispose De mon cœur, de mes vœux, et de ma liberté , Monarque complaisant, souverain sans fierté.
Il me permet tout ce que j'ose.
Telle est du doux plaisir l'aimable autorité ; Son sceptre est un bouquet, sa couronne une rose ,
Et ses lois sont ma volonté.
Dieu charmant, je vous vois sourire
Au dernier trait de ce tableau.
SUR LA MÉTROMANIE. 4o5
Sans doute je rends mal les transports que m'inspire
L'aspect de ce séjour nouveau, tt Oui; je ris de te voir en rimes redoublées De ton cerveau brûlant consumer tout le feu :
Dans tes peintures déréglées ^ Tu parles du plaisir toujours trop ou trop peu. £n vain assembles-tu mesure sur mesure ; Ton esprit échauffé s'épuise vainement : On trouve des couleurs pour peindre la nature , Mais quel heureux pinceau trace le sentiment? Plus le plaisir est simple ^ et plus tu devois craindre
D'afïoiblir ses vives ardeurs :
Le chercher, c'est le fuir^ le sentir, c'est le peindre,
C'est en mériter les faveurs.
Tu me vois entouré de campa^^es fleuries; Au milieu des bergers j'établis mon séjour ;
Je foule l'émail des prairies :
Rival et frère de l'amour, J'inspire comme lui de douces rêveries.
Le silence des bois, la fraîcheur d'un beau jour, Plaisent plus à mes yeux que l'or des galeries
D'une tumultueuse cour.
Les jeux et l'agrément naquirent sous mon aile ;
Semblable à l'onde d'un ruisseau, Qui, par l'heureux secours de sa source fidèle ,
Dans sa fuite se renouvelle y
Sur un sujet toujours nouveau ,
Le dieu de l'enjoûment m'appelle :
Dans mes discours légers la saillie étincelle;
Et plus badin que les zéphyrs ,
Ce n'est pas la fleur la plus belle ,
Mais c'est toujours la plus nouvelle ,
Qui cause mes derniers soupirs.
4o6 RÉFLEXIONS
Mortel; si tu yeux me connoître^ Vole auprès d'Aglaé, ses yeux me feront naître : Quelquefois au sein des amours £lle amuse mon inconstance ; Mais Ton me trouvera toujours Entre l'esprit et l'innocence. »
En vérité, chevalier, dit la jeune Dest...,jesuis fâchée de n'avoir qu'une ame , ce n'est pas assez pour vous. Mais que dis-je? vous n'y perdez rien : mon esprit sent tout ce que vous valez ^ et mon cœur aime tout ce que mon esprit a trouvé d'aimable en vous : je vous jure qu'ils sont tous deux bien occupés. Muse charmante, déesse des vers et de l'amour, vous m'enivrez de joie. Dieux! vous m'aimez ! et j'ai passé lajoumée sans vous déplaire ! On me l'avoit toujours dit, j'étois né pour le bonheur... Ainsi se séparèrent deux amants qui dévoient bientôt ne plus s'aimer^ tant il est vrai que les extTÔmes se touchent toujours dans la tête des poètes. Je laisse aux lecteurs le soin de réfléchir sur leurs aventures. Le fond en est ancien, la tournure en est neuves mais peut-être que l'unetl'autre ne valent pas grand'chose. Heureusement il ne reste plus que deux soirées à passer.