‹ Œuvres du cardinal de Bernis ... Collationnées sur les textes des premières éditions, et classées dans un ordre plus méthodiqueChapitre 84 sur 96 · SOUPER D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

SOUPER D'ÉTÉ

Le Dieu qui brùloit nos campag^nes

Se dérobe enfin à nos yeux ^

Il fiiit, et son char radieux

Ne dore plus que les montagnes :

Déjà par sa voix avertis

Ses coursiers ëcumeux s'agitent,

Leurs crins se dressent^ ils s'irritent; Et doublant leurs pas ralentis y Us volent^ et se précipitent Au fond du palais de Thétis.

Le front couronné d'amarantes Les nymphes sortent des forêts; Un air plus doux y un vent plus frais Raniment les roses mourantes ; Et descendant du haut des monts Les bergères plus vigilantes Rassemblent leurs brebis hélantes y Qui s'égaroient dans les vallons.

Le vaste et sublime empyréc A repris ce brillant azur Où Vénus , de feux entourée , Fait rayonner l'or le plus pur j Et tandis que cette immortelle Rend à la terre un nouveau jour y La nuit ramène sur son aile Le dieu des songes et l'amour '^.

Il est temps y belle Léonorc y D'entrer sous ce naissant berceau Où l'onde pure d'un ruisseau Mouille ce jeune sycomore Que vos yeux ont trouvé si beau.

On voit sur son écorce tendre Nos chiffres amoureux tracés :

Ces chiffres forment un méandre Où^ nos deux noms entrelacés ,

* Tout le commencement de ceUe pièce a été supprimé dans les nouvelles éditions ; nous la rétablissons ici d'après celle de 1 74* • L'auteur en a employé plus tard une partie dans le début du troisième chant des Quatre parties du jour. (N. D.)

SUR LA MÉTROMANÏE. 427

Toujours à se suivre empressés^ S'abandonnent pour se reprendre.

Dieu d'amour^ daignez les défendre Contre les ravages du temps.

Puissent ces beaux nœuds tous les ans S'unir, s'affermir, et s'étendre Comme les plantes au printemps !

Déjà la table est éclairée Par l'éclat pompeux des flambeaux , Et déjà la table est parée Par les vases et les cristaux; Lisis y en habit de bergère , Enferme au fond de la fougère Les dons de Bourgogne et du Rhin , Tandis que sa jeune compagne Porte, en riant, de la campagne Toutes les faveurs du matin .

Je vois arriver Euphémie Avec son fidèle Damis ; Vous trouvez en elle une amie , Je trouve en lui tous mes amis :

Par l'union la plus aimable L'amitié badine en ce jour Avec ce frère insociable Dont elle a fui long-temps la cour ; Tous deux, assis à notre table, Enivrent nos cœurs tour à toiu* De cette volupté durable Dont l'amitié jouit toujours, Et de cette ivresse ineffable Qu'on doit aux faveurs des amours.

Couvrez la table en diligence , Esclaves , et retirez-vous :

4a8 RÉFLEXIONS

Pour nous gêner vos yeux jaloux Semblent être d'intelligence :

Fuyez; votre seule présence Feroit expirer la gaitë ; Redonnez-nous par votre absence La folie et la liberté.

On m' obéit; Lisis s'empresse y Et je vois dominer partout Moins d'abondance que de goùt^ Moins d'appareil que de finesse :

Des perdreaux surpris par adresse Dans les lacets embarrassants Oii va s'enchaîner leur jeunesse , Mille autres oiseaux innocents ^ Flattent plus la délicatesse Que ces festins éblouissants Où l'afBuence et la richesse Ëmoussent la pointe des sens.

Arrêtez^ heures trop charmantes: Que de plaisirs je vois voler!

Que de nectar je vois couler Par la main de ces deux amantes !

Les dieux puissent-ils reculer Le réveil de la jeune Aurore !

Mon cœur, plus amoureux encore , Puisse-t-il languir et brûler Pour ma fidèle Léonore !

Mes yeux attachés sur les siens Triomphent de la voir si belle :

Ses yeux enflanunés par les miens N'ont vu que moi; je ne vois qu'elle.

Toujours quelque nouveau plaisir De plus près à son char m'enchaîne ;

Toujours quelque nouveau désir Me la fait nommer inhumaine.

O nuit! cachez à tous les yeux Ces objets piquants de ma flanune^ Et sauvez pour jamais mon ame Du soin d'être jaloux des dieux« Tandis qu'occupé de mon verre Je chante y je ris^ ou je bois^ Mille soins ag;itent la terre ^ Mille soupçons troublent les rois ; Le règne du repos s'écoule, Les soucis descendent en foule , Et les mortels n'ouvrent les yeux Que pour voir la crainte importune Qui dans un miroir odieux Leur expose de la fortune Les changements capricieux.

Aux pieds de celle que j'adore J'attends sans crainte le soleil.

Pour moi la vie est un sommeil :

Rien n'avoit pu le rompre encore; Mais les beaux yeux de Léonore Viennent de hâter mon réveil *.

* Cette pièce est la même que celle qu'on vient d'imprimer, sous un autre titre, dans Les nouveaux amusements du coeur et de l esprit; mais comme je n^ai point été consulté, il s'y est glissé des fautes que j'ai corrigées dans celle-ci. [Note de l'auteur, édit. de

43o RÉFLEXIONS

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