LOCH LISTE
Mon cœur les a bien conserves.
Cette image si chère à mon aine charmée, C'est en lui seul que je la vois ; Et c'est de vous que vient la voix Qui m'apprit que j étais aimée.
— Maistumerépondais... Mais tu m'embrassais... Mais...
— Pardonnez, une aveugle a bien droit de confondre; Quand je vous répondais je croyais lui répondre.
Ah ! vous pouvez lui dire à quel point je l'aimais. — Mais ne m'es-tu pas fiancée?
— Je le suis à quelqu'un. C'est un fait bien certain.
Mais , quand je vous donnais la main , A lui je me donnais au fond de ma pensée. >> L'infidèle soutient son dire mordicus^ Ainsi qu'on le soutient d'ordinaire aux cocus. Puis après elle ajoute , avec un air honnête : « Entre vous deux , messieurs , je dois prendre un parti ,
Et ne puis prendre qu'un mari; Ainsi pour lui ma main avec mon cœur est prête , Je la dois à lui seul, s'il la veut recevoir; Quant àvous , je vous dois le bonheur de le voir ; Comme un ami commun vous serez de la fête.
Je l'aimais en vous ; aujourd'hui
Je vais vous épouser en lui. » Les cornes à ces mots me viennent à la tête. Je sors de la maison , et je cours en tous lieux Pour fuir , ou pour crever , si je puis , tous les yeux.
Les malheurs du bon oculiste ,
Ami lecteur , vous apprendront ,
Si vous êtes bon moraliste ,
A laisser les gens tels qu'ils sont.