‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 19 sur 91 · LES · texte numérisé non relu

LES

prOUTEL|«]B.

J*ai connu dam mes vdydges un jeune hoitame nommé Eugène de Croizerolles : il m*a lui-même raconté son histoire ; et comme dans ce récit il n'y avait rien à ga^ gner pour son amour-propre ni pour sa fortune, je crois qn*il m'a dit la vérité. Si Tintérét et l'orgueil étaient bannis de la terre , les hommes ne se donneraient pas la peine de mentir.

Eugène de Croizerolles avait vingt ans, une imagination très-vive , et beaucoup d'esprit naturel. Ses parents ne lui avaient laissé qu'une fortune très-modique ; il vivait à la campagne , dans sa petite terre située aux environs de Moulins. Eugène, dans sa solitude, faisait souvent des cfidteattx en Espagne; c^est la richesse du pauvre, et cette richesse a bien son prix. Un jour qu'il avait passé quelques heures à la chasse aux environs d'une terre superbe dont le propriétaire, riche financier, habitait la capitale , il promenait un oeil d'envie sur les bois magnifiques, sur les belles avenues de la demeure du financier. » Quel dommage , se disait -il , que je u^aie pas cinq à six cent mille francs ! Cette belle terre est à vendre , j'en ferais sur-le-champ l'acquisition; et dès qu'elle serait à

moi Voyons , que ferais-je , s'il me tombait des nues

trente mille livres de rente ! J'irais d'abord demander en mariage ma jolie petite cousine Emilie d'Orfeuille. Nous nous aimons depuis deux ans *, nôtre pauvreté seule s'op-

332 CONTES NOUVEAUX Ff NOUVELLES NOUVELLES,

pose à notre bonheur. Plus d'obstacl«s , je suis riche pour Emilie et pour moi. 11 me vient une idée , ajouie-t-il en souriant : oui, cela serait fort plaisant ! j* épouse ma petite cousine sans lui parler dQ mon beau château ; elle me croit toujours le pauvre Eugène. Au jour fixé pour la conduire chez moi, je pars avec elle dans une voiture très-simple, le soir, assez tard, et par des chemins détournés : elle croit venir habiter ma pclite terre, et ne m'en aime pas moins. Tout à coup elle voit ces belles avenues magnifiquement illuminées ; des lampions de toutes les couleurs dessinent agréablement les contours de ce beau château. Quelle surprise ! quelle admiration ! Emilie se croit transportée dans le palais des fées; elle me fait mille questions, et je ne réponds rien. Enfin la voiture s'arréle : deux laquais, en livrée du meilleur goût , viennent nous aider à descendre< Emilie me questionne de nouveau , je suis muet. Je la fais entrer dans un salon somptueusement meublé , et je me place auprès d'elle sur une ottomane. Elle jette un regard d'étonnement sur tout ce qui Tenvironne. Où sommes- nous donc enfin .' — Chez toi, ma chère amie. — Chez moi? vous êtes fou, mon cher Eugène. Ce château.... — Il est à toi, je te le donne. — Quelle extravagance ! oij sont les maîtres de cette maison ? nous devons au moins les saluer. Alors je la prends par la main , et la conduisant vers une glace : Les voilà, lui dis -je en faisant une profonde révérence à son image et à la mienne Dans ce moment, un laquais vient annoncer que le souper est servi : nous passons dans un sallon à manger peint avec beaucoup de goût, et dans lequel nous attend un excellent souper. La surprise d'Emilie est au comble quand elle ne voit que deux couverts mis ; mais comme elle a voyagé, et que mon cuisinier est habile , son étonnement ne Tempéche pas de manger de très-bon appétit. Au dessert les domestiques sont congédiés. Je raconte alors à ma chère Emilie par quel bonftçur inespéré jç me trouve en possession de cette bell^

(wre. Elle croyait n'avoir épousé que le pauvre Eugène , et tout à coup elle se voit dame de château ; quelle joie! quelles caresses! quelles expressions de reconnaissance et d'amour ! que nous serons heureux! » Dans le moment pu le bon Eugène achevait ce discours , son chien tombe eq arrêt ; il arme son fusil , tue une perdrix , et, après avo'r fait une chasse fort heureuse , il rentre dans son modeste ermitage.

A peine avait-il soupe , qu'on lui apporte une lettre timbrée de Paris. Eugène n'avait pas beaucoup de relations avec les habitants de la capitale ; celte lettre le surprend , il rouvre et lit ce qui suit \,

« J'ai long-temps été chargé , Monsieur, des affaires de u M de Croizerolles, habitant de la Martinique, et votre » parent. Cet homme respectable, dont vous ignoriez peut- » être rexistcnce , avait formé depuis long-temps le pro- » jet de réaliser sa fortune, et de venir se fixer en Fr.mce. » Déjà ses fonds étaient déposés entre mes mains ; j'atten- V dais le moment de son arrivée pour les lui remettre à » lui-même, lorsque je viens d'apprendre qu'il est mort » dans la traversée. 11 ne laisse ni femme ni enfants; et » son testament donne toute sa fortune à ses parents du » Bourbonnais, dont vous êtes, je croi!«, Tunique rejeton: » cette fortune se monte à sept cent mille francs que j'au- » rai l'honneur de vous remettre lorsque vous voudrez » bien vous présenter chez moi , muni de cette lettre et » des papiers qui attestent que vous êtes l'unique héritier » de la famille Croizerolles. Je vous prie ,' Monsieur, de » partir sans retard , et de me croire votre dévoué ser- » viteur. Robertin, notaire. »

Celui qui pourrait peindtie la joie extravagante d'Eugène serait un habile peintre : toutes ses espérances se réalisent dans un instant ; ce rêve de son imagination n'est plus un rêve , ses illusions de bonheur ne sont plus des illusions. Partoiis, dit-iU partons^ allons finfioncer

iih CONTES NOCrEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES.

eéttti bohné nnuvelle à ma chère Emilie... Mais, non, cela ll*ést pas possible. Emilie est à Clermont chez sa tante ; il fàdt aii jour pour aller, un jour pour revenir , et les pféparattfis du voyage... Voilà trois jours de retard, et

Fôn m'enjoint de partir sur le-chnmp Écrivons-lui

ênëOre moins; ce serait lui ôter le plaisir de la surprise. Il vaut mieux partir sans délai pour Paris; je ne ferai que toucher barre; je recevrai mes sept cent mille francs, j'a^ obèterai la belle terre du financier, je reviendrai sans' dire un mot de cette aventure ; jUrai sur-le-champ de-mander ma petite cousine en mariage, et , la noce finie, je

la conduirai dans mon dans son château. Ah! de

quelle félicité nous allons jouir I comme nous nous aimerons ! A notre bonheur nous ajouterons encore le bon* heur des autres. Nous ferons tout le bien que nous pourrons. Faire du bien ! faire des heureux! quelle volupté! c'est pour cela que Ton est riche.

Eugène ne ferma pas les yeux de la nuit. L'homme le plus sage n'eût pas mieux dormi peut- être. Il est question du bonheur de sa vie tout entière ; un instant vient de changer tous ses goûts , toutes ses habitudes, toute son existence, il pense à la considération dont il va être entouré* à Tétonnement, à la petite jalousie de ses voisins riches ou pauvres , il en jouit d'avance. Nous plaindrions les envieux si notre amour*propre n'était plus fort que notre pitié ; mais leurs souffrances sont un hommage qu'ils nous rendent , et nous oublions ce qu'il leur coûte. Eugène d'ailleurs forme des plans fort raisonnables pour sou âge. il règle la dépense de sa maison de manière à ne manger que son revenu. Il ne recevra chez lui qu'une société choisie , que des gens aimables , instruits , qui sauront tout à la toii lui plaire et lui donner de bons conseils : car il se rend justice ; et quoiqu'il n'ait que vitigt ans, il pense qu'il peut exister dans le monde des hommes plus sages et plus éclairés que lui. Il a le projet de demeurer toute Tannée dans sa terre et de raméliorer. Il

tM PROJETS DE BONHEtR. tH

partagera son temps entre l'agriculture et les lettres : il aime passionnément la littérature; il a même dans sou por* tefeuille un certain nombre d'opuscules qui ne sont pas à dédaigner, et que des conuaisheurs de Moulins ont ap* plaudis avec un enthousiasme très-vif. Les lettres, Tagrir culture, une femme charmante et adorée, de jolis enfants^ heureux fruits d'une union si chère : quels élémiciils de îér licite!

Dès le lendemain il prend la poste i Moqlins > et en deux jours il arrive à Paris. Pour la pr-emière fois de sa vie il voyait la capitale. Je ne peindrai point Teffet que pro* duisit sur sa jeune imagination cette vaste étendue d*édif fices, ce bruit tumultueux et continuel, cette foule d'équi* pages qui semblent se multiplier à chaque pas, cette multitude toujours croissante de gens désoeuvrés ou al'* fairés , que l'intérêt , le plaisir, la curiosité font mouvoir en tous seps. Il va descendre chez Bl» Robertin^ qui lui avait donné son adresse ; il lui moutre les papiers qui le font reconnaitre pour Tunique héritier des Groixerolles, et reçoit toute la fortune du bon parent qui» après s'être donné bien de la peihe dans ce monde, a bien voulu passer dans l'autre pour enrichir un neveu qu'il ne eQOBaia* sait pas.

Eugène a bonne envie de repartir sur-le-champ pour Moulins. Mais, venir à Paris sans voir tout ce que cette ville renferme de curieux ; pour un jeune homme qui a de l'imagination, de l'esprit, du goût pour les arts, cette idée n'est pas supportable. Eugène est bien aise aussi de voir quelques gens de lettres, d% montrer son porteleuilleî. U a même apporté une certaine comédie en cinq actes qui peut lui faire une grande réputation. Perdre ainsi le fruit de ses veilles, ce serait un meurtre. U n'a pas travaillé sixh lement pour ses bois, pour ses champs et pour les habitanis de Moulins. D'ailleurs, il a quelques connaissaucAS à Paris, des amis de collège dont quelques-uns sont riches, mènent un genre de vie trèa-briilant, et peuvent lui pr»*>

836 CONTES NOÙVEAÛJt Et NOUVELLE^ NOUVELLES.

curer les moyens les plus agréables de satisfaire en peu de temps sa curiosité. Il songe cependant à sa petite cousine Emilie , et lui écrit ; il la prie de n être point inquiète, lui dit qu'une affaire très-importante Ta forcé de faire un Yoyage à Paris, mais que cette absence sera de courte durée. Il lui parle de son amour, et lui promet une éternelle tidéiité.

Cette lettre écrite, il se fait conduire chez le jeune Charles de Fouvitle, Tun des compagnons de son enfance. Fouville est un jeune homme fort riche , fort élégant , d'une jolie tournure , et très répandu dans le grand et beau mondé. Il accueille Eugène avec le plus vif empressement et lui demande par quel heureux hasard on le voit à Paris Eugène lui raconte Phistoire de la succession. Excellente aventure! dit Charles en riant; c'eût été bien dommage , en vérité, que ton mérite n'eût pas de fortune ! Du caractère dont je te connais, tu feras bon usnge des bienfaits dé la Providence.

Fouville donnait ce jour-là un déjeuner; il invite Eugène , qui bientôt voit aiTiver une douzaine de jeunes gens à la mode. Le déjeuner est excellent, les vins exquis, la conversation très-enjouée. C'est à qui fêtera Tami du jeune amphitryon ; c'est à qui lui servira de cicérone dans les excursions qu'il médite. Eugène est dans le ravissement. Quel ton agréable et léger! quelles manières aimables et franches ! quelle complaisance ! Il se livre à toute la gaieté que lui inspire cette société brillante. Charles lui demande de quelle manière il compte emvployer ses fonds et manger son revenu. Eugène fait part aux jeunes convives de son projet d'acheter une belle terre, de son mariage prochain , et de Tagréable surprise 'qu'il veut causer à sa petite cousine. Tout lé cercle part é la fois d'un bruyant éclat de rire. — Parbleu ! mon cher, tu es bien de ton village , lui dit Fouville , et tu mériterais bien que ton parent revînt de l'autre monde pour te •reprendre une succession dont tu veux faire un usage

LES PROJETS DE BONHEtH. U1

aussi ridicule. Quaut à moi , je crois de mon devoir de t'empécher de faire une sotlise et d'épouser une jeune personne sans fortune. N'as-tu pas de honie! un homme comme toi s*enterrer au fond d'une province, avec ta ligure, ton esprit et tes talents I A propos de talents, continue FouviHe, je t'ai vu grand amateur de poésie < Au collège , tu tournais fort joliment des vers. Eugène avoue qu'il a toujours conservé ce goût, et qu*il lui doit les moments les plus heureux de sa vie. Charles le prie de leur réciter quelque morceau de sa composition ; et le bon Eugène, après s'être fait (irer l'oreille, cède à cette invitation. Les vers qu'il récite sont applaudis avec le plus vif enthousiasme. Le méritaient-ils , je n'en sais rien ^ et je ne m'y connais guère, mais j'ai toujours eu une mince idée des succès de société. » Allons , allons , lui dit son ami, tu restes à Paris; un homme comme toi est fait pour vivre dans la capitale , c'est le centre du bon goût. L'imagination s'épuise dans la solitude; à Paris, c'est une source féconde dont les trésors se renouvellent sans cesse. — Nous vous ferons connaître les gens de lettres les plus distingués, lui dit l'un des convives. — Si vous avez envie de faire imprimer un recueil , dit un second, j'ai pour amis les critiques les plus célèbres. — Pour votre comédie, lui dit' un troisième, c'est moi qui m'en charge. Je connais tous les acteurs et toutes les actrices du Théâtre- Français; ils font tout ce que je leur demande, et, d'après l'échantillon que nous venons de voir de votre talent^ vous irez fort loin.

Après le déjeuner, les jeunes gens montent sur de jolis chevaux et vont faire une promenade au bois de Boulogne. Eugène est de la partie , Fouville lui a prêté son plus beau (*Jieval.

• Ce cercle brillant et joyeux ne se sépare point de toute la journée. Eugène a déjà vu une partie des objets les plus curieux de Paris ; il a passé la soirée au spectacle et nresque toute la nuit au bal, oii il a vu des beautés, bien

H& coMbs Nouveaux et nouvelles i^otyËLLËë.

supérieures à sa petite cousine Emilie, déployer des grâces qu^elle n'a pas.

Le leudemain, assez tard, au moment où il vient de m lever , Charles entre dans sa chambre. « Hé bien ! mon dier, que penses-tu de ta journée? -*- J'en suis enivré.

— Avoue que Paris est un séjour charmant. — Délicieux.

— Et tu vas le quitter dans huit jours ! — Non, non, je sois déterminé à rester encore deux mois avec vous. — Bon ! et ta petite cousine Emilie, que dira-t-elle de cette longue absence? — Oh ! je lui écrirai. — Elle te gron* dera. *- Nous nous réconcilierons. — Et puis vous vous marierez. P^iiivre Eugène ! en vérité, tu me ferais rire, si tu ne me faisais pitié, avec tes amours de province. — Mes amours de province ! ah ! si tu connaissais Emilie ! — Je la connais assez pour me moquer de toi : a-t-elle les grâces de madame de Rémilly que tu as vue hier au bal?

— Non , mais... — Danse-t-elle comme madame d*Ergeville .' — Non , mais... — Se met-elle avec autant d^élé-» ganee et de goût que la jolie madame de Jenissac ? -^ Non, cependant... — Chante-t-elle comme madame d'Her* mini? — Oh non, mais sa voix... — Allons donc, sa voix ! ne parlons plus de cet enfantillage. Tu étais amoureux, je le conçois ; en province on n'a rien à fîiirev ^^ Toisiveté est la mère... du ridicule. Je veux te parler d'une affaire plus importante^ du placement de tes fonds. Tu voulais acheter une terre , c'est un projet extrava* gant. Il y a ici mille manières bien plus avantageuses de placer son argent. Nous trouvons des banquiers trèssolides qui prennent le nôtre à un intérêt fort raisonnable. Avec sept cent mille francs je me fais fort de te procurer quarante mille livres de rente. Point de frais, point d'impôts , point de réparations , point d'embarras , c'est délicieux ! On n'achète une terre que lorsqu'on a le projet de s'enterrer. Je vais te conduire chez mon banquier, M. Corsanges; c'est un fort honnête homme : j'ai plac^ sur lui des sommes considérables, et je n'en ai jamais é-t6

LES PROJKIS 0B BONHEOa* 8S9

dope.» Eugène approuve le plan que Charles lui i[)ropo8e. « Ce n'est pas tout, continue Charles; il faut te mettre au niveau des gens riches. Tu as de la fortune, c'est pour en jouir. Il te faut ded domestiques > un équipage dans !• dernier goût. Pendant le séjour que tu feras à Paris, et qui durera, j'espère, plus long-temps que tu ne Tas pro« jeté, il faut que tu tiennes ce qu^on appelle on bon ménage de garçon; c'est le moyen d'attirer chez soi la meilleure compagnie, et d'être admis dans son sein , c'est le moyen de voir les gens de lettres et les artistes. Je te conduirai dans les meilleures maisons de Paris ^ tu donneras des fêtes ; toutes les portes te seront ouvertes, et to mèneras le genre de vie le plus agréable. »

Eugène ne trouve pas une objection contre des conseils aussi sages. Il se livre à l'expérience de son ami , place son argent sur M. Corsanges, et fait l'acquisition d^on charmant équipage. Il est enivré de sa situation nouvelle. Admis dans les cercles les plus brillants, dirigé par Charles, qui taille en grand et qui d'ailleurs passe pour nu homme de goût, il donne des fêtes ruineuses mais qui ne laissent rien à désirer. Il prie à dhier un grand nom* bre de gens de lettres; il leur lit ses yers au dessert, et ses vers sont trouvés admirables. Il invite aussi des acteurs, leur lit sa pièce , et reçoit des applaudissements dont la sincérité n'est pas suspecte : il a grisé ses Juges» et, comme dit le proverbe, tn vino Veritas,

Eugène est au comble du bonheur , recherché , prOné^ fêté; une multitude de goûts, de penchants qu1l ne se connaissait pas se développent parla facilité qu'il trouve ft les satisfaire La soif du pl.iisir et la vanité, mère de toutes les folles, l'entraînent à qui mieux mieux Ters sa ruine. Là pauvre petite cousine Emilie est oubliée. Comrhent auraitil pu garder son souvenir dans les bras de l'une des plus jolies danseuses de TOpéra ; au moment des plus brillants succès ; au moment où sa comédie vient d'être reçue avec les plus vifs applaudissements ; au moment où son recueil de

poésies fugitives, approuvé d'avance par tous les gens de goût, va paraître aux yeux du public, enlever tous les suffrages^ et le placer au rang de nos poètes les plus agréables? Quelle perspective à vingt ans , lorsque les se* ductions du luxe, du plaisir et de Pamour-propre ont en* core tout Tattrait de la nouveauté !

Il est vrai que le bonheur dont jouit Eugène lui coûte un peu cher : les femmes et les fêles ont un peu dérangé ses finances; il aurait vu dans un an disparaître une grande partie de sa fortune , si le jeu n'était venu à son siMH)urs. Il est heureux , il gagne des sommes considérables, et se promet bien de suivre ccite veine de prospétité. Mais quel bonheur dure toujours ? La vie humaine est un jeu de hasard : tout est chance dans ce monde, tout dépend d'un coup de dé y et Thomme ne cesse de jouer qu'en cessant de vivre ! . . . .

Une nuit funeste fuit pprdre au bon Eugène beaucoup plus d'argent qu'il n'en a gagné dans six mois. La veine épuisée dévore à mesure tout l'or de celui qui veut en tirer quelques paillettes. Eugène, en quinze jours, a perdu plus décent mille écus. Cette perte lui fait ouvrir les yeux ; il revient de son éblouissement . et se reproche son extravagance. Avec ce qui lui reste , il peut être encore riche en province ; quoiqu'il ne le soit plus assez pour acheter cette belle terre , premier objet de ses désirs. Mais comment se décider h quitter la jolie danseuse dont il est si tendrement aimé ? comment s'éloigner de Paris dans le moment où il est recherché de tout le monde , dans l'instant où ses poésies vont paraître , où sa première comédie va être représentée sur le Théâtre- Français.^ On ne renonce pas si facilement à ses goûts , à ses plaisirs, aux jouissances de la vanité, et surtout à ses espérances.

Enfin , le Recueil est publié. Eugène est allé voir tous les critiques ; il leur a donné le diuer le plus exquis. Son ouvrage est recommandé aussi bien qu'ouvrage puisse

FéCre, mais les ingrats journalistes n'ont pas eu Vesprtt d'y voir même les traces du talent. Leurs oreilles, peu sensibles et peu délicates , n'ont pas trouvé dans de si jolis vers le moindre sentiment de Tharmonie. Ils osent, dire, les barbares , que ces vers-là sont de la prose

rimée, encore, encore pas trop bien rimée! II est

vrai qu'ils ont dit tout cela avec toute la politesse , tout le ménagement possibles; ils ont rendu justice à Tespritde l'auteur, et se sont plaints seulement de ce qu'il l'avait réservé pour une meilleure occasion. Eugène est furieux. Il attend , avec une vive impatience , que le succès de sa comédie le venge de ces insolents critiques.

Il est enfin arrivé, ce grand jour où sa réputation littéraire ne sera plus douteuse : on va jouer sa comédie; sa cabale est prête , ses amis sont rassemblés en grand nombre. Ha donné vingt diners splendides pour s'assurer du succès de cette première représentation , si importante pour sa gloire. Il a envoyé cent bouteilles de madère sec à un critique renommé; il a joint à cet envoi nu beau vase en argent dont le couvercle est surmonté d'un oiseau qui , les ailes déployées , semble tout prêt à prendre l'essor. Les acteurs sont dans les meilleures dispositions^ et déjà l'on applaudit que la toile n'est pas encore levée. Tout présage le plus brillant succès : et ce présage sans doute n'eût pas été démenti , si , dès le deuxième acte , uii ennemi secret de l'auteur ne s'était emparé de l'esprit du plus grand nombre de spectateurs , et n eût formé contre l'ouvrage une cabale furieuse , à laquelle la pièce ne put résister. Cet ennemi qui joue au pauvre Eugène un tour aussi perfide est Tennemi juré de presque tous nos auteurs tragiques et comiques , c'est l'Ennui. Dès la première scène , il s'établit dans le parterre , il souffle de tous côtés l'impatience et la révolte. On commence par bâiller ; puis les murmures , puis les sifflets , mêlés de tumultueux éclats de rire, se font entendre de toutes parts. La cabale des amis est réduite au silence ; lesac^ur^

dA2 CONTES NOD VEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES.

troublés oublient leur rôle, et finissent par baisser la toile.

La douleur d'Eugène est facile à concevoir. Voilà toutes les illusions de son amour- propre détruites, toutes ses espératiees dissipées. Gloire et fortune, tout lui échappe à la fois. Le lendemain , les journaux achèvent d'accabler Fauteur infortuné : le seul journaliste qu!^ dans ce concert de sanglantes critiques , cherche à le dédommager de sa chute , est celui à qui la veille il envoya ce beau vase d'argent surmonté d'un oiseau. Le censeur reconnaissant fait le plus bel éloge de la pièce , qnoiquMl ne Tait pas entendue. Il tonne contre Pinjustice du par<» terre , contre Tindécence et reffronterîe de la cabale. Je me souviens que cet article commençait par ces mots : Cest un oiseau bien rare qu'une bonne comédie en cinq actes , eic

Eugène , après un échec aussi affligeant , ne songe plus qu^à s^éloigiier de la capitale ; sans dire adieu à ses nombreux amis, dont il redoute par-dessus tout les consola* tions. ir forme le projet de réaliser les fonds qui lui restent et de se retirer dans une province éloignée , où sou nom même ne soit pas connu. Il va chez son banquier pour lui redemander son argent. C'est là que l'attend un nouveau coup de foudre plus terrible que le premier. Il apprend que Phonnéie M. Corsang^'s vient de partir dans la nuit et qu'il fait une banqueroute complète, aprëâ avoir emporté la fortune de quantité de familles qui lui avaient donné toute leur confiance.

A cette nouvelle , Eugène reste comme anéanti. Il remonte dans sa voilure sans dire un seul mot. Rentré dans son appartement , il se livre à toute sa douleur. Il a des dettes ; son mobilier, sa petite terre du Bourbonnais , suffiront à peine pour les payer. Il se voit sans ressource, obligé de solliciter les secoui*s de la pitié, après avoir reçu les hommages de la flatterie. Dans les premiers transports de sa fureur il vole chez le jeune Fmivtlle , son conseiller perfide. C'est lui qu'il accuse de

LES PROJETS DE BONHEURé S^S

sa raine , il biDle d'en tirer vengeance. Mais , en anivanl ohez Charles , il le trouve lui- même désespéré. Ce jeanè étoardi « victime comme lui de son imprudence et de SA légèreté) avait placé presque toute sa fortune entre les mains de M. de Corsanges. Le mailieur de Charles désarme Eugène.

Il sort et dirige ses pas vers Thôtel d^un homme en place qui jouit d*une grande fortune et d^ua crédit trës*étendu. Cet homme était un de ses amis , et lui avait cent fois offert ses bons ofiSces. £ugène lui fait part de sa déplo-* rable situation , et le prie en grâce de lui procurer quelque moyen d'existence. « Je puis vous occuper utile* ment pour vous et pour moi , lui dit cet ami généreux ; j*al beaucoup de dépêches à faire, o^est vous qui vous en chargerez : mais sous une condition , c'est que vous no les mettrez pas en vers. »

Désespéré il vole chez Juliette , cette jolie danseuse qui a contribué avec tant de zèle à sa ruine et à ses plaisirs. Il entre dans son appartement et la trouve couchée sur une ottomane , dans le négligé le plus ft'ais et le plus voluptueux. Il lui raconte son malheur. Juliette garde un profond silence. Je n'ai plus rien au monde , ma chère Juliette , lui dit Eugène ; mais le plus grand de tous mes maux , c'est la cruelle nécessité de me séparer de vous. La douleur vous empéehe de me répon* dre... Je comprends ce silence expressif. Chère Juliette ! il faut pourtant vous consoler J*y ai pensé , dit Juliette. Tranquillisez-vous , Eugène; monsieur que voilà se charge d'être mon consolateur. » Eugène étonné tourne les yeux vers le consolateur qu'il n'avait point encore aperçu , et voit dans un coin de l'appartement un petit vieillard borgne, boiteux, et dont la figure représente au naturel celle que Ton prête au dieu Plutuê.

Il rentre chez lui, dévoré d'un sombre chagrin; il n'avait tenu qu'à lui d'être riche , heureux et considéré; le voilà critiqué, stfDé, bafoué^ ruiné. Que faire: que

devenir? C'est alors que Timage de sa petite cousine Emilie vient s'offrira sa pensée. Pour ajouter à son malheur^ ce premier amour qu'elle lui avait inspiré vient de renaître dans son cœur avec plus de force que jamais. « Emilie! chère Emilie ! se dit -il, pourquoi n'ai-je pas suivi le premier mouvement de mon cœur? il m'entraînait vers le bonheur en m*entrainant vers toi. De folles passions m'ont égaré. De quel front oserai -je me présenter devant toi , femme adorée ! quels reproches n'ai-je pas mérités ! que tu dois me mépriser !... ah ! je ne puis supporter cette idée. Je ne puis survivre à la perte de toa amour, de ton estime , de mes espérances , de mon bonheur^ Je n'ai plus qu'un seul parti à prendre , celui de m'arracber une vie que je traînerais dans l'opprobre , les regrets et la misère.. «.. » A ces mots , il ouvre son secrétaire , et saisit un pistolet ; il va se brûler la cervelle » quand la porte de son cabinet s'ouvre tout à coup. Il entend pousser un cri , il tourne les yeux , et voit sa petite cousine Emilie elle-même qui vole vers lui, le désarme, et tombe évanouie dans ses bras. .

Je ne dépeindrai point la joie et l'étonnement d'Eugène. Bientôt Emilie ouvre les yeux , les porte sur son amant avec un doux sourire, et lui dit : « Tu te repens, tout est pardonné. » Eugène est à ses genoux : il baise et baigne de larmes les jolies mains qu'elle lui abandonne ; et, lui racontant l'histoire de sa brillante fortune et de ses extravagances, à commencer par les châteaux en Esp igne qu*i[ avait faits à ta chasse, jusqu'au moment de sa ruine complète, il implore mille fois un pardon qui vient de lui être accordé.

L'indulgente Emilie savait par cœur toutes les folies de son cousin. Quelque temps après le départ d'Eugène pour Paris elle avait écrit à une amie intime qu^etle avait dans la capitale, et qui l'informait soigneusement de toutes les démarches du jeune étourdi. « J'étais sans cesse occupée de vpus, lui dit-ellct J'avais l'espoir queyou«

reviendriez un jour de toutes vos erreurs. Tant que vous avez été dans une Mtuation brillante, je me suis bien gardée de troubler vos plaibirs et vos illusions : mes lettres ou ma présence vous eussent reproché quelque chose, et les passions n'aiment pas les reproches. Mais lorsque j^ai su que vous aviez perdu la meilleure partie de votre fortune, quand j'ai vu dans les journaux la ciîti(|ue de vos ouvrages et la chute de votre pièce, je me suis dit : Il est malheureux, volons à son secours. M. de S***, Tun de mes oncles, était à la veille de partir pour Paris; il m^oifre une place dans sa voiture, me dépose, en arrivant, chez mon amie qui loge heureusement dans cette rue » et prend lui-même un appartement dans un hôtel encore plus voisin de vous; il apprend ce matin la banqueroute de Gorsanges ; seul il m'en parle ; nous accourons ici ; vous étiez sorti, nous dit-on, et nous prenons le parti de vous attendre. De ce cabinet nous avons tout vu , tout observé. Heureuse de vous avoir arraché au désespoir le plus funeste , je voudrais faire plus , Eugène, je voudrais vous rendre vous-même au bonheur. Vous savez que je n étais pas riche ; cependant, ma fortune a pris un peu d*accroisspment depuis votre départ du Bourbonnais. Une parente m'a laissé quelque chose en mourant. Je vous offre de partager avec moi ce que le ciel a bien voulu me donner, si toutefois ce cœur qui n a point changé peut vous dédommager des biens que vous avez perdus. »

A peine Eugène avait-il eu le temps de se jeter aux pieds d Emilie et de lui bégayer une réponse dictée par la reconnaissance et le plus tendre amour, qu il vit sortir du cabinet M. de S*** qui jusque-là n'avait pas voulu troubler les premiers transports des deux amants. Il les conduisit tous deux chez l'amie de sa nièce, et, quelques jours après, leur mariage fut célébré sans aucun appareil ; Tamour et Tamitié firent tous les frais de la noce. Dès le lendemain le.^ deux jeunes époux reijrirent le chemin du Bourbonnais.

ià6 CONTES NOOTEAUX ET NOUTELLES NOUVELLES.

Ils n*étaient plus qu*à quelques lieues de Moulins, lorsqu'ils furent surpris par la nuit. Les ténèbres devenant insensiblement plus épaisses , Emilie craignait de continuer plus long-temps sa route dans des chemins que le postillon |H>uvait à peine distinguer. Elle manifesta le désir de s^arrêter jusqu'au lendemain dans la première ferme. Le postillon exécute cet ordre , et après quelques minutes il entre dans la cour d'une vaste métairie. Eugène et Emilie demandent au fermier de vouloir bien leur donner à souper et à coucher pour cette nuit. Les bons habitants des campagnes sont hospitaliers; le fermier et la fermière s'empressent d'offrir aux voyageurs un souper frugal ^ puis on leur donne une chambre dans laquelle est un bon lit. Ils se couchent, après s'être entretenus quelque temps de la bonhomie et de la cordialité de leurs botes, f Chère Emilie , dit Eugène , que j'aime une vie simple et tranquille I Vois ces bons fermiers, comme ils ont Tair heureux : ils ne sont pas riches, mais ils ont le nécessaire, et peuvent encore dotmer l'hospitalité. Je travaillerai comme eux, et, près de toi , je serai plus heu* reux dans la médiotTité que je ne l'étais sans toi au mi-* lieu de toutes les supeifluités de l'opulence. » Emilie sourit ; un doux sommeil ferma bientôt leurs yeux, et ils ne se réveillèrent qu'à huit heures du matin.

Après s'être levés, les deux époux sortent de la ferme. Emilie a manifesté le désir de faire une petite promenade à pied aux environs de cette belle métairie. A peine sont-ils sortis de la cour du fermier, qu'ils entrent dans une autre cour d*une vaste étendue et plantée d'arbres magnifiques. Eugène aperçoit à droite et à gauche dé belles avenues d'ormeaux, et à peu de distance un château élégamment bâti. « Ah ! ah ! dit-il , quelle est cette jolie terre? — Ce pays est riant, dit Emilie. — Il est délicieux» reprend Eugène. De beaux arbres , des eaux pures et abondantes, une charmante perspective.... Cette habitation est un séjour enchanteur. Ah! ma chère Étnilie!

*Êm*

Les jpROJETS de bonheùH» 847

voilà ce que j'aurais dû t'offrir si... — Ne t'appelons point le passé ? dit Emilie ; nous nous aimons, nous sommes réunis , nous n* avons rien à regretter. » Eugène est curieux de visiter riniérieur du château. Il rencontre un domestique et lui demande si les maîtres de cette maison rfaabitent en ce moment. « Pas encore, lui répend le do« mestique^ mais nous Ips attendons; si vous le désirez, Monsieur, il vous est permis d'entrer. »

On les conduit dans un salon fort bien meublé. ÉmîKs fait asseoir Eugène sur une ottomane; le jeune homme promène un œil admirateur sur Tameublement y sur les glaces , et répète à plusieurs reprises : « Quel est dune rheureux piopriétaire de ce joli château? — Et f\ c^était toi.^ lui dit Emilie. — Je suis curieux de le connaître , a poursuit Eugène, sans avoir Tair d entendre le peu d« mots qu'Emilie a prononcés; «comment se nomme -t-il? — Eugène de CroizeroUes, » répond Emilie en fixant les yeux sur les siens , pour saisir tout ce qui se passe dans son âme, et elle répète encore son nom ; Eugène se tait. 11 interroge à sou tour les yeux d'Emilie. Il ne peut ccm* cevoir que ce parc, ces avenues, ces bois, cesprairiesi cette ferme , puissent appartenir à sa femme ou à lui. Si cependant Emilie plaisante , il trouve le jeu bien croel. Quelque coupable qu'il ait été , il la croyait trop généoreuse pour le punir aussi cruellement. Il hésite encore : une larme roule dans, ses yeux. Mm Emilie ne Tapas plutôt aperçue, qu'elle se jette dans ses bras. « Oui , mon cher Eugène, lui dit-elle, oui, tout ceci t'appartient, puisque mon amour te le donne. Deux mots feront cesser ton étonnement. Tu sais qu'avant ton départ pour Paris madame d'Orban, ma tante , m'avait fait appeler auprès d'elle. Sa fille unique était dangereusement malade, et ma tante était dans de violentes inquiétudes pour un enfant qu'elle idolâtrait. Malgré tous mes soins et ceux de sa mère, ma jeune cousine mourut. Ma pauvre tante, qui ne respirait que pour elle, n'avait cessé de pleurer et de

veiller pendant la longue et dangereuse maladie qui venait d>roporter ce qu'elle avait de plus cher au noonde ; eJle ne tarda pas à suivre sa fllle au tombeau. Madame d^Orban avait une grande fortune ; touchée de mes soins et de mon attachement, elle m'a fait sa légataire universelle. J'ai vendu ses biens, qui m'éloignaient d'un pays où j^ai reçu le jour, où mon amour pour toi a pris naissance, et f ai acheté cette jolie teiré , avec Tespoir de te Toflrir. Pardonne si le plaisir de la surprise que j'ai voulu te ménager... — Ne parle point de pardon , mou Emilie, inter-^ rompt Eugène. Tu n^as pas voulu m'affliger, je le sais. A qui la faute, enfin , si cette surprise ne pouvait manquer d^avoir pour moi un peu d'amertume ? Ma punition est bien légère ; plût au ciel qu'en voulant te ménager une autre surprise, je ne me fusse pas attiré d'autre chàii^ ment I » Pendant un moment , son front sVbscurcit encore ; mais reprenant bientôt sa sérénité : « Non, dit-il, non, je ne suis point jaloux, ma chère Emilie. Ce triom* phe t'appartenait. Toi seule tu méritais de réaliser ces projets riants que j'avais su former , et que des passions développées subitement par une prospérité inattendue m'ont empêché d'exécuter ! Que d'amour! quelle délicatesse ! Et j'aurais pu... — Eirisons là, mon ami, interrompt vivement Emilie. Bien d'autres à ta place n'auraient pas été plus .«âges que toi. J'ai toujours ouï dire que les beaux projets, formée dans Tin fortune, étiiieut touvent démentis par la prospérité. — Et moi , dit Eugène en l'embrassant de nouveau , je sens qu'on a bien raison lorsqu'on dit que le hasard peut nous procurer une for* tune brillante, mais qu'un bonheur pu et durable ne peut nous être offert que par la tendresse et la vertu. »

Page 1