‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 21 sur 91 · TRADUIT SDR VU MANUSCRIT PERSAN · texte numérisé non relu

TRADUIT SDR VU MANUSCRIT PERSAN

PREFACE

Un roi de Perse, dont je tairai le nom, venait d*es8uyer une grande maladie, causée, dit-on, par Timpétuosité avec laquelle il se livrait à toutes ses passions.

Sa convalescence fut de longue durée ; et dans ces intervalles que la nature met entre la maladie et la santé, il était , de tous les hommes , le plus difficile et le plus capricieux.

Dans la bizarrerie de ses désirs , il demandait souvent des choses qui paraissaient incompatibles. 11 fallait , par exemple , que son cuisinier lui servit des mets d'un goût relevé, sans y faire entrer rien de ce qui peut échauffer le sang ; il voulait que ses musiciens jouassent devant lui des airs mélancoliques sur une mesure très-vive , et des airs gais sur une mesure grave et majestueuse, etc..

Quand notre imagination a épuisé toutes les jouissances qui nous sont offertes par la nature et la raison , il faut bien qu'elle en cherche hors de la raison et de la nature. On conserve encore le désir ; mais on ne sait ce que Ton veut, parce qu'on est rassasié de tout ce que Ton connaît.

Dans un de ses moments d'ennui, le roi fait appeler son médecin, et lui dit : « Il faut que tu me racontes une histoire pour me désennuyer. — Dans quel genre, seigneur ? — N'importe. — Sérieuse ? — Non, non ; je ne veux rien de sérieux. — Gaie? — Non , non ; je suis ennuyé de la gaieté. — Raisonnable ? — Je suis excédé delà raison.— Extravagante.^ — Non, non; les folies ne plaisent qu'à des fous, et je suis sage. »

386 PRÉFACE

La situation du médecin était un peu critique. Il (àte le pouls de son malade , et lui trouve encore un peu de fièvre. « Eh ! eh ! se dit-il à lui-même ; la tête du Grand Roi n'est pas encore bien saine; ses idées flottent encore entre le délire d'un malade et la raison d'un homme qui se porte bien. Il veut entendre une histoire qui ne soit ni raisonnable ni extravagante; cela n'est pas facile. Tâchons d'en trouver une qui soit tout à la fois l'un et l'autre; peut-être la raison lui plaira-t-elle accompagnée d'un peu de folie, et peut-être la folie troiiTera-t-elle grâce devant ses yeux, accomp.'ignée d'un peu de raison : car il y a uu peu de l'une et de Tautre dans la tête de Sa Hautesfse. »

Cette réflexion faite aussi rapidement qu'il le fallait pour ne pas impatienter un malade fort impatient, de sa natare^ même quand il était en bonne santé, le médecin commença l'histoire que je donne au public.

Quelques historiens prétendent qu'elle amu«a le roi ; d^autres , au contraire , assurent qu'elle le fit tomber par degrés dans un doux et profond sommeil. Je ne dira! point quelle est mon opinion ; mais je souhaite que le lecteur n^adopte pas la dernière , quoiqu'elle ne soit pas dénuée de toute vraisemblance.

BÂRDOUC,

OU

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