CHAPITRE II
avoir pensé, <f ne pouvais-tu marcher plus lentement? tu n'aurais pas brûlé ton serviteur et ton ami. — Allons donc , dit avec une extrême volubilité la voix douce et légère qui avait d'abord rompu le silence; faut-il faire tant de bruit pour une si petite blessure ? La vie serait fort ennuyeuse s'il fallait prendre garde à tous ses mouvements. »
Bardouc n'ose en croire ses oreilles. « Quoi ! dit-il , mon bouc et ma gazelle parlent et raisonnent? O Mahomet ! est-ce un songe?.... — Non, non, tu ne rêves point, répond le vieux bouc; le saint Prophète vient d'exaucer ta prière ; il a délié notre langue , nous a doués de la pensée , et nous a dit : Vous pourrez parler avec Bardouc , vous le suivrez partout; vous lui donnerez des conseils, et il sera le maître de se décider pour celui qu'il jugera le meilleur. — N'écoute que les miens, interrompt brusquement la petite gazelle : je te conseillerai mieux que ce vieux radoteur, qui, je le gage, n'est ici que pour nous contrarier. — Je vous contrarierai quelquefois, peut-être, dit le vieux bouc; mais je remplirai fidèlement la mission dont le Prophète m'a chargé. »