‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 24 sur 91 · LE DIAMANT · texte numérisé non relu

LE DIAMANT

Les premiers rayons du soleil venaient d'éclairer la cime du mont Taurus , et le spectacle le plus sublime se déployait aux regards de Bardouc ; mais il voyait depuis si long-temps les plaines verdoyantes qui s'étendaient au pied de la montagne, les grands fleuves qui les arrosent , les villages sans nombre qui les animent ! Ces tableaux variés avaient perdu pour lui tous leurs charmes. On n'est point étonné de ce que l'on voit tous les jours , et Tétonnçment entre pour beaucoup dans les émotions que pro-

go.

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duisent en nous les scènes magnifiques de la nature^

Bardouc errait çà et là entre son bouc et sa petite ga* zelle \ il les entretenait de toutes les pensées qui se présentaient à son esprit. Souvent le vieux bouc lui prouvait clairement qu'il n'avait pas le sens commun ; mais la petite gazelle avait le talent de réfuter d'un seul mot les discours peu flatteurs de son vieux camarade, se moquait de lui, et prouvait que Bardouc raisonnait à merveille, que personne ne le surpassait pour la justesse et l'étendue de Tesprit. Le pauvre paire était, sur ce point, de Tavis de sa gazelle.

Ils se promenaient ainsi tous les trois depuis quelque temps, lorsque tout à coup Bardouc pousse un cri d'étonnement et de joie. « Mes amis, dit-il, regardez au fond de ce précipice I Quelle lumière éclatante brille au milieu de cette obscurité ! Qui de vous pourra me dire ce qui jette de si vives élincelles? — C'est un énorme diamant, dit soudain la petite gazelle. — Un diamant ! Oui, sans doute, et bien plus gros que celui du Grand -Mogol. — O Mahomet , que je suis heureux ! s'écrie Bardouc ; quelle source de richesses! j'aurai des palais magnifiques, de beaux jardins, les plus belles femmes de l'univers, les eunuques les plus laids et les plus fidèles !...»

Aces mots, il veut descendre au fond du précipice. Le vieux bouc prend la parole et dit : «Que vas-tu faire , jeune insensé ? Qui t'assure que tu ne trouveras pas un tombeau dans les profondeurs de cet abîme? Avant de descendre , il faut être bien sûr de remonter. Cet objet qui brille à tes yeux te parait un diamant ; mais tout ce qui brille n'est pas diamant, et tu vas t'exposer à la mort pour une chimère ! »

Bardouc est indécis ; il regarde en .«ilence la petite gazelle, qui n'hésite point et lui dit : « Il faut que tu sois bien lâche pour laisser échapper une si belle occasion de t'cnrichir à jamais! Tu n'étais fait que pour être un misérable pâtre, et tu ne seras jamais <iutre chose, <-* N^i» ,

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non, â'écrie Bardouc; je vais suivre ton conseil et des** cendre au fond de ce précipice. » Il se prépare à l'exécu^ tion de ce périlleux dessein. Le vénérable bouo , ne pouvant le retenir, lui conseille au moins d'agir avec précaution, de peur de se casser le cou , ce qui ne Tenrichirait pas. La petite gazelle lui crie au contraire de se dépécher, qu'elle brûle d'impatience de le voir possesseur de ce superbe diamant. L'avide berger descend donc tantôt avec prudence, tantôt avec précipitation. Plus il s'approche du but , plus son espoir s'allume et se fortifie ; il ne doute pas que cet objet si vivement désiré ne soit le plus beau diamant de Tunivers. Il arrive au fond du gouffre, son cœur palpite avec violence ; il étend la main pour s'emparer du précieux trésor { mais » ô surprise ! ô douleur I... Ce magnifique diamant n'était qu'une petite bulle de phosphore qui jetait une vive lumière dans Tobscurité du précipice^ et qui s'évapora dès que Bardouc voulut la toucher. Ainsi , pauvres ambitieux ! vos espérances ne sont souvent que des étincelles, et vos jouissances que de la fumée !

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