CHAPITRE V. 40S
Kaboud; il le <;aredse comme un ami, comme un fils que Ton a pleuré long temps ; il le conduit doucement par la bride jusqu^à sa chaumière. L*âne avait beaucoup de peine à marcher, et le bon Hassan aurait touIu pouvoir le porter lui-même. Raboud entre dans son écurie sans dire uti seul mot. Ha^^s^n Pinternige; point de réponse. « Mon savant est trop fatigué ^ dit en lui-même le paysan; Il ne faut pas le tourmenter. Donnons-lui une bonne litière, un« bonne mesure de son et d*avoine ; quand il aura bien bu, bien mangé et bien <)ormi, il causera plus volontiers. » Il dit, et n'épargne rien pour lui procurer une bonne nuit.
» Il sorténsuite de sa chaumière , et , le cœur tout rempli d'espérance , il parcourt le village en criant de toutes ses forces : a Mes amis , Kaboud est arrivé ! Kaboud est arrivé ! CVst Pane le plus savant , le plus spirituel du monde ; il parle deux ou trois mille langues, pour le moins, et raisonne de tout comme un docteur. Rassemblez-vous tous demain sur la place du village ; vous verrez , vous entendrez , vous serez convaincus. » Bientôt cette grande nouvelle se répand non-seulement dans le village d^Hassan, mais dans tous les villages voisins. Les paysans arrivent en foule pour voir et pour entendre cet âue extraordinaire : la place n'est pas assez vaste pour contenir tous les curieux.
» Le lendemain , à la pointe du jour, Kaboud arrive / conduit respectueusement par son maître au milieu de cette imposante assemblée où règne le plus profond silence. Hassan prend la parole, et dit*. « Voilà, mes chers amis , voilà un jeune voyageur qqi a vu bien des pays et qui connaît bien des choses ; interrogez-le sur toutes les sciences , il va vous répondre sans hésiter. » Alors , un homme d'une cinquantaine d'années , dont la barbe est longue , l'attitude Aère, lé regard imposant, un homme qui imprime le respect dèâ qu'il paraît, et fait naître l'admiration dès qu'il parie , le maître d'école du
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village se présente le premier. « Seigneur Kabond , dit-il, pardonnez si mon ignorance cherche à sonder les profondeurs de votre savoir. Si j'ose vous interroger, ce n'est point pour faire briller les très -faibles lumières de mon intelligence , mais pour faire jaillir les rayons du so« leil de votre raison. Puisque vous savez Tastronomie, répondez à cette question : Lorsque le créateur du monde fait paraître une nouvelle lune , que devient Tancienne?» Tout Pauditoire est dans Tattente ; Kaboud semble un moment se recueillir ; on croit qu'il va parler. Le malire d'école répète la question; mais Kaboud garde encore un modeste silence. Ce silence est interprété défavorablement , et le pauvre Hassan est en butte aux mauvaises plaisanteries des villageois. Il excuse son âne de son mieux. Attendez un peu, dit-il, ne le jugez pas avant qu'il ait parlé. Il est fort instruit, je vous asâure; mais il est timide, et sans doute i. n'a jamais parlé devant tant de monde à la fois. Allons , Kaboud ; allons , mon ami , mon enfant , du courage ! dis-nous ce que tu as vu dans tes voyages. » Un gros homme à vue courte et à long nez, qui se trouvait là , et qui passait dans le village pour un grand politique , s'approche et dit : « Crois-tu , Kaboud , que le roi de Perse soit assez riche en hommes et en argent pour entreprendre la conquête du Tibet .' — Écoutez-moi, dit un autre savant des environs, cet âne a été instruit par un dervis , il est très-possible que son précepteur ait négligé de lui apprendre tout ce que vous lui demandez là , pour en faire un savant dans la loi de Mahomet. Laissez-moi donc l'interroger. Kaboud , de tous les commentateurs de l'alcoran , quel est celui qui a le mieux saisi le véritable sens de la loi.' — Ah! que voilà une belle question ! dit Hassan. Allons , Kaboud , allons , il faut répondre. » A ces mots, le savant Kaboud ayant pris un peu d'assurance , promène ses regards sur l'assemblée, dresse majestueusement ses oreilles , et fait entendre à tout l'auditoire ces paroles mémorables , qui