CHAPITRE V
depuis ont été si souvent répétées , et qui le seront jusqu^à la fin des siècles : « Hùhan , hi hàn , M han , hihan. » A cette réponse sublime et inattendue, des huées s'élèvent de tous côtés. Le bon Hassan perd patience: <c Ah , coquin , dit-il , ce n'est pas Tèsprit et le savoir qui te manquent , mais la bonne volonté. Attends , attends, je vais te faire parier, moi. » En même temps il prend un gros bâton pour délier la langue de ce savant obstiné. Il a môme déjà détaché quelques coups sur les os de Kaboud , et se prépare à redoubler, lorsqu'un autre villageois , plus sage que les autres, le retient et lui dit : « Pourquoi assommer ce pauvre animal? Ne vois- tu pas qu'il débite de son mieux tout ce qu'il sait? Quel besoin avais-tu de l'envoyer à la Mecque? N'avait il pas assez d'e?prit pour remplir dans ta maison le ministère d'un bon âne? Que pouvais-tu lui demander de plus? Tu as voulu en faire un savant; mais est-il de l'étoffe dont on les fait? Dansée moment , le plus âne de vous deux, ce n'est pas lui. Remène-le donc tranquillement dans son écurie ; soigne-le bien , pour rétablir sa santé autant que faire se pourra ; sers-toi des trois jambes et de l'œil qui lui restent j et ne le prête plus à un dervis pour aller en pèlerinage. »
» Le bon Hassan suivit ce conseil. Il prit tristement la bride de son âne , et le conduisit à son écurie. Il le soigna de son mieux; mais Kaboud n'était plus bon à rien: il avait pris l'habitude de la fatigue , mais il avait perdu celle du travail ; et son maitre se repentit amèrement de lui avoir fait faire un voyage qui lui avait tant coûté , et lui rapportait si peu. Son aventure devint fameuse dans toute l'Arabie , et de là nous est venu ce proverbe connu de tous les musulmans : « Que ron mène un dne à la Mecque » fut-ce même Vàne du Messie , on n'en ramènera jamais qu'un dne. » ( Bibliothèque orientale. }
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