‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 34 sur 91 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

seul, et les mauvais plaisanls étaient quatre. lis lui arrachent son hàton , s'en servent contre lui-même , l*assomroent et le laissent pour mort sur la place.

Pauvre Bardouc ! quel triste début pour de si belles espérances! queb funestes coups donnés à ta première vanité ! Heureux encore si ta vanité seule les avait reçus ! Il cherche des yeux la petite gazelle pour Taccabler de reproches. Elle est déjà bien loin ; elle a craint , sans doute , les premiers mouvements de son indignation , et elle a pris sagement le parti de la fuite. Mais le vieux bouc est revenu soudain vers son maître ; il le regarde d'un œil de pitié , et lui conseille de quitter au plus vite ces vêtements funestes , et de reprendre son costume de pâtre, qui Texpose à moins d'inconvénients. Bardouc hésite. i( Quoi ! lui dit le sage , ta sotte vanité n'est pas encore guérie ! Pour corriger de Torgueil, faut-il donc tuer l'orgueilleux?» A cette verte réprimande, le berger reprend sa peau de brebis, sa ceinture d'écorce, son hâvresac, let remet à leur place les riches vêtements dont il s'était emparé.

A peine a- t-il fait deux cents pas , qu'il se voit arrêté par six hommes grands et vigoureux , qui lui demandent 8*11 n'aurait point vu par hasard un paquet enveloppé d'un tapis de Perse ? Ce paquet, disent-ils, appartient au fils du Grand Roi , qui l'a perdu près de cette fontaine où il s'est un moment reposé. Bardouc tremble de tous ses membres. Peut-être ces esclaves l'ont-ils aperçu dans le moment où il se pavanait sous ce brillant costume ? Peut être a- t-il été dénoncé par les bergers qui Tout si maltraité? Il n'ose répondre à celui qui l'interroge. « Ton silence parle contre toi , dit Tesclave d'une voix menaçante et terrible; tu as décobé ce (lue nous cherchons, et nous saurons bien te faire avouer ton crime. » £n même temps les six esclaves tirent de longs fouets qu'ils tenaient cachés sous leur robe. La crainte avait empêché Bardouc de parler ; l'excès de la crainte délie tout à coup sa lan-

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gne. « Ah! sefgiMars ! dît il , je ne %mê point eonpaMe ; je B-^at |HMHt HMiehé le trésor qoe voas cherchez, et tous le trouverez à quelt]tt€9 pas d'îet. Qoe le ciel me préserve et désirer le bien d'antrut ! »

Les esclaves cnarent vers Fe lien qni leur est fndiquéy et B&irilotic va se cacher dans Tendroit le plus obscm* dn petit bocage. Atoucz, mon cher maitre^ lut dit fe vienx bouc , que je n^avais pas une mauvaise idée lorsqne je vous conseillais de quitter ces riches vêtements. Vous avez payé bien cher l^nr jouissance momentanée. Ces vilains esclates noirs, dont la voix est si rauque et ta mine si rébarfoa* tive , vous auraient déchiré de coups de fouet , s'ils vous avaient vu profanant les habits de leur maitre; et Phéritier présomptif du trône n'eût pas manqué de vous faire em^paler pour réparer Thonneur de son cafetan. — Ah ! dit Bardone en passant une main reconnaissante sur le dos de son vieux compagnon, ne m'abandonne pas. Je n'oublierai jamais le service que tu m'as rendu, et je ne serai plus de Tavisde ma gazelle.»

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